[]

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

They Want My Soul

SPOON

Loma Vista

samedi 17 janvier 2015, par Pascal Dumont-Julien

(3.5/5) Paru en août dernier, They Want My Soul est le huitième album de Spoon, groupe rock originaire du Texas fondé en 1993. Après trois albums Alt-Rock (Telephono, 1996, A Series of Sneaks, 1998, Girls can Tell, 2001), un petit chef d’œuvre inclassable (Kill the Moonlight, 2002), des albums Pop Rock acclamés par la critique (Gimme Fiction, 2005, Ga Ga Ga Ga Ga, 2007) et un album autoproduit très dépouillé (Transference, 2010), le groupe présente un disque finement travaillé par les réalisateurs vedettes Dave Fridmann (The Flaming Lips, MGMT, Tame Impala) et Joe Chiccarelli (The Strokes, The Shins, Frank Zappa).

L’album commence en force avec une caisse claire explosive, des accords rock et la voix éraillée de Britt Daniel sur Rent I Pay. Enchaîne Inside Out, chanson aérienne construite autour d’une boîte à rythme et de synthétiseurs qui rappellent les Flaming Lips de la période Yoshimi Battles the Pink Robots. Puis, retour en terrain connu avec Rainy Taxi et Do You, des pièces Pop Rock bien faites mais qui réservent peu de surprises aux initiés.

Cinquième pièce de l’album, Knock Knock Knock nous propulse dans une dimension Space Rock (Pink Floyd, Archive) rarement explorée par le groupe. La batterie, positionnée à l’avant du mix, feutrée et colorée par un effet de phase, rappelle un style de production rock typique des années 70. Avec les voix en arrière-plan noyées dans la réverbération, les angoissantes montées de violons et la guitare électrique saturée qui apparaît sans crier gare, on assiste à un grand moment de rock rétro futuriste, le genre de pièce qui donne des frissons. Cette esthétique se prolonge dans Outlier grâce aux accords de synthétiseur décalés et aux couches de guitares superposées. Même si la rythmique répétitive et le jeu de basse rappellent davantage le Indie Dance anglais (Jesus Jones, EMF), la formule fonctionne à merveille. Dans le cheminement du groupe, ces deux pièces témoignent d’une évolution majeure.

L’odyssée de l’espace prend fin dès les premiers accords de la pièce titre de l’album (They Want My Soul). Sans être dépourvue d’originalité, nous retrouvons ici une formule éprouvée qui paraît un peu morne comparée à la haute voltige des dernières pièces. Au même titre, la reprise de Ann-Margret (I Just Don’t Understand) aurait pu se retrouver sur n’importe quel des trois derniers disques du groupe. Mais Spoon n’a pas dit son dernier mot. Cette œuvre bipolaire se termine par la magnifique New York Kiss, peut-être la meilleure pièce de l’album. Avec énergie et mélancolie, elle incarne une synthèse parfaite entre le nouveau son développé par le groupe et la formule Pop qui a fait son succès depuis Gimme Fiction.

Les points forts de cet album sont nombreux et malgré son aspect éclectique, tout se rassemble autour de la voix de Britt Daniel, chanteur et mélodiste exceptionnel. Toutefois, la créativité insufflée à certaines pièces fait ombrage à d’autres. Comme si ce très bon disque aurait pu être encore meilleur.

- Desc. : Pop Rock, indie rock
- R.S.V.A. : The Walkmen, Divine Fits, Nada Surf

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0