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Bend Beyond

WOODS

Woodsist

lundi 10 décembre 2012, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Je suis définitivement un nostalgique ; captif d’une époque révolue où certains ne souciaient guère de bien paraître et riaient avec désinvolte devant l’idée de se fondre dans la norme et d’être accepté par les autres. Ce genre d’attitude implique de maintenir une ligne directrice particulière durant des années et relève maintenant de l’exploit, surtout dans cette nouvelle époque de production et de consommation de musique. Au départ il y avait Woods Family Creeps, un nom qui assumait ses critiques et ses origines, un folk bizarroïde, distortionné, d’une fidélité douteuse mais avec des mélodies accrocheuses menaçant de s’effondrer à tout moment et des refrains qui restaient dans la tête. Par la suite, différents changements de nom, différents cercles de reconnaissance. J’ai laissé tomber les signes de pistes, qui semblaient me mener hors de la forêt, mais je suis de ces sauvages qui refusent d’en sortir, préférant s’y terrer au plus profond lorsqu’il se sent menacé.

Si Woods Family Creeps étaient à la base un trio, les incarnations subséquentes sur disque se sont montrées à polymétrie variable. Le pilier demeure le leader et chanteur Jeremy Earl, qui a aussi fondé l’étiquette Woodsist. Ce label se positionne de plus en plus comme un incontournable de la nouvelle vague d’une musique rock expérimentale et d’un folk urbain, avec la sortie des albums de Woods mais aussi de Matt Valentine, Spectre Folk, Moon Duo et Ganglians pour ne nommer que ceux-ci. Woods se sont déjà vu accolé l’étiquette « best new music » de la part de Pitchfork. Et hop, leur album « Songs of Shame » en 2009 fût approuvé par les fins limiers de nouvelle musique et une certaine forme de reconnaissance populaire s’ensuivit.

« Bend Beyond the Light » fait suite à « Sun and Shade », paru en 2011, un disque composé de deux longues pièces instrumentales, aux effluves de « kosmiche musik ». Ils reprennent ici leurs armes secrètes ; des courtes chansons accrocheuses à la présence vocale prédominante. Précisons que le groupe inclus habituellement G Lucas Crane, musicien de qualificatif « noise », membre du groupe Wooden Wand & Vanishing Voice. Son absence a peut-être eu un impact déterminant sur la structure du nouveau disque et sur l’absence d’envolées expérimentales mais il ne faudrait pas se perdre dans des suppositions. Surtout car « Bend Beyond the Light » demeure un disque très intéressant, qui s’écoute bien et qui contient son lot de moments intrigants. Bien sûr, ceux-ci ne sont pas des épiphanies mais tout-de-même contribuent à rendre les chansons moyennement déjantées. Les chansons sont très bonnes, accrocheuses et ont y retrouve des perles de folk-pop avec des montées vers les refrains impeccables. Les lignes mélodiques des synthétiseurs, ont comme fonction de soutenir les envolées de guitares, qui passent d’un « strumming » acoustique inoffensif à des moments d’amplification électrique sans aucune remise à la terre.

Ce qui ressort de cet album est sans aucun doute sa luminosité ; Woods semblent chanter l’été californien avec une voix de fausset et des tambourines qui nous permettent de nous sentir bien. Toujours est-il que je me plais à questionner cette fonction de la musique ; celle qui permet à l’auditeur de s’oublier et de remettre sa réflexion à plus tard. Car la musique ensoleillée devient rapidement inoffensive et perd son côté dommageable en raison d’une absence de profondeur que même un visuel pseudo-ésotérique ne parvient pas à rattraper.

- Desc : Folk-pop psychédélique
- R.S.V.A. : Beach Boys, Skygreen Leopards, Grateful Dead

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