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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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A Turn in the Dream-Songs

LEWIS, JEFFREY

Rough Trade

vendredi 11 novembre 2011, par Vanessa Hauguel

(3.5/5) Sixième album du chanteur culte Jeffrey Lewis, A Turn in the Dream Songs nous amène avec lui dans son espace lointain et familier, un peu anarcho-geek-intello, entre des toilettes de restaurants et tous ces endroits plus vrais que nature.

Son folk, anti-folk, déconstruit les acquis du genre pour lui donner une authenticité à travers un album qui ne passe pas inaperçu… The Go and Return, démontre d’ailleurs de quel bois Lewis peut jouer et prouve que l’on peut difficilement s’ennuyer avec lui. Un artiste aussi convaincant que polyvalent, et dont la plume (fort habile) devient un instrument prédominant dans ces chansons. À travers ses mots, drôles et tragiques, et ses compositions riches en influences, Lewis devient un remarquable troubadour qui impressionne, surtout par son aisance. Il semble d’ailleurs partager plus que l’illustration de comics books avec Kevin Smith, et c’est le génie et la franchise de ces mots.

Le chanteur illustrateur, parvient à livrer un son à la fois simple et ingénieux, qui de prime abord, semble sans prétention. Un album qui sonne franc et brillamment abouti, mais surtout qui semble avoir été fait sans effort. Semble, puisqu’ A Turn in the Dream-Songs est bien achevé et réalisé avec beaucoup plus de précisions qu’il ne le laisse prétendre.

On pourrait donc croire que Lewis, s’il ne le laisse pas trop entrevoir, est peut-être bien conscient de son talent et surtout de son côté « artiste culte ». Fausse modestie peut-être ? La question se pose et fait surface au fil de l’album, quoique sur I Got Lost, on oublie la question et on finit par y croire. Peu importe l’intention, Lewis démontre qu’il possède le talent pour rendre le plus simple et anodin des refrains, sincèrement désarmant (ou désarmant de sincérité). Sur Water Leaking, Water Moving il fait retentir cette honnêteté d’autant plus. Un son honnête, plutôt déconcertant à l’ère des synthés apathiques.

Un album qu’on croirait sans souci d’être commercialisé, ou plutôt sans souci d’appartenance. Ce qui n’est pas peu. Lewis demeure donc accessible quoique atypique à bien des égards. C’est à se demander : n’aurait-on pas déjà entendu ça sur un de nos albums enfouis dans le fond d’un placard, ou repêché un truc du genre dans une vente de garage ? Et en même temps, les grands connaisseurs d’aujourd’hui pourraient en parler comme d’une révélation, d’un héritier de Leonard Cohen tiens. Un Cohen de garage peut-être bien ? Pour certains, Lewis pourrait évoquer un son acoustico-artisanal 90, avec le romantique-naïf en moins. Il pourrait en refroidir quelques uns, mais il devrait réchauffer la plupart d’entre vous.

Une fresque anti-folk d’un artiste qui aime surprendre et se faire sentir et qui, ne serait-ce que pour ses talents de parolier, impressionne. Entre l’humour, l’humeur et l’émotion de Lewis, on finit par comprendre qu’il veut trouver une essence bien à lui, authentique mais réfléchie et qu’il y parvient somme toute assez bien. Creusant et explorant avec ses viscères et beaucoup d’esprit des sentiers pas tout a fait battus, sa défriche est bien touchante. En le suivant sur ses sentiers, vous risquez de tomber sur des mots qui pourraient vous briser, sans prévenir.

Pour ceux qui aiment le vrai-de-vrai-concret, la pochette de l’album se déplie et s’ouvre sur l’univers de Lewis en dessins, tous aussi rocambolesques que lui. Et une pochette comme ça, ça décore bien un mur de ton salon.

- Desc. : Anti-folk
- R.S.V.A. : Belle and Sebastian, The Vaselines, Kimya Dawson

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