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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Black Mesa

PORRAS JON

Thrill Jockey

mardi 26 juin 2012, par Frédérick Galbrun

(2.5/5) Black Mesa est le nom d’une montagne érodée de l’Oklahoma, plus haut sommet de la région située en plein cœur de la réserve Navajo. Ce peuple amérindien a cultivé une riche spiritualité en lien avec la nature et les éléments, leur permettant de devenir une figure de proue du nouvel élan pan-spirituel des différentes nations amérindiennes. Par leur langage complexe, un riche panthéon de divinités et en intégrant l’utilisation de substances psychédéliques (en particulier le peyotl), ils symbolisent le mysticisme chamanique des indiens d’Amérique, repris par les penseurs de la contre-culture et le mouvement new-age.

Jon Porras est membre du duo Barn Owl avec Evan Caminiti. Ceux-ci nous ont habitués à une musique sombre et lente, s’arrachant aux joies du folk acoustique pour entraîner les notes et les mélodies dans le sommeil et la lourdeur des rêves angoissants. Ils laissent à l’auditeur ce sentiment de faire une sieste en plein soleil, où on confond la chaleur avec des poussées de fièvre. Dans les deux cas, les hallucinations confèrent à l’expérience une teinte de psychédélisme. D’ailleurs, le hibou semble emblématique dans cette expérience, car il s’agit aussi du titre donné par Allen Ginsberg à un poème écrit sous l’influence du peyotl.

Porras ne s’éloigne pas de cette esthétique développée par Barn Owl ainsi que par son projet Elm et nous offre un disque instrumental, où la guitare électrique règne comme maîtresse incontestée. L’aspect cinématographique ainsi que les résidus de mélodies et d’accords propres au folk et au country, classent ce disque dans la lignée des trames sonores de westerns modernes, à l’image du film « Dead Man Walking » de Jim Jarmusch (celui-ci avait confié la musique à Neil Young, qui s’était très bien tiré d’affaire, seul avec sa guitare et ses effets). D’ailleurs, Porras aurait très bien pu commercialiser « Black Mesa » comme une trame sonore alternative à ce film. Le contenu consiste en de longues pièces de guitare électrique, auxquelles s’ajoute parfois une tambourine, mais où surtout des couches et des couches de guitares se superposent en étirant les accords. Certains moments sont plus intéressants quand, dans les crescendos des chansons, les notes d’une mélodie plus rythmée viennent nous sortir de la torpeur.

Jon Porras est fasciné par la nuit et ce qu’elle révèle comme visions. Cette fascination l’entraîne par contre à se confiner dans cet intervalle de temps où l’œil n’est pas encore tout à fait ajusté à la pénombre. C’est dans cet espace qu’on se permet de croire aux hallucinations et aux esprits ; quand l’œil nous joue des tours en raison de l’inversion de la brillance des couleurs. En se maintenant dans cette position, on peut se raconter des histoires et prétendre avoir vu des esprits danser sur le sommet d’une montagne. C’est une belle fable, qui ne recèle par contre aucune réelle transcendance, à l’image de cet album. Car après chaque écoute, on a l’impression de n’avoir rien entendu. On ne se souvient pas d’être passé au travers et il nous reste seulement une sensation vague d’étrangeté. Semblable à ce désert du Nouveau-Mexique que Porras semble vouloir imager ; Debout au milieu de l’étendue aride, un vent souffle et traîne avec lui des nuages de poussières. La même scène qui nous donne l’impression de se répéter continuellement, combien de temps sommes-nous restés ici ?

- Desc : Doom-western psychédélique
- R.S.V.A. : Earth, Barn Owl, Neil Young

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