[]

Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

Accueil du site > Musique > B > BROKEBACK

Brokeback and the Black Rock

BROKEBACK

Thrill Jockey

mercredi 6 février 2013, par Frédérick Galbrun

(2.5/5) Certains évènements culturels sont à ce point marquant qu’ils deviennent presque impossible à ignorer, lorsqu’une équivoque est provoquée par la polysémie du titre d’une œuvre. Évidemment, les associations qui découlent de l’utilisation d’un tel terme adoptent elles aussi une teinte particulière et vont même jusqu’à dénaturer les signifiants. Rappelons que Brokeback est, au départ, le projet solo de Douglas McCombs, bassiste de la formation Tortoise, qui a vu le jour en 1995, dans la foulée du succès connu par le groupe et de l’intérêt naissant, au milieu des années 90, pour la musique dite « post-rock ». En 1999 allait paraître, selon moi, l’album le plus intéressant de Brokeback, soit « Field Recordings from the Cook County Water Table ». Ce disque sera suivi par l’excellent « Morse Code in the Golden Age : Across the Americas » en 2001 et ces deux albums ne seront jamais plus égalé par la suite. Le projet s’est arrêté brusquement en 2003 avec un disque beaucoup moins captivant que ses prédécesseurs. Voici que dix ans plus tard, l’oiseau renaît de ses cendres et son sillage est visible dans l’ombre de la montagne. L’homme n’est cependant pas resté inactif durant ces dix années, McCombs a collaboré avec David Daniell pour deux albums beaucoup plus expérimentaux, où la guitare et l’abstraction étaient plus exploitées.

Sur ses premiers albums, McCombs s’était entouré des musiciens avec qui il collaborait régulièrement, soit d’autres membres Tortoise (Mazurek, Herndon, McEntire…) ou des membres de groupes tels Calexico, The Sea and The Cake et Yo La Tengo, pour ne nommer que ceux-ci. Pour cette nouvelle mouture de Brokeback, il a voulu faire table rase et il s’est entouré de trois nouveaux musiciens (quasi-inconnus), traçant ainsi une limite claire ; une démarcation pour signifier qu’il n’y aurait pas de retour en arrière. Cela à définitivement une incidence sur l’esthétique musicale plus rock. D’ailleurs, les anciens albums de Brokeback mettaient l’emphase sur la basse et à cette époque, McCombs mentionnait à tout bout de champ que ce projet n’existerait pas si ce n’était de la « bass guitar » Fender à six cordes. Les deux albums mentionnés ci-haut offraient à l’amateur un savant mélange de rock, de jazz et d’avant–garde. Mais un virage de trop a été pris et la basse semble avoir laissé les devants de la scène à la guitare électrique, occultant du même coup le jazz et l’avant-garde. Si se réinventer signifie se transformer en un groupe qui perd son aspect le plus intéressant, on entre sur un terrain miné qui risque d’amputer l’ensemble de plusieurs fans.

Il y a en effet, quelque chose de questionnable dans la direction artistique prise par Douglas McCombs. On nous invite à faire des références à la musique d’Ennio Morricone, surtout en suivant les lignes de guitares lancinantes, cachant à grand peine leurs influences country et latines. Mais on reste perplexe. Les meilleurs moments m’apparaissent comme étant ceux plus lourds (comme sur la pièce « Gold ! »), qui de façon évidente suivent la voie du renouveau western, cinématographique, tel qu’exploité par des groupes tels Earth et Grails. D’autres morceaux, plus légers quant à eux, rappellent des séquences moins fluides de certains projets de John Zorn (The Dreamers), avec leur côté surf-exotica. McCombs arrive dans cet état d’Amérique avec 5 ans de retard, et possiblement dans le même état que celui où Harry zona. Dans l’ensemble ce disque contient de nombreuses pièces vides, ne donnant l’impression d’être habité que dans des brefs moments de grâce, comme la finale « Collosus of Roads ». On se passerait volontiers des vagues relents nauséabonds d’exotica et de certains riffs de guitare latins. Si seulement la basse six cordes pouvait revenir, et agir comme métaphore d’un colt six-coups, venu pour rétablir la loi et l’ordre. Mais peut-être que cette touche country se veut un clin d’œil volontaire à l’équivoque ? Ou tout simplement une incapacité de se départir des nouveaux référents qui sont désormais associés au nom du groupe.

- Desc : Post-rock
- R.S.V.A : Calexico, Gustavo Santaolalla, Earth.

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0