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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Artiste à vendre

LONELY KID QUENTIN ENSEMBLE

Saintonge /PL /Sauvage-Sauvage

lundi 5 août 2013, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Intrigante découverte faite au disquaire l’Oblique, où parfois les touristes qui s’y risquent sont aussi musiciens et osent déposer leur galette en consigne. Les informations à l’intérieur du disque nous apprennent que l’album est écrit et composé par Pierre Noël et Charles Rioult, mais il semble plutôt qu’un certain Vincent Portron et le soit disant « Kid Quentin », sont les deux instigateurs du projet. Les textes, tout comme la musique, sont riches en sonorités et en mots, écrit dans un français impeccable, rudement bien ficelés et déploient un discours critique, parfois ironique sur différentes factions sociales. Plus particulièrement, les sujets d’observation font partie de cette catégorie de personnes dites d’ « artistes ratés », qui ont tenté de différentes façons de faire vivre leur art ou leur pratique, sans jamais parvenir à un niveau de réalisation suffisamment satisfaisant pour celui qui en fait la critique.

On peut imaginer l’auteur comme habité d’une certaine colère face à ces personnages vides et futiles qui peuplent l’espace social ; le philosophe médiatique, l’artiste visuel, l’étudiant, le chanteur engagé…. Bref un lot de caricatures est dessiné et les traits de fusain font ressortir l’aspect grotesque de certaines situations. En même temps, ces microcosmes permettent à l’auteur de déployer ses connaissances des différents milieux par des références culturelles obscures. Ce faisant, on peut penser qu’il y a une certaine mise en abyme dans la réalisation de l’œuvre, où le critique est le reflet en miroir du critiqué, un peu comme une dynamique proustienne, où le narrateur finit par rencontrer le héros à la fin du livre. Les textes mettent en scène les personnages dans un « ratage » constant, qui semble plutôt être le fruit d’un système culturel et artistique que d’une volonté individuelle. En même temps, on peut questionner cette attitude désinvolte qui se dégage du Lonely Kid Quentin Ensemble, où l’humour se mêle au snobisme, propre à cette génération actuelle de jeunes adultes issus d’une classe moyenne culturelle. Un humour naïf qui frôle l’ironie, mais qui en même temps donne cet air supérieur à celui qui le pratique.

Le ton est évidemment « français », dans tous les clichés qu’on peut reconnaître au genre, mais rapidement l’humour et les compositions colorées permettent de s’engager à fond dans l’écoute. On tombe aussi volontairement dans le kitsch, comme la pièce « Le violoniste », court morceau instrumental qui reprend un « Ave Maria » déraillé sur une rythmique de synthétiseur Casio préprogrammé. La guitare (les guitares) de Valentin Portron attire l’attention tout au long de disque ; il arrive à construire des mélodies accrocheuses tout en maintenant un jeu inventif. L’album semble construit de façon à ce que le côté A paraisse plus acoustique et conventionnelle, soutenu par la guitare et le piano, alors que la face B est beaucoup plus éclatée (et un peu plus intéressante). On dénote un côté « progressif », référentiel à cette ère qu’est la fin des années 70 et à ces chanteurs qui ont osé explorer les différents genres en s’associant à des mouvements tels Rock In Opposition. Le côté humoristique des textes et certaines compositions possèdent cette esthétique « pataphysique » d’une certaine frange de la musique française que le livre « L’underground musical en France » d’Éric Deshayes et Dominique Grimaud, traite dans un de ses chapitres.

Quand sur « Le Styliste », le Lonely Kid chante que : « le stylisme est une arme de guerre », on aimerait y voir une référence à cette guerre esthétique que Deleuze esquisse dans son « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle ». On aimerait qu’existe un autre degré de profondeur que l’ironie ne parvient jamais à insuffler à l’art. Heureusement, la pochette sérigraphiée, superbement illustrée par Julie Caty de Sauvage-Sauvage, nous invite à penser qu’entre François Truffaut et Aerosmith, se déploie un univers artistique monstrueux qui dépasse les cadres communément admis du bon goût généralisé. « Artiste à vendre » est disponible en téléchargement gratuit sur Bandcamp, ou physiquement en vinyle à l’Oblique, au coin de Rivard et Marianne.

-  Desc. : Chanson française progressive
-  R.S.V.A. : Albert Marcoeur, Pascal Comelade, Klimperei

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