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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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Positive Force

AL-DOUM & THE FARYDS

Black Sweat / Julia Dream

vendredi 21 décembre 2012, par Frédérick Galbrun

(4.5/5) J’avais le goût depuis quelques temps de retourner à premiers amours, de renouer avec une forme d’exubérance et de mysticisme musical ; quand l’improvisation atteint son paroxysme dans le free-jazz. Mais je n’étais pas prêt, pas prêt à retourner directement à ces saxophones criants, ces rythmiques déconstruites, aux mélodies atonales. Il me manquait un entre-deux me permettant d’effectuer la transition. Voici qu’un disque incroyable provenant d’Italie, s’est glissé subrepticement dans mes oreilles et s’est infiltré dans les recoins obscurs de mon obsession, Quelle est cette musique que j’entends ? Certes il y a du jazz, un peu d’afro-rythme, de la musique psychédélique et de la guitare électrique arabisante, mais je ne me souviens pas d’avoir vu tous ces éléments regroupés ensemble. On peut tirer des traits, grossiers, et faire un parallèle avec d’autres projets musicaux ; Land Of Kush de Sam Shalabi, « Magic Of Juju » d’Archie Shepp, le disque d’Eddie Gale « Ghetto Music », mais on reste insatisfait de cette catégorisation… Peut-être qu’un mélange de ces trois disques rendrait justice à Al-Doum & The Faryds et permettrait de classer « Positive Force » dans cette rubrique dite : jazz spirituel-psychédélique-afro soul…

Les six milanais d’Al-doum se sont mis en tête de créer un ensemble de jazz psychédélique, en restant très près d’une certaine forme de tradition. Une tradition souterraine, ésotérique, qui irrigue les bas-fonds de la musique afro-américaine des années 60-70. À une époque où un certain excentrisme n’était pas déplacé et qui, au contraire, instillait une curiosité chez l’auditeur. Un imaginaire noué à des idées d’émancipation, illustrées par des référents dignes de film de science–fiction et de conquête spatiale. La version contemporaine de ce récit sert d’échappatoire dans les reliquats d’une époque utopiste vaguement hippie. « Positive Force » baigne définitivement dans un discours de type ethno-jazz, qui est non seulement arabisant mais aussi empreint d’éléments d’un continent éteint (ou en voie de naître), où différentes cultures sont représentées et infusent les unes dans les autres les éléments psycho-actifs de leurs herbes préférées. Un monde aux frontières tracées par les Don Cherry, Sun Ra et Afrika Bambataa….

Sur « Positive Force », les percussions à main sont mise à l’avant plan dès le départ et nous entraînent dans une rythmique effrénée sur le morceau « Sinai », mais rapidement le saxophone s’élève au-dessus de la mêlée et échange les solos avec la guitare. Folle poursuite des effets de « delay » entre eux, le saxophone se rattrape et la guitare devient frénétique quand la batterie s’intensifie, alors qu’elle était demeurée un peu plus en retrait dans le mix. Quand les choses s’apaisent, c’est une guimbarde distortionnée qui nous accueille pour s’échouer sur les rives d’une finale à l’emporte pièce. À peine l’air entre-t-elle dans nos poumons, qu’on se fait emporter par le ressac de la vague « Earth » avec ses phrases vocales incompréhensibles qui nous amènent à cette répétition mantrique : « We are on a spaceship, on a spaceship called earth ». Les eaux sont beaucoup plus calmes, on met de l’avant la guitare et la batterie, soutenues par un groove de basse apaisant, le tout pour finir en un solo de synthétiseur éclaté. Le court morceau « Rahjan Creek » est dominé par la sitare et sert de pare-feu avant « Ship Of Joy », autre morceau chanté, avec un chœur de voix à l’unisson qui domine le groove de basse et les percussions. L’album finit plus en douceur, genre de vol plané avec la pièce « Lava », probablement la plus abstraite du lot et un autre moment fort de l’album. Finalement « Thirst » scelle l’ensemble ; la rythmique, la basse encore le groove hypnotique, une flûte discrète qui laisse place à un instrument à corde étrange et à la guitare, mais c’est encore la basse qui soutient le tout pour terminer en beauté un voyage époustouflant.

Al-doum & The Faryds misent sur des lignes mélodiques à la guitare ou au saxophone et recherchent la cohésion. Rarement sommes nous confrontés à des moments plus difficiles, plus ardus, les parties plus abstraites sont feutrées par les effets et se marient à la perfection avec des moments plus orientalisants. Un disque qui demande une attention soutenue pour saisir sa richesse et sa profondeur, à l’image de la pochette où la forêt tropicale cache une vie foisonnante sous son apparente uniformité. Toujours est-il qu’au final, on reste avec l’impression que cet album impeccable ne se prend pas trop au sérieux. Le bec coloré du toucan est là pour nous le rappeler.

- Desc : Jazz cosmique ethnographique
- R.S.V.A. : Ethnic Heritage Ensemble, Sun Ra, Sir Richard Bishop

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