[] [] [] [] [] []

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Musique > S > ST. VINCENT

Strange Mercy

ST. VINCENT

4AD

mercredi 5 octobre 2011, par Vanessa Hauguel

(4/5) Le 3ième album de la formation, me laisse un peu effarée par les synthétiseurs et les tonalités plus rock, plus bruts et abruptes de St.Vincent et l’absence d’orchestrations plus acoustiques, à la première écoute. L’album se révèle ensuite sous un nouveau jour et ce, après chaque écoute. Bien digne d’un film d’Éric Rohmer, non seulement pour son titre Chloe in the Afternoon qui y fait référence, mais puisque qu’il semble bien inspiré de la Nouvelle Vague.

Annie Clark semble en effet aspirer à un renouveau sur cet album, en démystifiant sa dépression, sujet proéminent de cet album. Elle nous partage un désir de s’affranchir, en empruntant des voies tantôt légères, tantôt complexes, pour mieux traduire des interrogations et incertitudes profondes.

Ses sentiments déballés, parfois avec franchise, parfois plus déguisés, Clark joue de ses dualités et n’hésite pas à les combiner. En résulte quelques prouesses musicales. Tentant constamment de trouver un lieu commun entre le beau et le laid, comme dans ses missives, elle joue aussi de transparence, dans ses arrangements comme dans ses paroles, pour trouver un équilibre entre la limpidité et l’impénétrable, passant du froid au chaud, à la guise de ses instrumentations extravagantes.

Clark met ses remises en question en musique, ses comptes rendus, déceptions et aspirations, mais surtout, la fragilité de l’équilibre tant recherché aux abords de la trentaine. Tant dans l’orchestration que dans ses mots, elle semble vouloir échapper à cet équilibre pour mieux le rebâtir. Elle vient aussi à créer par le fait même, un univers qui lui est propre, où elle nous laisse entrer, mais duquel il est presque impossible de venir à bout. Et c’était peut-être là toute l’intention. Chaque chanson devient un microcosme issu du plus grand microcosme qu’est la tête de Clark. Un équilibre résidant dans son déséquilibre.

Et si les solides orchestrations peuvent être arides ou quelque peu stériles à la première écoute, elles deviennent d’autant plus riches et délectables avec le temps. Plusieurs couches à transpercer dans cet album, comme si Clark voulait qu’on perce son mystère au grand complet. Fascinante aussi, ses lamentations ne sont pas plaignardes mais bien acérées, à la fois cryptées et éclatantes. À travers légèreté et lourdeur, Clark tente de faire ressortir des sons plus mécaniques que dans ses albums précédents, une sensibilité plus physique et bien à elle. Dotée d’une force, d’une originalité et d’un raffinement rappelant parfois Kate Bush et un son électro effleurant Goldfrapp, ne voulant pas se confiner à un genre, flirtant tantôt avec la New Wave et la Pop Baroque.

St. Vincent désire peut-être atteindre un niveau de langage musical dépassant l’entendement. C’est ainsi que l’album Strange Mercy est aussi hermétique et insondable qu’il est lumineux.

- Desc. Pop Baroque
- R.S.V.A : My Brighest Diamond, The Polyphonic Spree, Goldfrapp

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0