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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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Another Generation of Slaves

ASHLEY, GREG

Trouble In Mind

mardi 25 mars 2014, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Au départ, on a connu Greg Ashley pour son projet Gris-Gris mais depuis, il a développé une carrière solo très intéressante, dominée par des reliefs de folk psychédélique et des arrangements inventifs. En plus de se faire connaître comme musicien, il a aussi assumé d’une main de maître le rôle de producteur avec différents artistes. Suite à sa reprise du disque « Death of a Ladies Man » de Leonard Cohen, Ashley lance un 5e album qui le pousse à se redéfinir comme compositeur. Il a mis de côté la dominante folk pour laisser plus de place à une musique pop-jazz de cabaret, où le piano relègue la guitare acoustique au second-plan.

L’immersion dans la musique de Cohen semble avoir transformé Greg Ashley. Il est ressortit du bassin baptismal avec un ton de voix différent et des chansons construites comme celles du maître. Mais il y a des choses qui ne peuvent s’emprunter (comme une brosse à dent) et si des rapprochements évidents peuvent être faits avec Leonard Cohen, Ashley n’a toutefois pas la profondeur de sa plume, surtout quand son propos s’oriente vers le sexe féminin. Ce dernier s’adresse à une femme fonctionnelle, qui sert de support en tant qu’objet à l’amour et non celle qui vient en lieu d’Autre, qui structure le manque, comme le fait admirablement Cohen. Ce faisant, Ashley chante un désespoir et une détresse d’où le transcendant a été évacué. Une complainte propre à sa génération, qui touche seulement à la surface des choses et qui méconnaît la véritable profondeur. Il évite de regarder à l’intérieur de lui, sauf dans de rares moments, mais témoigne tout de même d’une sincérité certaine. « Truth is just existence », chante-il sur Brother Raymond.

Avec une instrumentation dominée par le piano, « A New Generation Of Slaves » touche à un pan particulier de l’histoire de la chanson populaire américaine ; dans ce passage aux années 60, quand le rock s’est adouci et qu’il a rencontré le jazz. Les arrangements musicaux tragi-comiques, illustrent bien la schize entre l’amour et la violence, où même l’humour est chargé d’un pathétique dérisoire. La rythmique de guitare bossa-nova sur « December Melodies », avec son saxophone kitsch, nous décroche un sourire même si le propos demeure anxiogène. La pop caricaturale de « Bruises » est aussi très efficace et permet de faire connaissance avec la chanteuse Yea-Ming Chen (dont l’album « When You Were Young » a été produit par Ashley).

À la première écoute on retient d’emblée « Awkward Affections » où Ashley, accompagné du groupe japonais Zoobombs, entame en chœur un des refrains les plus accrocheurs de l’année. Les chansons les plus « sérieuses » demeurent les plus intéressantes, même si se sont celles d’où Cohen suinte. Dans ce créneau, « Medication #7 » est un des meilleurs moments de l’album, avec une prose intéressante et une mélodie de piano qui ne réfrène pas ses envolées. Ashley y critique les valeurs dominantes de la société actuelle qui fait passer l’individu du rang de sujet à celui d’objet. Plus loin, c’est « Prisoner #1131267 » qui reprend à son compte cette esthétique « cohenienne », surtout dans la narration de l’histoire, le ton utilisé et les montées vocales, plus particulièrement quand il termine un couplet avec ; « Let’s release all the sinners/give them a chance to stand up and die ».

Greg Ashley relate des histoires d’amour insatisfaisantes, chante la mort et la vie, le deuil et la fête, en décloisonnant les émotions associées à ces différents rites de passage. Cette nouvelle génération d’esclave est celle prisonnière d’un hédonisme dérisoire, se tenant constamment à l’affût de la nouveauté. Le retour à Cohen témoigne d`un mouvement inverse et même si on peut lui reprocher un certain manque de profondeur, Ashley arrive à faire état de la richesse et de la complexité d’une expérience humaine sincère, parfois à l’intérieur d’une seule chanson.

-  Desc : Folk-pop jazzé
-  R.S.V.A. : Dean & Britta, Lee Hazlewood, Everly Brothers

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