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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Along The Way

MC GUIRE, MARK

Dead Oceans

vendredi 7 mars 2014, par Frédérick Galbrun

(1.5/5) Dès leurs débuts, le groupe Emeralds a été associé à une bourgeonnante scène noise, qui comprenait les Wolf Eyes, Double Leopards et GHQ de ce monde. L’eau a définitivement coulé sous les ponts, et des groupes nommées ci-haut, peu sont restés cantonné dans le genre. Pour sa part, le trio d’Emeralds, composé de John Elliott, Steve Hauschildt et Mark McGuire, a connu du succès en optant pour une tangente un peu plus mélodique et, avec les années, moins abrasive. Depuis, les trois musiciens ont entrepris des carrières solos très intéressantes et McGuire a débuté la sienne en grande pompe avec des albums très intéressants sur Weird Forest et Editions Mego. Dans un moment où le renouveau du « kosmische musik » allemand était à son paroxysme, son jeu de guitare et de synthétiseurs tombaient à pic. Mais ce passage chronologique de la musique, ce retour aux années 70 et au rock expérimental allemand, poursuit son chemin en entrant dorénavant dans les années 80. McGuire nous offre donc un album plus proche des explorations de guitare électrique de Manuel Göttsching et de l’esthétique de Tangerine Dream et Ash Ra Temple dans leur déclin, lorsqu’ils ont opté pour une espèce de néo new-age trop souvent indigeste.

Ce « néo new-age » s’infiltre également dans la réflexion que McGuire porte sur sa musique. Avec « Along The Way », il tente de faire un disque spirituel, rendant hommage au parcours initiatique et aux différents penseurs/mystiques l’ayant influencé. Le livret accompagnant le disque est composé d’un long texte qui explique sa démarche et qui, à travers les différents titres des chansons, trace les havres et les écueils d’un cheminement initiatique psycho-spirituel. Maintes fois racontés par des auteurs comme Dan Millman, Scott Peck, Paolo Coelho et James Redfield, cette réflexion se veut pauvre et insuffisante pour apporter les changements éthiques majeurs nécessaires à notre époque, même si elle prétend le contraire. L’amour et la quête d’une conscience universelle ne font plus bonne figure lorsque confrontés à la désillusion générée par un néo-libéralisme économique, surtout lorsqu’ils sont réappropriés par le système comme un vaste marché. Ainsi, ce discours ne rend pas la démarche du musicien plus intéressante, il ne fait qu’accroître le poids du malaise.

Musicalement, McGuire flirte de façon dangereuse avec une esthétique « trip-hop électro » ringarde et s’il parvient parfois à maintenir un certain équilibre, il perd rapidement pied. Quelques bons moments ponctuent l’écoute mais ceux-ci sont rares ; on embarque volontiers dans la guitare acoustique d’« Awakening », les cymbales discrètes (et par moment arythmiques) sur « Silent Weapons » rendent le jeu de piano plus intéressant et on parvient un peu à s’oublier dans la première moitié des douze minutes de « The Instinct ». Cette dernière, parvient cependant à nous dégoûter avec son climax de bass drum électro à 6:50. En ajoutant des rythmiques synthétiques, McGuire nous offre des compositions qui diffèrent des longues suites planantes auxquelles on était habitué. Ce faisant, « Along The Way » est peut-être beaucoup plus accessible mais la musique mièvre et nauséeuse qui en émane est questionnable.

Le lot de chansons horribles contenu dans cet album dépasse la balance de l’acceptable. Des titres comme « For the Friendships » ou « The Lonelier Way » sont sans intérêt et « To The Macrobes » incarne un des exemples le plus douteux de l’album. Quand McGuire ajoute des voix traitées au vocodeur à ses drums synthétiques le résultat est épouvantable, venant gâcher des morceaux qui s’avéraient digestibles au départ, comme sur « The War On Consciousness ». Le genre de techno/disco qui nous est servi est parfois sauvé par la guitare électrique mais même celle-ci devient rapidement insuffisante ; rendue anonyme par des mélodies joyeuses et des montées euphoriques.

Je me plais de voir le musicien d’avant-garde comme celui qui allie une réflexion soutenue à sa pratique, tentant d’aller toujours de l’avant et d’inventer de nouveaux discours. Quand celui-ci finit par se cantonner dans un genre ou un discours défini, il s’associe inévitablement avec la musique populaire, qui le rattrape toujours de plus en plus rapidement. Mais lorsque le musicien d’avant-garde se lance de son plein gré vers des formes grand public de son art, il crée le mouvement inverse. Au lieu d’élever la musique vers des nouvelles sphères, il ne fait qu’abâtardir son art. Il peut en effet créer de la bonne pop, mais à moins d’être Arthur Russell, rares sont ceux qui arrivent à changer la face de la culture. « Along the Way » est une déception totale, de la part d’un musicien ayant pourtant réussi à ses soustraire des limites de la pure abstraction noise. Le remix disco de « The instinct » par Prins Thomas en finale d’album ne fait que sceller le tout d’un horrible goût. En fait, ça vient surement de moi, je crois que j’ai vomi un peu dans ma bouche.

-  Desc : New-Age Pop.
-  R.S.V.A. : Vangelis, Ashra, Enya

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