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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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Summer Through My Mind

YOUNGS, RICHARD

Ba Da Bing

mardi 8 octobre 2013, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Il semble que le musicien britannique Richard Youngs ait voulu renouer avec un type de chanson plus conventionnel, alliant une instrumentation acoustique à des structures traditionnelles. On peut dire qu’il s’en était drastiquement éloigné sur ses récents albums, privilégiant l’expérimentation à la structure mélodique. Ce faisant, en retournant à une instrumentation acoustique, Youngs retrouve une esthétique exploitée préalablement sur des albums comme « Automn Response », « Airs of the Ear », et d’autres issus de son époque Jagjaguwar. « Summer Through My Mind » est probablement l’un des albums le plus accessible de Youngs, car il délaisse également le dédoublement de la voix, si caractéristique à ses chansons folk, pour une approche dénuée d’effets, misant principalement sur le texte et le chant.

On peut dire que Youngs réussit son pari. Même s’il ne s’agit pas de son album le plus imaginatif (à ce titre, « Amaranthine » en est un bel exemple), il parvient à créer une superbe collection de chansons folk, s’accompagnant à la guitare acoustique, au pedal steel, au banjo et à l’harmonica. En guise d’introduction, le musicien nous présente l’excellente « Mountain of Doom », où en s’accompagnant à la guitare et à l’harmonica, il assume la position d’artiste sombre, pessimiste, torturé dans une société de spectacle où tout se donne à paraître. Il se questionne sur la façon de favoriser une expérience intérieure véritable et nous prévient qu’il a maintenant choisit ses armes. Il affirme sans gêne que tous les héros portent leur propre « mountain of doom », mais seulement pour paraître. Les héros, comme les artistes de la trempe de Youngs, cherchent à s’exhiber à un public de plus en plus critique et peut-être lance-t-il ce : « show me what you are » comme un défi. Si la guitare se veut classique, l’harmonica est, pour sa part, dissonant et passablement aléatoire, nous rappelant son utilisation de l’électronique sur ses albums précédents ; avec ce souci de juxtaposer des éléments disparates pour créer des moments de rencontres parfois ambigus.

La thématique du héros revient à quelques reprises et se déploie considérablement dans l’incroyable « Spin Me Endless in the Universe », tout au long de ses 11 minutes. Accompagnée de sa guitare acoustique et de son chant haut-perché, Youngs pose son regard sur l’industrie actuelle et les « super-héros », percevant le monde contemporain comme une manufacture produisant une « certaine » vérité ; celle des sociétés d’enfermement. Il souhaite « être », tout simplement, en misant sur l’honnêteté. Son jeu de guitare se construit par des glissandos aigus (pedal steel ?) sur un pattern répétitif de cordes, ajoutant au texte une superbe enluminure western.

Plusieurs belles chansons composent ce disque et la chanson titre, avec ses échos de folk pastoral britannique, se veut probablement la plus accessible. À l’opposé, « The Story of Jhon » demeure le texte le plus singulier, alors qu’il est récité par Simon Joyner et chanté en canon par Youngs. Non seulement l’approche diffèrent-elle du reste de l’album mais le texte est aussi particulier, cryptique et allégorique, il reprend des thématiques mythologiques du meurtre du père, de l’initiation et répondre du meurtre face à la loi. Tout ça dans un texte que Youngs aurait écrit alors qu’il était enfant…

Les albums de Richard Youngs ne se comptent plus, que ce soit en solo ou en collaboration avec d’autres musiciens. Cet artiste fascinant se laisse difficilement domestiquer, échappant aux structures établies, il refuse les carcans et bénéficie de l’avantage d’un public fidèle qui le suit depuis des années dans ses explorations et changements radicaux. Pour les autres, « Summer Through My Mind » est possiblement l’entrée la plus facile dans son répertoire ; celle qui permet par la suite de se plonger dans la foisonnante forêt de son œuvre.

- Desc : folk pastoral britannique
- R.S.V.A. : Vashti Bunyan, Incredible String Band, Jandek

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