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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Love Letters

METRONOMY

Because/Warner

lundi 16 juin 2014, par Pascal Dumont-Julien

(3.5/5) Paru en mars dernier, Love Letters est le quatrième album du groupe anglais Metronomy. Souvent classé dans la famille élargie de la pop à saveur électro, le groupe fondé en 1999 a habitué ses fans à des albums bien différents les uns des autres. Toutefois, si comme moi vous avez découvert le groupe avec The English Riviera paru en 2011, il est facile d’être déçu à la première écoute de Love Letters. Pourquoi ? Parce qu’on le compare inévitablement à son prédécesseur. Pas de hit pop redoutable à la « The Look », pas de solo de guitares distorsionnées comme dans « We Broke Free », pas non plus de refrain disco contagieux comme celui qui traverse « The Bay ». Non, rien de cela. À la déception suit la perplexité : Pourquoi Joseph Mount et son groupe ont-ils composé un album si introverti, si timide… est-ce un suicide commercial, de la nonchalance, un passage à vide ?

Avec ces questions en tête, je me lance dans une deuxième écoute. À la recherche de repères, je porte mon oreille vers les arrangements. L’influence seventies se fait encore sentir dans la production, même si celle-ci est plus nuancée que sur le disque précédent. Cette attention aux détails me mène vers la voix de Jos Mount, presque sans effets sur « The Upsetter », la pièce qui ouvre l’album. Il semble murmurer quelque chose à mon oreille, quelque chose de triste et doux, comme s’il me lisait son journal intime. Je me laisse ensuite porter par le solo de guitare larmoyant qui clôt la composition. « I’m Aquarius » enchaîne avec sa rythmique minimale et ses polyphonies de synthétiseur enveloppantes. Je commence alors à comprendre que je ne suis plus dans l’univers léger, structuré et estival de The English Riviera, mais bien dans un univers sombre et complexe, doté d’une richesse musicale qui se découvre petit à petit, avec pudeur. Et ce n’est pas sans me plaire.

Les jours passent et les écoutes se succèdent. Peu à peu, je suis charmé par l’introduction de « Love Letters » exécutée par Airelle Beson à la trompette, envouté par les harmonies vocales sixties de la batteuse Anna Prior sur « Month of Sundays », porté par la lente progression mélodique de « Call Me » et enlevé par la puissance nostalgique de « The Most Immaculate Haircut ». Oui, je commence vraiment à comprendre et surtout à aimer ce disque. Ce que j’avais pris pour une production bâclée se révèle être une sous-production pleinement assumée. On met un peu de côté l’exercice de style et la forme pour miser sur l’intimité, la vulnérabilité et le contact direct avec l’auditeur. Je trouve impressionnant qu’un groupe au seuil de la reconnaissance mainstream décide d’emprunter cette voie risquée. Ça prend du courage et de la foi en sa démarche artistique. Ça prend aussi du courage pour citer la pièce « Sleeping Satellite » de Tasmin Archer dans une chanson (« The Upsetter »), mais on a tous droit à quelques fantaisies non ?

- Desc. : Electro-pop rétro-intimiste.
- R.S.V.A. : The Notwist, Casiotone For The Painfully Alone, The Postal Service

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