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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Earth Has Doors

MILES. WYMOND

Sacred Bones

mercredi 19 décembre 2012, par Frédérick Galbrun

(4/5) Entre la sortie de cet EP de quatre titres et sa critique sur Emoragei, le label Sacred Bones a fait paraître l’album complet de Wymond Miles, qui devrait être aussi fort intéressant. Le guitariste du groupe The Fresh & Onlys, tente finalement l’aventure solo et en profite pour mettre de l’avant une esthétique différente de celle exploitée en groupe. On peut quand même y déceler une affinité avec certaines chansons, mais en règle générale, il s’en éloigne plus qu’il ne s’en rapproche. Sur ce projet, Wymond Miles a joué la quasi-totalité des instruments et s’est enregistré chez lui sur un 8-pistes Tascam. Cette cohésion et l’intimité de l’enregistrement transparaîssent dans la facture sonore feutrée et légèrement inaccessible du projet ; on y sent une forme de réserve de la part de l’artiste, combinée à un souci de mettre en musique un monde intérieur en transformation. Bien souvent, pour réaliser un tel travail, une réclusion est nécessaire afin d’entreprendre le voyage intérieur.

Miles entretient un certain ésotérisme poétique dans ses chansons, qui contribue à délimiter les contours d’un univers onirique où le côté fantastique, voir magique, de la réalité est à la portée de l’homme. Certains pouvoirs sont accessibles à celui qui est capable de développer son attention pour s’immerger totalement dans la quête mystique. La transformation alchimique a lieu par force de patience et de persévérance. Si les Tables d’Émeraudes d’Hermès Trismégiste n’ont jamais révélé les ingrédients nécessaires pour changer le plomb en or, ils ont nourri un imaginaire fécond vouant à l’homme des pouvoirs insoupçonnés. Les différentes écoles ont travaillé à diffuser leurs propres ingrédients, permettant de suivre une ligne directrice dans ce travail sur soi. Ces lignes des forces sont présentes chez Wymond Miles et on peut même y déceler une tangente vers le satanisme gnostique d’Aleister Crowley, par le côté baroque et pervers de sa musique. Cette perversion se traduit par le lieu que le chanteur semble habiter ; plein d’une forme de luxure ou de superbe, propre au dandy qui arbore fièrement le pendentif en forme de pentagramme. C’est cependant lorsqu’on parvient à les dévêtir des couches d’effets, qu’on décèle dans ses paroles un propos qui invite à la liberté de la conscience et du corps, à une forme de jouissance sans retenue. Une seule injonction « Jouis ! » et j’entends. Construction du fantasme ultime de la perversion, jouir toujours et sans retenue.

La superbe pièce instrumentale « As The Orchard Is With Rain », entrecroise guitare acoustique et violoncelle et se fait traverser de sonorités électroniques qui rendent parfaitement justice à son titre. Une distorsion analogique qui devient de plus en plus présente dans la pièce et la ponctue de temps d’arrêts qui, en l’espace d’une fraction de seconde, mettent en suspens le mouvement de la chanson dans un timing incroyable. La chanson qui clôt cet EP, « Earth Has Doors, Let Them Open », est tout aussi superbe, mais c’est surtout sa finale épique au synthétiseur qui laisse une trace difficile à effacer dans notre esprit. On retient un court aperçu de ce dont l’artiste est capable de nous offrir, simple avant-goût aux saveurs riches et florales d’un parfum musical capiteux et suave. « Earth Has Doors » s’entoure d’une aura de superbe à l’image de lourds rideaux de velours pourpres qui sied à merveille à cette pop intelligente et intrigante.

- Desc : Pop ésotérique
- R.S.V.A. : Echo & The Bunnymen, The Church, Nick Cave

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