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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Sun

CAT POWER

Matador

vendredi 12 octobre 2012, par Nicolas Pelletier

(4/5) On n’a jamais entendu du Cat Power aussi pop... Et c’est bon ! Sans tomber dans le bonbon, Chan Marshall, 40 ans, se réinvente, les cheveux à la garçonne, et lance un album allumé, pétillant, quatre ans après « Jukebox ».

Oust les ambiances vaporeuses et moments intimes, dénudées, comme sur « The Covers Record » (2000). Sur « Sun », Marshall domine sa gêne comme jamais. La pièce titre se permet plusieurs pistes de voix superposées, ce qui donne à l’auditeur le loisir d’écouter les subtilités mélodiques de la talentueuse musicienne. On s’approche ici de ce que fait Metric : de la vulnérabilité dans un emballage dynamique et dansant. Ça choque à peine l’oreille lorsque Marshall utilise le vocodeur : c’est fait avec goût et, surtout, avec parcimonie !

Les pièces Cherokee et Ruin sont presque jumelles par le travail vocal dominant, mais la seconde prend une allure presque disco-pop lorsque la batterie et la guitare funky embarquent dans le jeu. On s’approche ici de ce que fait Feist : sans sacrifier le chant, superbe, elle fait bouger irrésistiblement l’auditeur.

On exigera au moins trois ou quatre écoutes au fan de longue date pour laisser de côté ses attentes et accueillir cette nouvelle direction musicale. On y abandonne l’espoir d’entendre la Cat Power intime, épurée, à nu. C’est une Chan Marshall puissante, confiante, rentre-dedans, à qui on a affaire sur le bien nommé « Sun ». Son talent y est éblouissant !

La seconde moitié de « Sun » est beaucoup moins évidente à la première écoute. Exit les bombes telles 3,6,9 et Ruin. On passe du côté sombre de la puissance du chat. Always on My Own et Real Life sont des pièces plus répétitives, dans lesquelles plusieurs couches de voix s’entremêlent. Pas inintéressant, loin de là !, mais pas mal moins accrocheuses et mélodiques que les premières. Human Being comporte un mélange inusité : guitare classique hispanique et lourds claviers fuzzés. Plus loin, la très longue Nothing But Time s’étend sur 11 minutes. Bien qu’elle utilise le même motif tout au long du morceau, Marshall ne donne pas dans la redondance. Iggy Pop y fait une apparition, soulignant l’affirmation de Cat Power à l’effet qu’on n’a aucune emprise sur le temps... Mais, ajoute-t-elle du même souffle, le temps n’a aucune emprise sur nous. La philosophie de Mlle Marshall.

Ce type d’albums, avec morceaux très accrocheurs et d’autres beaucoup plus obscurs, a généralement une longue vie dans nos lecteurs lorsque conçu par des artistes au sommet de leur art (comme c’est le cas de Cat Power, qui combine expérience et jeunesse, succès d’estime et, de plus en plus, auprès d’un plus large public). On les aime dès les premières séances, mais en plus, on apprend à apprécier la profondeur du propos au fil des écoutes. Chan Marshall est dans cette zone, avec Feist, Björk, PJ Harvey, Fiona Apple…

Marshall n’est pas ce qu’on pourrait appeler une personne stable : elle a bougé d’Atlanta à New York lorsque son petit ami est décédé. Elle sombre dans l’héroïne et travaille dans un petit resto. En ’96, alors qu’elle est en tournée depuis trois mois, elle quitte la scène musicale pour devenir… gardienne d’enfants en Oregon, puis habite une ferme en Californie du Nord ! Elle passe d’une relation à une autre, meurtrie par des amours qui n’aboutissent pas, se réfugiant assez souvent dans les vapeurs de l’alcool. En 2006, elle annule la tournée suivant « The Greatest » parce que pas assez bien mentalement. Son amoureux l’a quittée, parce qu’elle buvait trop, même sur scène où ses concerts sont devenus d’étranges moments « malaisants » où elle se perd en confessions et confusions.

On lui souhaite de rester sobre – ce qui semble être le cas depuis quelque temps – et de profiter de sa créativité. Ne surtout pas la tenir pour acquise ! « Sun » est son 9e album en carrière, lancée en 1995.

- Desc. : Indie pop
- R.S.V.A. : Metric, Feist, PJ Harvey

En spectacle vendredi le 19 octobre au Métropolis

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