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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Spoiler

AMEN DUNES

Perfect Lives

mercredi 23 avril 2014, par Frédérick Galbrun

(4.5/5) En attendant la sortie imminente de « Love » sur Sacred Bones, Damon McMahon s’est autorisé à entrer au plus creux de son monde intérieur pour en ressortir avec un des disques les plus étrange de l’année dernière. Paru dans le dernier tiers de 2013, « Spoiler » est la première sortie sur Perfect Lives, le label de McMahon et cet album est l’exemple parfait du disque obscur, en pressage privé, qui va inévitablement sombrer dans l’oubli pour ressurgir des années plus tard, en tant qu’incontournable de la musique. De prime abord, Amen Dunes est un projet de chansons étranges, où McMahon accompagné de sa guitare, noie sa voix dans des pédales d’effets pour créer un effet viscéral. Pour cet entremet, McMahon a surligné l’étrange à gros traits et mis de côté le souci d’écrire des chansons. Car entre ses sorties d’album, il s’est lancé dans des séances d’enregistrements à l’intimité touchante, colligeant des ébauches de musique concrète, de spoken word, de guitare saturée et de bourdons industriels.

McMahon nous propose toute une plongée dans la créativité et parvient à faire abstraction des diktats de l’industrie musicale. Il se radicalise dans l’expérimentation et s’éloigne du registre qui l’a défini. Il est certain qu’il ne connaîtra pas de succès grâce à ce disque, mais se présentera cependant comme un artiste qui n’a pas froid aux yeux et qui ne se contente pas de demi-mesure. Avec « Spoiler », il s’est permis de faire ce qu’il voulait ; de faire exister ce qui le travaillait dans les moments de solitude ; ces dialogues intérieurs que personne ne peut réellement comprendre, qui n’appartiennent qu’à soi. Ce sont ces espaces qui sont les plus riches musicalement, quand l’artiste entreprend une réflexion sur lui-même et s’autorise à documenter sa recherche.

Le disque débute avec « Julius Eastman Under The Stairs », dominée par le piano et le chant, tout comme le travail du compositeur. L’esthétique nous fait réellement penser qu’Eastman s’est glissé sous des escaliers et, comme dans un délire psychotique, sa musique résonne dans notre tête avec la distance et la distorsion propre aux hallucinations. Quand on parle de chansons, celles-ci sont lourdement atteintes et se meuvent difficilement dans l’espace, affectées d’une fièvre étrange. « Older Girls » fait penser à The Dead C, par sa guitare électrique abrasive et son chant désarticulé, donnant l’impression que McMahon chante dans une autre langue. « Watching Cartoons » est dans ce même registre extra-terrestre, d’une chanson issue d’une autre planète. D’autres morceaux, tel « Camels In Amsterdam » sont dominés par des percussions étranges, probablement des sons naturels devenus méconnaissables sous les effets. Plus loin, « The Night I Joined The Navy » est toute en douceur et se fond dans la finale « High Rise » avec une belle ligne de synthétiseur et une batterie libre.

« Spoiler » est un disque superbe qui mérite qu’on si attarde. Il faut éviter de le voir comme un simple interlude entre deux albums, une parenthèse anecdotique. Si effectivement il risque de gâcher quelque chose, c’est le retour à l’esthétique normale d’Amen Dunes, à des chansons plus structurées et accessibles, qu’on ne pourra plus écouter de la même façon sachant de quoi Damon McMahon est désormais capable.

-  Desc : Musique expérimentale
-  R.S.V.A. : The Dead C, Jandek, Richard Youngs

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