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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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At Somewhere There

PARKER, WILLIAM

Barnyard

samedi 13 novembre 2010, par Olivier Boivin

(3/5) Vous aimeriez tester votre degré de tolérance sans avoir à répondre à un quiz simplet d’un magazine féminin ? Voici le disque (voire le risque) qu’il vous faut. En pleine journée de canicule du mois de juillet, William Parker ajoute une brique à la fresque musicale d’instruments classiques réutilisables de l’étiquette Barnyard. Il nous arrive ici avec une ambiance brute et chaotique, grâce à une technique littéralement audacieuse. Utilisant deux contrebasses de manière intensément stridente, Parker réinvente, détruit pour redéfinir, déconstruit, reconstruit, puis décortique les cordes afin de titiller les oreilles sensibles comme pas un ; tantôt dans la hâte, tantôt dans le silence, mais ô combien dans l’abstraction !

La pochette est une des plus belles peintures semi-abstraites que j’ai eu la chance de voir sur album. Cette toile ultra riche en couleur et peinte à l’huile a été créée simultanément au moment de l’enregistrement du disque par le peintre Jeff Schlanger, ce qui apporte une superbe cohérence au contenu. On y voit les chevilles, les manches et les volutes de deux contrebasses. Le reste de l’instrument (la table, l’âme et le fond) se métamorphose par les dégoulines de coups de pinceau épais et disparates, rappelant la musique que j’ai perçue comme impulsive et instable. La première pièce dure 48 minutes et c’est long, c’est très long… Les sons varient, mais bonne chance pour comprendre la différence entre le début, le milieu et la fin, car la répétition est de mise. Tout un défi aussi de passer au travers ! Heureusement, il y a de la flûte sur la troisième piste, une belle chanson assez aventurière et médiévale durant trois minuscules minutes.

Précipité dans tous les coins de la pièce par des sons inhumains, j’ai dû comprendre qu’il existe un summum inouï dans le domaine de l’insupportable. On voit qu’il existe des moments où la souffrance auditive est inévitable. Ce disque, bien intéressant au point de vue technique et même précurseur dans l’innovation, demande un calme total afin d’atteindre une accoutumance, qui risque fort de ne jamais se présenter, puisqu’après tout, At Somewhere There offre une musique primitive volontairement agaçante.

Cet opus se veut original, contemporain, et se positionne contre les standards classiques, donc loin de J.S. Bach, que je considère comme son antithèse. Attachez bien votre tuque avec de la broche si jamais il vous tombe sous la main. L’écoute en vaut la chandelle, ne serait-ce que pour parfaire son oreille, s’ouvrir à de nouveaux horizons et en apprendre sur les possibilités extraordinaires de l’univers sonore. C’est pourquoi je le conseille uniquement aux amateurs avertis.

- Desc. : Free Jazz contemporain
- R.S.V.A. : John Coltrane, Anthony Braxton, Derek Bailey

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