[]

Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

Accueil du site > Musique > M > MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE

Far West

MASTER MUSICIANS OF BUKKAKE

Important

lundi 23 septembre 2013, par Frédérick Galbrun

(3/5) Master Musicians Of Bukkake (MMOB) est un ensemble de musique à géométrie variable ayant, au cours des années, accueilli différent membres (insérer signifiant phallique ici) dans leurs rangs. Il semble cependant qu’un des piliers demeure Randall Dunn, cet ingénieur de studio ayant travaillé entres autres avec Sun City Girls, Boris, Sunn O))), Earth, Akron Family et Secret Chiefs 3. Avec une feuille de route aussi impressionnante, on serait en droit de s’attendre à des choses splendides de la part de sa troupe. C’est en effet ce qui s’est produit avec la sortie du premier album « The Visible Sign Of The Invisible Order » sur Abduction, le label des Sun City Girls.

Cette première entrée discographique mettait en évidence une filiation directe avec le trio composé des frères Bishop et de Charles Gocher. D’ailleurs, Alan Bishop a collaboré sur « Totem 3 », troisième et dernier disque de la trilogie du même nom. Même si on a apprécié ces trois disques de Master Musicians Of Bukkake, on a beaucoup plus salivé sur l’excellent « Elogia de la Sombra », mini-album paru sur l’intrigante étiquette britannique Latitudes. Cela dit, de tous les groupes avec qui Randall Dunn a travaillé, l’influence qui transpire le plus de l’écoute des albums de MMOB, est celle issue de ces groupes mélangeant rock cosmique et ethnicité.

Le nom Master Musicians Of Bukkake est une référence directe aux Master Musicians of Jajouka ; une confrérie soufie situé dans le village berbère de Jajouka au Maroc. On doit leur découverte et leur notoriété aux poètes beatniks Brion Gysin et William Burroughs. Cette confrérie est toujours active et se veut une incarnation contemporaine d’un groupe de musique de transe, dans sa visée et sa conceptualisation. Les Master Musicians of Jajouka s’inscrivent dans une tradition religieuse avec des référents bien définis, découlant d’une pratique millénaire. D’ailleurs, un festival est organisé à chaque année dans leur village et permet de faire l’expérience directe d’une musique sacrée. Les MMOB semblent viser le même objectif mais au lieu de s’imprégner d’un référent spirituel, ceux-ci font plutôt dans la vulgarité. Ainsi, le rituel qu’ils proposent ne s’en veut pas un favorisant l’expérience transcendante mais bien une forme de vengeance, visant l’humiliation, pour punir la tromperie. Étrangement, c’est aussi une tromperie qu’ils nous offrent, avec une orientation « spiritualisante », en s’appropriant l’objectif de la transe et en se définissant de la sorte. À la limite, on aurait pu croire à une « vulgate » ; un élément sacré rendu accessible à tous, mais MMOB se dissocie d’une véritable tradition et s’affiche comme vulgaire et irrévérencieux. Cependant, dans ce registre, le trio Sun City Girls est allé plus loin, imprégnés qu’ils étaient de l’attitude punk propre à leur époque. Mais MMOB ne sont pas punk ; ils laissent de côté l’esthétique DIY et la guérilla pour miser sur les contacts et l’expérience d’enregistrement que bénéficie Randall Dunn.

Ainsi, c’est le contexte entourant la musique du collectif qui sonne faux car musicalement « Far West » se veut un album très intéressant, possédant des moments fascinants mais qui se font parfois attendre, comme si il y avait un défaut de structure dans la composition. Par exemple, la pièce « Arche » débute de façon intéressante avec des ses sonorité abstraites qui laissent la place à une batterie lourde et des riffs de guitare électrique qui font stagner le morceau. C’est une constatation qu’on fait sur la quasi-totalité des chansons. Alors que le groupe japonais Acid Mothers Temple (AMT) fait culminer leur morceaux en une frénésie collective, MMOB gardent les choses au même tempo dès qu’ils ont atteint leur vitesse de croisière ; on les a connus plus excités sur des albums antérieurs. D’ailleurs, « Far West » se veut très proche de ce que peuvent offrir Acid Mothers Temple, en excluant les moments d’extase collective que ces derniers peuvent atteindre. Même les crédits annotés aux côtés des noms des musiciens sont à ce point emprunté à la pratique d’AMT, en s’attribuant les instruments et les rôles de : shaman shakers, green fog, mossy fuzz, insects, divining rod….

De plus, on commence à être exaspéré par ce renouveau prog-rock européen des années 70’s. Les références à Ennio Morricone, Goblin et la musique de Giallo sont devenues monnaie courante et il semble que de nombreux groupes dits « expérimentaux » empruntent désormais cette esthétique afin de faire dans le bon goût. L’instrumentation traditionnelle guitare, basse batterie et synthétiseur fait ici figure obsolète et on se surprend à désirer quelque chose de plus aventureux. Mais tout n’est pas sans saveur ; la face B débute de façon beaucoup plus intéressante ; on apprécie les chants en chœur sur différentes chansons, le synthétiseur modulaire SERGE sur « You Are a Dream Like Your Dreamer : The Dark Peace » et « Circular Ruins », la chanson qui clôt l’album, est sublime. On aurait aimé plus de saxophone, d’audace et de déséquilibre. On a perdu l’ivresse frénétique qui culmine dans les moments de tensions que ce type de musique peut atteindre, c’est à ce moment qu’on pourrait parler de transe.

Il y a de ces albums desquels on attend beaucoup mais qui au final déçoivent et « Far West » fait partie de cette catégorie. Un disque intéressant, bien réalisé mais pas très excitant. Même la superbe pochette illustrée par Simon Fowler ne parvient pas à effacer le goût salé du leurre. D’ailleurs selon certains récits, la pratique du Bukakke pouvait finir par étouffer la victime. À force de vouloir se faire jouir à tout prix, les musiciens de l’éjaculation semblent désormais émasculés.

-  Desc : Space rock ritualisant
-  RSVA : Acid Mothers Temple, 13th Floor Elevators, Secret Chiefs 3

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0