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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

Armonico Hewa

OOIOO

Thrill Jockey

jeudi 1er avril 2010, par Éric Dumais

(3/5) Armonico Hewa est le 6e album de la formation japonaise OOIOO sorti en octobre 2009. Première parution depuis Taiga (2006), ce nouvel opus se rapproche davantage de ce dernier par les thèmes exploités et par les arrangements musicaux employés.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le titre Armonico Hewa ne provient pas du japonais. En réalité, les mots Armonico (espagnol) et Hewa (swahili) se définissent par l’expression « Air in a harmonious state ». Ainsi, avec cet album, on revisite le thème de la nature, mais toujours avec cette touche frénétique que l’on avait effleurée avec Taiga 3 ans plus tôt. Rappelons, soit dit en passant, que le terme Taiga se définit en russe par « forêt » et en japonais par « grosse rivière ».

Dès le commencement, les premières notes d’Armonico Hewa sont assez symptomatiques de l’expérience musicale à laquelle OOIOO nous convie sur cet album. De fait, la chanson SOL débute avec un long cillement perçant, qui est assez aigu pour nous percer les tympans de bord en bord. D’emblée, il y a dans l’air une certaine tension dramatique quasiment palpable. Un rythme tribal en accéléré s’enchaîne très rapidement, accompagné d’une guitare électrique possédée par le diable en personne et du chant saccadé et hystérique des quatre musiciennes japonaises. Il faut avouer que le mot « hétérogène » prend ici tout son sens. Le mariage entre l’instrumentation et le chant est totalement en désaccord avec les lois de la nature, pourtant, ou devrais-je plutôt dire, étonnamment, ça se complète bien, c’est écoutable, c’est… surprenant ! L’élément rassurant dans cette histoire c’est qu’OOIOO n’offrent pas un opus complètement expérimental, c’est-à-dire qu’ils laissent une porte ouverte pour d’autres genres musicaux, afin de les intégrer à leur sauce noise-pop expérimentale et, par la suite, les éventrer et les éviscérer pour n’en extirper que le meilleur. Par exemple, la chanson qui suit, Uda Hah, présente une mélodie à la guitare électrique élaborée, par-dessus laquelle les quatre musiciennes japonaises s’amusent à incorporer des tams-tams aux résonnances lourdes et profondes, mais avec, cette fois-ci, un chant calme et serein. L’effet est admirable, presque hypnotique. Par la suite, se combinent chansons plus écoutables et moins écoutables, comme les magnifiques et intimistes Ulda et O O I A H ou l’étonnante et agressante Irorun.

La musique d’OOIOO est rafraîchissante comme une liqueur d’un pays exotique à laquelle nous n’étions pas préparés. À mon avis, vous aurez plutôt envie de l’écouter à petites doses, soit pour surprendre ou impressionner vos amis, ou, tout simplement, parce que vous êtes seul et que vous ne voulez pas entrer en transe profonde, de peur d’être incapable de vous réveiller.

- Desc. : Noise-pop expérimentale
- R.S.V.A. : Boredoms, Ruins, Rovo

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