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I’m New Here

SCOTT-HERON, GIL

XL

mercredi 17 février 2010, par Nicolas Pelletier

(3/5) Scott-Heron met la table dès les premières minutes : à mi-chemin entre le spoken word et le soul, le poète nous explique ses origines. Famille brisée, difficultés diverses, l’homme ne l’a pas eu facile. Par son parcours et par son timbre de voix, on le devine afro-américain.

Scott-Heron brouille aussi les pistes : « I’m New Here » laisse croire qu’on a affaire à un débutant, mais non ! L’artiste a aujourd’hui 60 ans et a publié plus de 16 albums entre 1970 et 1994. Depuis sa collaboration avec le jazzman Brian Jackson en ’70, Scott-Heron est considéré comme l’un des fondateurs de la base qui a mené au rap et au néo soul.

Notre homme ne l’a effectivement pas eu facile. Sa vie est parsemée de hauts et de bas. Originaire de Chicago, il déménage avec sa mère dans le Bronx à l’âge de 13 ans. Étudiant, il rencontre Jackson avec lequel il fondera le groupe Black & Blue, alliant jazz à poésie. Il rédige deux romans avant d’avoir 20 ans. Très vite, on s’aperçoit que ses propos tournent autour de la superficialité (à la télé), l’hypocrisie de certains leaders du mouvement Black, l’homophobie, ainsi que la distance des Blancs et des Noirs vivant dans la même cité. Les années 70 sont riches en albums et en concerts pour Scott-Heron et il collaborera avec une panoplie de musiciens, souvent assez près du jazz. Il demeure toutefois très critique envers les artistes de rap. « Ils doivent apprendre la musique. C’est une chose d’apposer des mots sur une musique, mais s’en est une autre de réellement créer quelque chose qui jumèle les deux. Beaucoup n’utilisent le slang et ne dévoilent pas vraiment leur âme. Il y a beaucoup de poseurs dans cette industrie », disait-il en entrevue dans les années 90.

Les années 2000 ont été plus difficiles pour Scott-Heron : arrestations pour possession de cocaïne, bris de conditions, puis une confuse affaire d’achat de médicaments contre le sida qui ont laissé planer un doute sur son état de santé. C’est avec la parution, en 2009, d’un documentaire sur sa vie que les projets artistiques redémarrent et aboutissent en février 2010 avec la sortie de son 17e album, « I’m New Here ».

Cet album n’en est pas un qui s’approche facilement, de par sa facture « spoken word ». Ce genre d’art demande une attention particulière aux paroles et peut sembler assez linéaire à première vue. Scott-Heron a la bonne idée de varier les styles musicaux pour garder l’intérêt tout au long de ses 15 titres. La chanson titre vire en joli folk avec guitare sèche, et surtout, une forte mélodie. À d’autres moments, c’est dans le blues soul de son âme blessée dans laquelle on plonge (I’ll Take Care of You).

Le poète est également un chanteur de qualité. Sa voix est également fascinante à écouter, ne serait-ce que pour sa sonorité. Scott-Heron a aussi beaucoup de ressemblances avec Tom Waits, dans une version plus « black soul ». Where Did the Night Go aurait pu être chantée par Waits et les arrangements vaguement industriels supportent encore plus cette impression. Me & The Devil n’est pas loin de ce qu’a fait R.L. Burnside, un autre vétéran de la même génération, au début de la décennie. Le réalisateur Richard Russel, aussi propriétaire du label XL, a aussi utilisé plusieurs courts extraits de phrases lancées par le poète lors de conversations, et les place en interludes entre les morceaux, donnant beaucoup de profondeur au personnage.

Un album qui plaira aux fans de blues, de soul, de jazz. Mais il plaira encore plus à ceux et celles qui se retrouvent dans l’histoire de personnages qui ont souffert durant leur vie, pour toutes sortes de raisons.

- Desc. : Spoken word jazz blues
- R.S.V.A. : Tom Waits, Chuck E. Weiss, R.L. Burnside

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