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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Tassili +IO :I

TINARIWEN

Wedge/Anti

mardi 1er novembre 2011, par Nicolas Pelletier

(4/5) Quelqu’un a peut-être suggéré aux musiciens touaregs du désert du nord du Mali d’occidentaliser leur son, puisque c’est ce qu’Ibrahim Ag Alhabib et sa bande réussissent sur leur 5e album - le 3e à être plus largement distribué à travers le monde. Ils atteignent cette fois un degré d’intimité avec l’auditeur beaucoup plus fort, captivant l’oreille par l’émotion passée par la voix brisée des chanteurs de Tinariwen.

Les deux premiers opus parus ici, Amassakoul (2004) et Aman Iman (2007) montraient le blues brut et sans fioriture que Tinariwen maîtrise depuis des années. Comme il est souvent le cas avec les musiciens dont on importe la musique directement de leur milieu traditionnel à nos oreilles occidentales, la musique de Tinariwen comportait certains éléments irritants comme des chants nasillards aigus ou des distorsions dans les percussions. Même si plus traditionnels, ces albums ont permis au groupe formé en 1979, de performer plus de 700 fois sur les scènes européennes, entre autres lors d’importants festivals tels que Glastonbury, Roskilde, Paleo, Les Vieilles Charrues, WOMAD et le Printemps de Bourges.

Sur Tassili +IO :I, on découvre le son épuré de la formation au point où elle ressemble à certains albums de Rachid Taha (notamment sur Imidiwan Ma Tennam) ou de vedettes cubaines ayant participé au Buena Vista Social Club, ou plus récemment au collectif malien/cubain AfroCubism. Tinariwen montre donc un côté "unplugged" folk sur Asuf D Alwa sur lequel la voix est mixée en avant-plan ce qui donne l’opportunité de bien en saisir la sensibilité. Sur Tenere Taqqim Tossam, les gars se permettent même quelques mots en anglais. Sur Ya Messinagh, ce sont des cuivres qui se joignent à la complainte largement bluesée. On a l’impression que le blues brut à la John Lee Hooker est jumelé avec un ensemble de musiciens mariachis donnant dans le free jazz (un peu vers la fin).

Ça ne tombe toutefois pas dans le burlesque ni dans l’imitation. Tinariwen absorbe des influences et les utilise ici et là. C’est au niveau de l’épuration des arrangements qu’on apprécie le plus ce groupe africain majeur. Le "nettoyage" des nombreux éléments superposés qui faisait jadis partie de leur marque de commerce pour faire place à un blues intime et acoustique (la belle Walla Illa) rend l’adoption plus facile pour nous, Occidentaux curieux. Allez-y, plongez, le blues touareg n’a jamais été aussi accessible.

- Desc : Blues folk world
- R.S.V.A. : Rachid Taha, Daby Touré, Buena Vista Social Club

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