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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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ARTISTES VARIÉS

La Ballade du Beau Regard

Okraina

lundi 6 janvier 2014, par Frédérick Galbrun

(4/5) Plus tôt cette année est parue la deuxième sortie du label belge Okraina. Toujours aussi superbe que le précédent, ce double vinyle dix pouces s’inscrit dans la même lignée de beauté pure et fragile qu’on avait pressentie avec le disque d’Eric Chenaux et Éloïse Descazes. Pour cet album, Philippe Delvosalle le patron du label, nous fait entrer dans l’atmosphère intime de la création en offrant des pièces enregistrées par différents artistes lors d’une résidence à la Ferme du Biérau, située à Louvain-La-Neuve. Les artistes qui se retrouvent ici sont associés à cette même catégorie esthétique du renouveau folk américain.

La chanteuse/guitariste Larkin Grimm ouvre le bal accompagnée par Paul Labrecque et Ann Collett sur les deux premières chansons ; « They Were Wrong » et « Be My Host ». Après un album en 2008 sur Young God, le label de Michael Gira, Larkin Grimm semble avoir disparu des radars pour retourner à l’obscurité de l’underground. Et on s’aperçoit que c’est correct ainsi car on se souvient que « Parplar » était un album plutôt moyen. Larkin Grimm n’est pas une très grande chanteuse et son jeu de guitare n’est pas particulièrement intéressant ; c’est plutôt son expérience de vie qui ajoute une plus-value à sa démarche. Sa voix est toutefois charmante, surtout ce chant éraillé à merveille sur « They Were Wrong » et on apprécie ce banjo qu’on peut probablement associer à Labrecque.

La pièce du jeune guitariste britannique Cam Deas, est une superbe offrande, qui tout au long des onze incroyables minutes de guitare acoustique, nous démontre la puissance de ses compostions. « As Spring Fell From The Leaves » est un morceau qui s’ancre dans l’esprit du folk rural américain et se déploie de façon magistrale dans ses changements de cordes et de tempos, ainsi que dans les passages brusques des « bridges » à la mélodie du refrain. Cam Deas est malheureusement encore méconnu, son « Quadtych » est une superbe suite en quatre parties qui doit absolument être découverte.

Le chanteur folk Micah Blue Smalldone interprète de son côté « Red River », une chanson de son répertoire parue sur l’album du même nom en 2008. La prise de son « live » dans le cellier de la ferme, ajoute une dimension fantomatique et caverneuse à la voix de Smalldone. De plus, les sons presque imperceptibles du public témoignent de la présence spectrale des fantômes invoqués par un texte rappelant l’histoire rurale américaine. Plus loin, Jack Allett, compagnon d’armes de Cam Deas sur le label britannique Blackest Rainbow, est moins impressionnant que ce dernier mais quand même efficace. La pièce qu’il propose ; « Things Were Magical Then », s‘inscrit dans le même idiome folk, quoique beaucoup moins complexe et riche que celle entendue plus tôt. Prise hors contexte, cette performance parvient tout de même à susciter de l’intérêt par son jeu rapide et mélodique mais un peu éclipsée par Cam Deas.

Par la suite, les choses se corsent comme une bonne bière, grâce à cette rencontre entre Paul Labrecque (de Sunburned Hand of The Man, Head Of Wantastiquet) et Paul Metzger, deux joueurs de banjo et figures de proue du folk expérimental. Ceux-ci sont accompagnés de deux musiciens belges, soit Daniel DuchamP à la guitare électrique et au synthétiseur et Naan à la batterie. C’est un morceau beaucoup plus expérimental que les précédents définitivement improvisé, où Metzger et Labrecque aux banjos et guitares électriques, s’accompagnent d’une batterie répétitive et de plages lourdes sonorités électroniques. Le disque se termine avec une pièce de Paul Metzger « Compositionem Automaton », où différents mécanismes de boites à musique sont remontés pour jouer en désharmonie. Comble du bonheur, le disque se termine dans un superbe sillon fermé, qui laisse émaner des haut-parleurs une boucle minimale à l’infini…

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