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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Heavy Ghost

STITH, DM

Asthmatic Kitty

vendredi 5 février 2010, par Nicolas Pelletier

(4/5) L’œuvre de David Michael Stith est touffue, expérimentale, atonale et, vous vous en doutez, assez originale. Cet américain de Bloomington, en Indiana, a le talent pour passer du folk dénudé à la Patrick Watson (Pity Dance) aux moments si expérimentaux que Tom Waits ne les renierait pas (Isaac’s Song, en intro) et une sincérité à la Vic Chesnutt.

La musique de Stith est marquée de plusieurs passages atonaux, c’est-à-dire qui utilisent des notes qui semblent être fausses, par rapport aux gammes qu’on a l’habitude d’entendre. Ainsi, il est plutôt commun dans sa musique de constater que le piano déraille, ou que les percussions semblent être hors contrôle. Il y a aussi quelque chose de fantomatique dans cet album pertinemment intitulé « Heavy Ghost ». Les chœurs sont souvent livrés en harmonie (comme dans la brillante Creekmouth), avec en prime des voix en arrière-plan qui poussent des cris, ou des notes soutenues, comme le hululement de fantômes.

À l’instar de Jónsi Birgisson du groupe islandais Sigur Rós, DM Stith a le talent de bien manier les voix et s’en sert pour créer des ambiances étranges mais captivantes. Certains effets vocaux rappellent l’excellent chanteur de Radiohead, Thom Yorke, mais dans un format beaucoup moins accessible. À d’autres moments, c’est à l’androgyne Antony auquel Stith fait penser, surtout quand il se sert de sa voix de tête, comme sur Pigs. Ici, ce ne sont pas des claviers qui occupent l’espace de fond, mais de généreuses épaisseurs de pistes vocales, parfois très pures, parfois plutôt triturées d’effets (Spirit Parade, avec extraits joués à l’envers). Plus simple, avec guitare sèche, Thanksgiving Moon n’est pas sans rappeler ce que fait Patrick Watson lorsqu’il expérimente davantage.

Il est intéressant de savoir que Stith a grandi dans une famille très axée sur la musique. Son père dirigeait une fanfare collégiale, et son grand-père était professeur émérite en musique à l’université de Cornell. Sa mère, quant à elle, joue du piano, et ses sœurs chantent l’opéra et dansent la claquette… Mais pourtant, jeune, il ne démontre aucun intérêt envers la musique ! Ado, il fonde un groupe noise, mais ceux-ci n’enregistrent rien, préférant peinturer leurs guitares plutôt que d’en jouer. Ce n’est que lorsqu’il a aidé son amie Shara Worden (de My Brightest Diamond), à enregistrer son album Bring Me The Workhorse, qu’il a ensuite eu la piqûre de l’écriture puis de l’enregistrement de chansons.

En 2008, Stith avait publié un bref album de 5 titres un peu moins expérimental, mais tout de même agréable. Plus timide et axé sur le piano tonal, « Curtain Speech », aussi publié chez Asthmatic Kitty, n’avait pas autant marqué que « Heavy Ghost » où DM s’affirme plus fermement dans l’expérimentation. On y sent tout de même une recherche vocale qui se déploiera plus largement sur le plus récent album.

« Heavy Ghost » est très certainement un album passionnant qui mérite d’être découvert par les mélomanes aventureux que la musique audacieuse et différente n’effraie pas. Mais comme toutes les œuvres de ce type, plusieurs écoutes sont nécessaires pour apprécier les subtilités placées ça et là tout au long de l’album. Les trois ou quatre dernières chansons de l’album sont particulièrement hermétiques.

- Desc. : Expérimental folk
- R.S.V.A. : Antony & the Johnsons, Patrick Watson, Sufjan Stevens

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