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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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July

NADLER, MARISSA

Sacred Bones

dimanche 30 mars 2014, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Dès ses débuts en 2004, Marissa Nadler en a charmé plusieurs avec sa voix chaude, ses intonations doucereuses et un chant étrange faisant parfois penser à un fado portugais. Ses balades funèbres ne laissaient cependant pas présager un succès populaire ; des textes cryptiques, une reprise d’Edgar Allan Poe et une approche dépouillée, soutenue par un label expérimental. Mais voilà que Nadler nous propose un 7e album, un premier sur Sacred Bones qui, après avoir cherché sa niche, est probablement la meilleure étiquette pour accueillir une artiste de sa trempe. Sur « July », la chanteuse s’est associée au musicien et réalisateur Randall Dunn, qui cumule les sorties d’album avec des groupes tels que Master Musician Of Bukkake, Sunn O))), Earth… Bref, un musicien habitué à la noirceur et à la lourdeur sonore, des qualificatifs qui sied très bien à Marissa Nadler et qui ont été exportés habilement sur ce disque.

Musicalement, on a droit à des arrangements riches, beaucoup plus sombres qu’une simple guitare acoustique ; des percussions étouffées, des basses plus lourdes, des lignes de synthétiseurs qui s’étirent et un violon ténébreux, gracieuseté de Steve Moore et du grand Eyvind Kang, respectivement. La guitare acoustique domine toujours mais l’enrobage la rend discrète et on en vient à l’oublier tellement l’attention est portée sur la voix de la chanteuse. Les dédoublements éthérés du chant de Nadler hypnotisent et se transforment souvent en un chœur fantomatique, contribuant à susciter le sentiment d’outre-tombe qui émane de l’album. On apprécie énormément les moments où le synthétiseur vient appuyer la voix dans les refrains, créant des moments où on perd totalement notre esprit critique et où on se laisse envahir par l’émotion.

La pochette du disque nous renvoi également à cette impression d’évanescence, par ce jeu superbe entre l’ombre et la lumière, quand les contrastes viennent saturer l’image, rendant le sujet difficilement perceptible. D’ailleurs, le philosophe Georges Didi-Huberman écrit que la spectralité de l’image est comme une survivance, une lueur qui persiste dans l’obscurité et qui s’entoure d’un halo diaphane et que, selon Aristote, c’est justement la présence du diaphane qui permet l’obscurité. L’insistance d’une féminité fragile chez Nadler laisse ainsi paraître une grande part d’obscurité chez elle, nourrie par le manque de l’autre : « Baby I’m a ghost when you’re away ».

Au niveau des textes, Nadler s’est libérée d’une densité métaphorique pour s’assoir dans un registre beaucoup plus convenu, inspiré par l’amour, les départs et les cœurs brisés. Un des thèmes prédominant qui ressort porte plus particulièrement sur le chemin et la route. C’est ce thème qui porte le poids de l’esthétique de l’album et qui génère ses moments les plus intéressants, quand Nadler chante la distance. On savoure également les perles qui font référence à une préoccupation contemporaine, au-delà du poétique, qui décrivent des éléments de la vie ordinaire, quand l’anecdotique devient moment d’exception. On retient ces visages illuminés par les cellulaires, le fait d’enlever sa robe sans la faire toucher au plancher dans une toilette publique, appeler l’autre lorsqu’intoxiqué par l’alcool, les noms de villes et des États qui défilent : New-York, Massachussetts, Tennessee… C’est encore cette route qui fascine ; la distance entre soi et l’autre, lorsque l’amour blesse, leurre et ignore le désir.

Marissa Nadler chante l’amour et la perte avec une tristesse dans la voix, qui étire ses fins de mots comme une complainte. On se demande dès lors quel repos est possible lorsqu’on est soumis aux errances de nos passions et de nos sentiments. Lorsqu’elle clame en guise de clôture qu’elle ne possède rien en son cœur, on doute de la véracité du propos. Peut-être cherche-t-elle à se faire passer pour plus sombre qu’elle ne l’est réellement, cherchant à effacer les instants de lumière qui l’habitent pour ne laisser que l’obscurité ? Pourtant, il est clair que la fragilité qui émane de la totalité de son œuvre est plutôt une douleur qu’elle cherche à faire taire.

- Desc : Gloom-Folk
- R.S.V.A : Chan Marshall, Hope Sandoval, Tiny Vipers

En spectacle à Montréal le 8 mars

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