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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Terrestrials

SUNN O))) & ULVER

Southern Lord

vendredi 16 mai 2014, par Frédérick Galbrun

(4.5/5) La création de « Terrestrials » était écrite dans les astres et plusieurs auraient pu la prédire tellement les signes étaient évidents. D’emblée, on retrouve Greg Anderson et Stephen O’Malley de Sunn O))) dans Aethanor, un projet qu’ils partagent avec Kristoffer Rygg d’Ulver. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne s’engagent dans un projet d’une autre envergure. Cependant, dans ce contexte, une difficulté de plus réside dans le fait de créer quelque chose de nouveau, qui pourrait être le véritable fruit d’une rencontre entre deux entités distinctes. Les deux groupes partagent des caractéristiques qui les mettent inévitablement en lien l’un avec l’autre ; que ce soit par le souci du visuel lors de spectacles ou le rapport singulier qu’ils entretiennent avec un transcendant. Tous deux proposent avec leur musique une certaine forme de mysticisme religieux, s’inscrivant dans des rites définis.

Ainsi, qu’arrive-t-il lorsque ces deux géants de la musique métal se rencontrent ? Comme pour les sphères célestes, certains par magnétisme attirent dans leur giron les restes poussiéreux qui s’accumulent dans l’espace, avec comme résultat qu’un vide encore plus oppressant peut se creuser entre eux. Il faut donc éviter de tomber dans une lutte esthétique, qui se résous d’habitude avec qui de la plus forte personnalité réussit à s’imposer. Pour arriver à un résultat singulier, il faut faire abstraction de ses propres pulsions et admettre qu’elles n’atteindront pas nécessairement leur but final. Ce sacrifice pulsionnel, fait au profit d’une vie collective, peut mener à la nouveauté mais décevoir ceux dont les attentes sont conditionnées.

Cet album est né d’une collaboration de longue haleine, qui s’est étirée sur plusieurs années. La matière première, comme la rosée du matin, a été cueillie lors d’une séance d’improvisation qui s’est étirée toute une nuit. Par la suite, divers instruments ont été ajoutés, en particulier la trompette et le violon, pour ajouter un relief mélodique au linceul des longues nappes de guitares et d’effets. On imagine les musiciens lors de cette séance d’improvisation, transportés par leurs drones s’étirant sur des heures, perdu dans l’absolu du magma sonore. Le retour à la réalité leur a permis de peaufiner l’ensemble et de créer un résultat époustouflant.

Constitué de trois longues pièces, « Terrestrials » s’écoute fort, afin de prendre la juste mesure de sa richesse et de sa portée sonore. « Let There Be Light » amorce l’album tout en subtilités à peine perceptibles. Les glissandos de violon s’immiscent tranquillement dans la psyché jusqu’à ce que l’insolente trompette de Stig Espen Hundsnes émerge du tohu-bohu, pour nous rappeler que le free-jazz n’est jamais bien loin de ces musiciens. Lorsque le violon entre en scène de manière plus définie, il en résulte un curieux morceau de musique qui, passé la barre des huit minutes, s’enfonce dans des régions beaucoup plus sombres quand la batterie vient marquer l’inexistante mesure.

« Western Horn » est beaucoup plus angoissante, dominée par le feedback de basse. Peu de lumière mélodique émerge des profondeurs des effets électroniques, juste un Fender Rhodes feutré qui vient alléger le son des violons hystériques. La finale nietzschéenne qu’est « Eternal Return » propose quant à elle un retour à la mélodie ; les guitares et le violon guident vers la lumière, soutenus par une lourde basse et un vibraphone. Quand le chant de Rygg finit par se faire entendre, on a oublié qu’on avait affaire à un groupe de Black Métal norvégien. Celui-ci nous le rappelle très bien par sa lourde voix posée sur une ligne répétitive de synthétiseur. Son texte est inspiré d’images de l’Égypte Ancienne et croise différentes figures mythologiques dans un fourre-tout syncrétique. Rygg laisse place ensuite à une finale mélodique doucereuse, où les cordes viennent nous transporter dans un climax rappelant l’achèvement de la quête ; quand les rayons du soleil commencent à poindre, suite à une nuit mouvementée. Dans ce contexte, un sourire de satisfaction émerge au terme de l’écoute.

-  Desc : Doom-drone jazzy
-  R.S.V.A. : Bohren & the Club Of Gore, Godspeed You Black Emperor, Coil

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