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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Time Was

ZOMES

Thrill Jockey

jeudi 4 avril 2013, par Frédérick Galbrun

(3/5) Asa Osborne a franchi le Rubicon. En choisissant d’inclure de la voix sur son jeu minimal de synthétiseur et de boîte à rythme, il met en acte une soumission face au caractère oppressif des diktats esthétiques de la musique populaire. On lui aura surement reproché son côté trop minimal, répétitif, son caractère soporifique, le fait qu’il manque « quelque chose » à sa musique. Sinon, il peut s’agir d’une poussée du sexuel, qui cherche à se départir d’une certaine forme d’ascétisme propre aux musiciens expérimentaux, qui les amène facilement (trop ?) à s’associer avec des collaboratrices aux jolis minois. Ainsi, à la première écoute, on reste surpris par cette voix cristalline qui se pose sur la musique familière de Zomes et les écoutes subséquentes aident à résorber le malaise, mais ne l’efface pas complètement.

Pour ce troisième album sur l’étiquette Thrill Jockey, l’ex-Lungfish Asa Osborne s’est associé avec la chanteuse suédoise Hanna Olivegren pour enregistrer le disque le plus pop de sa discographie. Celle-ci lui a été présentée lors d’un concert de Zomes en Suède, par les musiciens du groupe Skull Defekts. Elle serait lors montée sur scène pour improviser avec lui et, selon Osborne, la magie a opéré. Il va sans dire qu’Olivegren n’est pas Susan Boyle et dans ces conditions, la magie opère un peu mieux. Mais il ne faut rien enlever aux mérites de la jeune chanteuse ; peut être méconnue du grand public, elle a tout de même fait ses classes en jazz et en improvisation et s’implique dans différents projets de musique pop, jazz ou improvisée en Suède. Sur « Time Was », la voix d’Hanna Olivegren se rapproche de celle de Lavinia Blackwall, surtout dans ces inflexions qui rappellent l’esthétique folk-pastoral britannique, inspirée des chants médiévaux et de la renaissance. Les paroles sont principalement en suédois, avec quelques passages en anglais. Cependant, elle s’autorise à dépasser le cadre du conformisme avec des explorations vocales éraillées, des râles mélodiques, qui font penser à certaines performances de Meredith Monk, vers qui on peut déceler un clin d’œil dans le titre et le contenu de la chanson « Monk Bag ».

Mais voilà que malgré les capacités vocales et l’inventivité de la chanteuse, le résultat demeure convenu. Alors que les plages musicales minimales recèlent une certaine abrasivité et une lourdeur analogique, la voix se pose beaucoup plus claire, dans des tonalités plus hautes, probablement pour aller chercher l’équilibre dans le contraste. On continue d’aimer Zomes pour le côté éprouvant, introspectif, des lignes de synthés graves qui ramènent à soi pour jouir de ces instants où la répétition mélancolique d’une volonté de puissance se hiérarchise grâce aux rythmes lourds et lents des percussions de synthèse. Une construction moléculaire en laboratoire, qui permet à l’auditeur de s’extraire du niveau aliénant de la vie et du travail grâce aux très bons moments qui s’incarnent dans la pièce titre et dans les chansons plus épurées, comme « Little Lucid Dreamer » et « Footpaths ». Mais cet intraduisible demeure, au-delà du suédois et de l’anglais, qui nous amène à souhaiter avoir en sa possession les instrumentaux pour y mettre nos propres paroles.

- Desc : Synth-drone percussif .
- RSVA : Trembling Bells, Meredith Monk, Carla Bozulich

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