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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Berlin : Live at St. Ann’s Warehouse

LOU REED

Matador

jeudi 25 décembre 2008, par Nicolas Pelletier

(2.5/5) En 1973, Lou Reed avait étonné autant ses fans (nombreux, suite au succès de Walk on the Wild Side sur Transformer, l’année précédente) et critiques (nombreux, qui le suivaient depuis le Velvet) avec un album qui fut considéré comme un suicide commercial.

Après Transformer qui regorgeait de tubes aujourd’hui devenus classiques, Berlin était un des albums les plus dépressifs, introspectifs et… maladifs jamais produits. Reed y parlait de suicide, de malheureux enfants de junkies (The Kids, avec véritables pleurs d’enfants) et de désespoir. Brûlé par la critique - qui y a aussi vu un des albums les plus solides et originaux de son temps - et par sa propre dépression, Reed n’avait jamais performé le matériel de Berlin sur scène. Seuls les fans finis ont réussi à entendre quelques morceaux ici et là, dont la magnifique pièce titre jouée lors de concerts qui précédaient la sortie de l’album, surtout en format « bootleg ».

33 ans plus tard, Reed corrige cet impair en réunissant une solide équipe autour de lui, dont le guitariste Steve Hunter, présent lors des sessions originales, les fidèles Fernando Saunders (basse) et Tony Smith (batterie) ainsi que des précieux collaborateurs repêchés au fil des ans : Rob Wasserman à la contrebasse, Jane Scarpantoni au violoncelle et Antony au chant. Un chœur et un ensemble de cordes complètent l’orchestre. Le concert se déroula en décembre 2006 dans le centre d’art St.Ann’s, organisme culturel de Brooklyn avec lequel Reed collabore depuis 1990, soit depuis la performance publique du magnifique album Songs for Drella, duo avec John Cale.

Venons-en à la livraison de cet album maudit - qui avait littéralement scié la carrière pop en plein envol de Reed en 1973, carrière qui ne redécollera qu’en 1989.

Le poète de New York a pris la mauvaise habitude de déformer le phrasé de ses chansons, en débutant ses phrases plus tard, tic qui a rendu presque inaudible la réunion du Velvet en 1993. Sur Berlin, il en fait moins, mais il faut avouer que sa voix n’est plus à la hauteur de ce qu’elle a déjà été. Il utilise dorénavant son grave registre pour « parler » ses paroles de ses récents opus, mais lorsque vient le temps de chanter, comme sur Oh Jim ou How Do You Think It Feels ?, le poète doit adopter une autre stratégie. Les arrangements sont aussi passablement différents, souvent plus électriques que la version originale qui comptait plusieurs pointures dont Stevie Winwood, les frères Brecker et Jack Bruce, de Cream, à la basse.

Le concert se termine avec deux classiques : Candy Says, chanté avec émotion par l’androgyne Antony et l’inévitable Sweet Jane, en version douce mais aux guitares musclées, ainsi qu’une rareté, Rock Minuet. L’album « live » a été produit par Bob Ezrin - le même qui avait produit l’album studio original, ainsi que The Wall, des Floyd, entre autres classiques des années 70.

Il est tout de même agréable d’apprécier une nouvelle version de ce classique, même si on sent aussi compte que Reed semble peu inspiré, son dernier bon album datant de l’an 2000 avec Ecstasy. L’homme a aujourd’hui 66 ans et a épousé cette année sa compagne, la musicienne canadienne Laurie Anderson. Il semble aujourd’hui davantage axé sur des projets de « spoken word ».

- Desc. : Poésie rock
- R.S.V.A. : Leonard Cohen, Nick Cave, John Cale

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