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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Centralia

MOUNTAINS

Thrill Jockey

vendredi 8 mars 2013, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Derrière les sommets enneigés, se cachent les eaux calmes et profondes du duo de Brendan Anderegg et Koen Holtkamp. Douces mélodies, drones hypnotiques et pourtant, dans ces eaux profondes se terrent des remous plus noise, illustrés admirablement par les sorties solos de Holtkamp. Un champ de force synthétique, une électronique statique, nous place en apesanteur, bercé par les instruments acoustiques et les douces mélodies folk.

« Centralia » est le troisième album de Mountains sur l’étiquette Thrill Jockey et il semble suivre la progression amorcée depuis « Choral ». Sur leurs premiers albums, les instruments acoustiques portaient le poids de la structure mélodique, à laquelle s’insérait des distorsions électroniques, des fields recordings, des changements abrupts d’intensité sonore. Mais depuis la sortie d’ « Air Museum » en 2011, il semble que l’électronique prend plus de place et se permet de reléguer les lignes acoustiques au second plan. Ce faisant nous sommes témoins du passage du temps, d’un traitement plus homogène des sons, où les aspérités sont lissées, faisant de cette chaîne de montagne une force tranquille aux sommets érodées, propices à la promenade paisible et à la rêverie.

Cette forme de nihilisme musical invite à se détourner des choses de ce monde pour se réfugier dans le rêve, où la construction onirique permet de symboliser les moments de passage entre les différents états de veille. La fuite se dessine sous les traits du sentiment océanique, dans lequel il est possible de dissoudre les limites de notre individualité. Dans ce nihilisme, on peut aussi voir une négation de la différence, avec un souci de rendre uniforme ce qui accrochait notre attention et déchirait la toile bucolique de la platitude du paysage. Car ce qui était autrefois intéressant chez Mountains, c’était ce mélange parfois dissonant de folk et d’électronique, suscité par des rencontres brusques et aléatoires, offrant la possibilité d’un lieu d’ouverture et de questionnement.

Bercé par le monolithe de 20 minutes de statique analogique qu’est la pièce « Propeller », notre tentative d’émerger hors du marasme est vouée à l’échec, alors que nous sommes ramenés malgré nous sur la plage par le ressac des vagues de synthétiseurs. Ailleurs, ce sont les motifs répétitifs de guitare acoustique sur « Circular C » qui nous hypnotisent, jusqu’à ce que le soleil se lève sur des contrées de folk appalachien avec « Tilt ». Si l’image de la pochette représente les contours d’un pays, ceux-ci semblent dessinés aléatoirement par les brûlures du feu sur un papier ; les frontières sont noircies et l’état devient un vide qui appelle à être rempli. Encore l’image du déchirement, du trou que le frottement a causé, entre le feu et l’usure, quand les particules se détachent et qu’elles se soumettent au mouvement de la volonté de puissance. Il s’agit d’un disque généreux et abondant.

- Desc : Folk synthétique instrumental
- RSVA : Emeralds, Pelt, Tim Hecker

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