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ARTISTES VARIÉS

I Am The Center : Private Issue New-Age In America, 1950-1990

Light In The Attic

mercredi 12 mars 2014, par Frédérick Galbrun

(5/5) Il y a tout un travail derrière la création d’une compilation. La direction artistique qui sous-tend la sélection est un art en soi qui demande du flair et une connaissance approfondie des styles musicaux. En fait, j’ai toujours trouvé que peu de gens étaient réellement capables de mener cette tâche à terme. Certains labels font cependant un travail remarquable et Light In The Attic fait partie du lot. Le défi réside dans faire exister une compilation comme une entité en soi, qui transcende la somme de ses parties. On peut dire que Douglas McGowan a réussi l’exploit et a su présenter un chef-d’œuvre de bon goût avec cette compilation de musique new-age « underground ». Tout en se cantonnant dans un genre ultra-spécifique, « I Am The Center » arrive à couvrir un vaste éventail d’artistes tout en offrant une écoute homogène.

La musique New-Age bénéficie d’un regain d’intérêt depuis les dernières années, porté surtout par les amateurs de sons analogiques, nostalgiques des synthétiseurs vintages. Toute une panoplie de musiciens actuels sont à même de recréer cette esthétique particulière mais en négligeant l’aspect le plus important de la démarche. Alors qu’aujourd’hui seule l’esthétique prime, on évacue le cœur même du processus. C’est ce noyau, ce centre, qui est souligné admirablement par cette compilation, grâce en partie au livret détaillé relatant le cheminement personnel des musiciens présents sur l’album.

L’industrie de la culture et de la musique est un symptôme d’une postmodernité qui a évacuée de son champ de réflexion toute la praxis liée à création musicale, pour s’arrêter uniquement aux résultats (économique et autres). Pourtant, à une époque pas si lointaine, le mouvement new-age s’est lié étroitement à la création musicale car celle-ci servait d’assise au développement spirituel et à une réflexion plus approfondie sur l’être. Il s’agissait de créer une musique pouvant s’accorder avec la nouvelle spiritualité qui était en train d’émerger ; une spiritualité où s’entrecroisait l’orient et l’occident et où la technologie laissait présager un futur facilitant. D’ailleurs, à une certaine époque (il y a près de 20 ans…), pour se procurer des cassettes de musique new-age un peu plus pointues, il fallait se rendre dans des librairies spécialisées, entres autres la Librairie Nouvel-Âge située sur St-Denis, dans le quartier latin.

« I Am The Center » débute avec une pièce de piano signée Gurdjieff /De Hartmann, pionniers de la musique spirituelle occidentale. Alors qu’on reliait d’habitude la musique spirituelle en occident avec des chants grégoriens et la liturgie monastique, Gurdjieff a imprimé un nouvel élan au mouvement en y mélangeant des mélodies orientales, puisant dans cette zone liminaire entre l’orient et l’occident qu’est le Caucase. Ce faisant, il a ouvert la porte au métissage des genres et donné naissance à tout un mouvement musical de spiritualité. Son ballet « Struggle Of The Magicians » vient confirmer le statut de maître et le piano sert comme parfaite introduction dans le monde fascinant qui va s’ouvrir à nous tout au long de 19 autres titres de la compilation.

On se délecte de la découverte des nouveaux artistes présentés ici, et si certains musiciens sont plus connus que d’autres, on apprécie la sélection de titres plus obscurs. Du côté des valeurs sûres, on retrouve JD Emmanuel, Laraaji et Iasos, trois musiciens ayant déjà bénéficié de rééditions d’albums récemment, les morceaux présentés par ceux-ci valent définitivement le détour, en particulier « Arabian Fantasy » d’Emmanuel. Mais ce sont les musiciens méconnus qui nous fascinent le plus. Plus précisément, on ne sait que dire sur la mystérieuse composition qu’est « Witch’s Will » de Wilburn Burchette, un des moments les plus incroyable de l’album.

Ces différents musiciens créent des musiques où les sonorités analogiques se mêlent aux instruments acoustiques et ils démontrent une sensibilité extrême, palpable tout au long de l’écoute. Harpe, gongs, piano, guitare, synthétiseurs et flûtes… tout un éventail d’instruments qui viennent combler l’auditeur en un moment de pur détente. Par ailleurs, les élans de guitare électrique d’Aeoliah sur « Tien Fu : Heaven’s Gate (excerpt) » et le violon de Daniel Kobialka sur « Blue Spirals », fournissent des pistes qui indiquent également une recherche dans la création musicale, une invitation à sortir des cadres de référence usuels. Au bout du chemin, Alice Damon avec son « Waterfall Winds », vient clore un parcours impeccable, plongé dans une écoute immersive qui apaise l’âme.

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