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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

C’mon

LOW

Sub Pop

mercredi 27 avril 2011, par Jean-François Sénéchal

(3.5/5) En survolant les critiques s’intéressant au neuvième album de Low, force est de constater que les opinions sont partagées. Comme on pouvait s’y attendre, la glose qui entoure C’mon évoque de façon quasi nécessaire la production antérieure de la formation, répartie sur près de deux décennies. Et puisque cette production recèle des perles qui ont marquées au fer rouge la mémoire musicale de plus d’un mélomane, la barre est on ne peut plus haute.

Oui, la comparaison entre nouveau et ancien matériel peut provoquer des biais délétères en ce qui concerne l’appréciation d’un nouveau venu discographique. Mais elle peut aussi être riche en révélations. Et quitte à s’intéresser au jeu des comparaisons, profitons-en pour poser quelques bornes à propos de la trajectoire de Low, que ce soit en termes de commentaires généraux ou de simples boutades. Et voyons voir les résultats.

1. Low n’est plus un groupe « slowcore » depuis au moins The Great Destroyer (2005), donc cessons de faire constamment référence à cette notion qui a perdue toute pertinence, sauf en termes d’intérêt historico-discographique. Bien sûr, la formation recourt encore aujourd’hui à des tempos lents (les pièces Done, $20, Majesty/Magic), mais ils alternent désormais avec toute une gamme de rythmes qui sont plus représentatifs du domaine rock, indépendant ou pas. Ce sont ces derniers qui ont révélés un nouveau visage de Low, lequel continue de se concrétiser avec des pièces comme Try To Sleep, l’excellent nouveau simple de la formation.

2. Conséquemment au premier point, Low n’est plus le secret bien gardé des âmes sombres et autres amateurs de musique noctambule qui fleurit l’hiver. À plus forte raison, la reprise récente de deux pièces de l’album The Great Destroyer par Robert Plant (sur Band of Joy), aura peut-être pour effet d’apporter plus de visibilité à un groupe qui est toujours demeuré fidèle au domaine de la musique indépendante. Aussi, le groupe a bénéficié, pour le tournage du vidéo clip Try to Sleep, de la présence de l’acteur John Stamos, connu pour ses rôles de séries télévisées, comme Glee et ER. Déjà, on entend les nostalgiques ou les puristes s’emporter contre ces preuves d’un inéluctable déclin. Pourtant, l’écoute de pièces comme $20 ou Done devrait les convaincre que la formation est demeurée, pour une part essentielle, fidèle à elle-même.

3. On parle souvent des harmonies vocales d’Alan Sparhawk et de sa femme Mimi Parker, qui sont devenues la marque de commerce de Low. Pourtant, peu nombreux sont ceux qui ont reconnu en la voix d’Alan Sparhawk l’une des plus séduisantes de l’univers indie rock. Je ne parle pas là, bien sûr, de vibratos pathétiques et de prouesses vocales ; les stars pop sont là pour en faire l’emploi tout dégoulinant. À la fois feutrée et puissante, avec ce grain indéfinissable, elle s’est affirmée de plus en plus subtile et envoutante au fil des ans. Et bien que la voix de Sparhawk se révèle tout particulièrement efficace lors de prestations publiques, les pièces Try to Sleep et Witches montrent qu’elle peut également pleinement dévoiler ses charmes sur disque.

4. Alan Sparhawk n’est peut-être pas un grand poète, du moins au sens classique du terme, mais il connaît l’importance des mots. La valeur qu’il leur accorde s’exprime par cette diction impeccable qui les rend immédiatement compréhensibles. Pas d’attitude baragouineuse, pas d’accent à coucher dehors, que des mots francs, limpides pour célébrer le spleen, dénoncer le mal, dire la révolte. Il y a là une constante, une pierre de touche du travail de Low, bien visible (ou plutôt audible) sur C’mon. Comme si exorciser ses démons impliquait de les nommer clairement, peut-être pour que, avant tout, ils se reconnaissent eux-mêmes.

C’mon n’est pas un grand disque de Low. S’inscrivant dans une évolution qui peut être vue comme naturelle, ce n’est pas non plus une porte d’entrée idéale pour découvrir ce groupe qui a défini son identité musicale profonde lors de moments de grâce, comme The Curtain Hits The Cast (1996), Secret Name (1999) et Things We Lost In the Fire (2001). Pourtant, la pièce Try to Sleep montre que Low est encore capable du meilleur et que sa place en toujours pertinente dans le paysage musical actuel. Des comparaisons seraient encore possibles pour le démontrer hors de tout doute mais, personne n’en doutera, les dites comparaisons ont remplies leur quota pour aujourd’hui.

- Desc. : Indie rock nuageux
- R.S.V.A : Damon & Naomi, Ida, Retribution Gospel Choir

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