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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Lulu

REED, LOU & METALLICA

Warner

samedi 14 janvier 2012, par Nicolas Pelletier

(4/5) Il est à la fois notable (et ironique) qu’un des plus grands défenseurs de la simplicité en rock s’allie avec des musiciens qui ont toujours été considérés comme des virtuoses dans leur domaine, le métal. L’union de Lou Reed et de Metallica en est une unique, et, ma foi, fort réussie ! Il s’agit probablement des meilleurs moments du poète new-yorkais depuis une dizaine d’années. Il est toutefois possible que les fans de Metallica soient déçus, ou au moins déstabilisés par cet album double.

En prenant une lugubre pièce de théâtre allemande comme canevas, « Lulu » connaît de grands instants, comme The View, dans lequel l’énergie du quatuor californien garde le vieux maître allumé, ou l’épique Pumping Blood avec son riff initial assez simple mais très lourd, auquel on ajoute des guitares folles en arrière-plan, ce qui n’est pas sans rappeler certains passages bordéliques du Velvet. Une coupure sèche en milieu de morceau remet la touchante voix de Reed en valeur alors que Metallica se tient prêt à re-exploser d’un moment à l’autre. Il est assez fascinant de constater que la guitare de Reed a sa place aux côtés de celles de James Hedfield et Kirk Hammett (Brandenburg Gate). Le batteur Lars Ulrich a parfois tendance à trop en mettre, mais lorsqu’il faut injecter de la puissance, il livre la marchandise avec aplomb. Parfois, on sent que les deux univers ne collent pas tout à fait, comme dans les moments trash speed de Mistress Dread où Reed semble dépassé. Mais la sauce reprend dès la pièce suivante, plus rock traditionnel (Iced Honey), pas si éloignée du matériel entendu sur « New York » ou « Ecstasy ».

On aurait pu penser que les spécialistes du heavy métal allaient se cantonner dans ce style et foudroyer les chansons du vieux poète, mais non : ils se placent également en zone d’inconfort sur des morceaux plus ambiants (Cheat On Me) qui relèvent presque du spoken word, avant de décoller. Marrant aussi d’entendre Lou lâcher des « Come on ! » comme s’il devait fouetter les quatre chevaliers de l’Apocalypse. La voix de Hedfield est malheureusement trop souvent reléguée à l’arrière-plan. C’est dommage, car sa hargne naturelle se serait sans doute bien mesurée à celle de Reed. On avait ressenti la même chose lorsqu’on avait constaté la performance en demi-teinte d’Eddie Vedder sur Mirrorball, alors que Neil Young s’éclatait avec Pearl Jam. Il faut aussi admettre que par moments, on ne sent pas que Reed et Metallica soient vraiment « ensemble ». Visiblement, ils ont enregistré leurs sessions séparément, sans beaucoup répéter, et ça paraît parfois : la sauce ne prend pas toujours.

Votre humble chroniqueur, méga fan de Lou Reed, avoue avoir été plus que sceptique lors de l’annonce de ce projet. Lou Reed ayant connu plusieurs ratés dernièrement, autant sur disque (« The Raven ») que sur scène (au Festival International de Jazz de Montréal en 2010 avec John Zorn et Laurie Anderson), plusieurs le pensaient fini. Il démontre encore une fois qu’il lui reste de l’énergie et de la créativité, même si dans ce cas, il peut compter sur des musiciens inspirés qu’il a sans doute poussé hors de leur zone de confort, n’étant pas habitués de se faire mener le jeu – encore moins par un septuagénaire ne maîtrisant que trois accords !

- Desc. : Métal théâtral, spoken word
- R.S.V.A. : Metallica, Lou Reed, Henry Rollins

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