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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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S/T

ZACHT AUTOMAAT

Calico Corp.

lundi 3 février 2014, par Frédérick Galbrun

(4.5/5) Je croyais que Toronto était une ville d’où on ne pouvait jouir, qu’une frontière invisible empêchait le dérèglement des sens et du corps dans le plaisir, occasionnant une perte d’intérêt pour les sources d’extases pouvant émerger de la ville reine. Voilà qu’un vinyle double surgit d’un circuit nerveux jusqu’alors inexploité, avec sur sa façade les deux lettres de l’alphabet englobant l’ensemble de ce système : ZA. Les gens derrière Calico Corp ont eu la sordide idée de sortir une compilation regroupant des titres issus des onze albums (!) du groupe Zacht Automaat parus entre 2010 et 2012, et offerts gratuitement sur leur Bandcamp. L’implacable logique de la marchandisation de l’art est à l’œuvre, rendant un flux de données beaucoup plus alléchantes lorsque vendues sur un support physique, en édition limitée.

Dans les ramifications historiques complexes étalées sur le site web du groupe, Zacht Automaat semble exister depuis plus de dix ans, s’incarnant sous divers corps battant. Au cœur du processus créatif, le duo de Carl Didur et Michael McLean s’élance dans des explorations spatiales de synthétiseurs et de batterie pour parvenir à créer un riche univers sonore. Les deux musiciens s’engagent dans un dialogue décoiffant, où la retenue est mal venue. Même si cet album éponyme nous présente le groupe sous un aspect légèrement déconstruit en réunissant divers segments d’albums éparpillés, on assiste impuissant à un tourbillon sonore qui nous emporte plus loin que ce à quoi on s’attendait. On reste stupéfait devant tant de hardiesse et de plaisir, car c’est probablement ce qui déborde le plus de ces 27 vignettes musicales ; le plaisir et l’enthousiasme.

La première impression se veut référentielle d’une époque musicale où les synthétiseurs sont passés des laboratoires d’université aux formes populaires de musique, créant un nouveau genre de rock expérimental. Les références allemandes de Krautrock ou de Kosmische Musik sont évidentes mais il y a quelque chose de très jazz qui transcende les rythmiques et lignes mélodiques des synthétiseurs monophonique. On pense définitivement au côté répétitif de Neu ! et Kluster, mais on retrouve aussi un côté jazz progressif à la Soft Machine, des explorations électroniques rappelant le français Philippe Besombes et des mélodies ludiques dignes d’Aksak Maboul ou de ZNR.

Le contenu très cinématographique fait penser à des films de science-fiction étranges et grotesques, à des courses poursuites dans des décors dignes de l’usine de Willy Wonka. On alterne entre des pièces au rythme effréné (« Voyage 6 ») et des ballades plus posées (superbe « Long, Long, Long »). Parfois l’anarchie règne entre le rythme et les diverses lignes de synthés et on ne sait plus où donner de la tête, désemparé par les changements brusques de tempo et de mélodies dans un même morceau. La richesse des échantillons de batterie, la manipulation de bandes et les synthétiseurs flamboyants font que cet album regorge de perles musicales et procure un intense sentiment de satisfaction. Du divertissement brut qu’on absorbe goulûment le sourire aux lèvres.

-  Desc : Rock cosmique expérimental
-  R.S.V.A. : Kluster, Neu !, Kraftwerk

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