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Black Pudding

LANEGAN, MARK & GARWOOD, DUKE

Ipecac

mardi 10 septembre 2013, par Frédérick Galbrun

(4/5) Cette rencontre entre l’américain Mark Lanegan et le britannique Duke Garwood génère aux premiers abords un effet de surprise ; un haussement de sourcils lié à l’étonnement face à ces collaborations improbables. Une fois l’impact du premier coup d’œil passé, l’incompréhension demeure quant aux conditions ayant rendu possible cet enregistrement. Car qu’on connaisse les deux musiciens ou seulement l’un d’eux, on reste pris avec un point d’interrogation dans la gorge que seul l’écoute répétée de cet excellent disque peut dissiper.

En fait, ce questionnement est d’autant plus prenant quand on connaît le parcours de Garwood et que rien ne laisse présager une collaboration avec un musicien de la renommée de Lanegan. Ce dernier est une figure incontournable du rock alternatif américain, qui cumule les sorties d’albums depuis plus de vingt ans. Son parcours est broussailleux, n’hésitant pas à s’associer à des artistes qu’il admire et former des groupes divers. De ses plus récents projets, on retient le duo avec Isobel Campbell, du groupe Belle & Sebastian et on ne peut que constater que cette nouvelle collaboration ne passera surement pas à l’histoire et ne connaîtra pas le même succès commercial.

Car Duke Garwood est beaucoup plus obscur ; multi-instrumentiste méconnu de ce côté de l’océan, il bénéficie quand même d’une reconnaissance dans certains réseaux et les disques qu’il a fait paraître sous son nom sont excellents. Considéré par plusieurs comme un « bluesman », sa plume est trempé dans la même encre que Lanegan et n’a rien à envier à ce dernier. De sa discographie, il faut revisiter l’excellent « The Sand That Falls », paru sur le label Fire, où il mélange le folk psychédélique et le jazz expérimental. Ce faisant, même si on le qualifie de « bluesman », cette étiquette lui sied mal et limite le spectre de son talent. Garwood est clarinettiste, a joué de la guitare avec the Orb, tourne avec le groupe de Kurt Vile et son premier album solo lui a valu des comparaisons avec Will Oldham… .

Sur « Black Pudding » Lanegan et Garwood n’offrent pas de surprises au niveau du discours. Les thématiques restent celles qui sont chères à Lanegan. La mort est naturellement omniprésente, mais on retrouve aussi l’idée du rituel et du sacré, de l’ésotérique, de l’amour perdu. Se sont d’ailleurs ces thématiques qui conviennent le mieux à la voix de Lanegan. Une voix qui vieillit à merveille lorsqu’on la compare à « The Winding Sheet », par exemple. Cette noirceur généralisée est brillamment soutenue par Garwood et l’introduction qu’est la chanson « Black Pudding », donne le ton au jeu de guitare acoustique qui va hanter l’ensemble de l’album. On a peut-être affaire au disque le plus psychédélique de Lanegan ; Garwood n’hésitant à mélanger des éléments de folk pastoral britannique et d’americana. De plus, l’amateur de musique expérimentale apprécie beaucoup plus l’enrobage sonore vaporeux, le folk mésadapté aux multiples dissonances plutôt qu’un blues/rock conventionnel gonflé à la guitare électrique. Le jeu de Garwood garde une spontanéité et paraît parfois approximatif, mais cela lui donne le charme des musiques improvisées, avec ses progressions de cordes hésitantes et des notes parfois dissonantes, comme ce piano envoûtant sur « Thank You ».

« Black Pudding » est un album qui regorge de chansons poignantes et les moments forts sont nombreux. Entres autres le morceau « War Memorial » quand Garwood juxtapose guitare acoustique et clarinette, permet de sauter à pied joint dans l’album. Plus loin, sur « Sphinx » les effets dans la voix de Lanegan font ressurgir les spectres d’un Pink Floyd de l’époque « The Piper at the Gates of Dawn », le mélodica fournissant un lit mystérieux dans lequel se couche la guitare slide. « Death Rides A White Horse » et « Shades Of The Sun » exploitent les ambiances plus lourdes de façon magistrale et nous confrontent aux ombres émanant de l’écriture de Lanegan. En fait, la seule hésitation dans l’écoute, seul moment où le jugement de goût accroche, réside dans les arrangements de la chanson « Cold Molly », un genre de morceau à la rythmique funk, dégénérée par la lenteur du tempo, avec un passage de clarinette « free »… Un genre de morceau rébarbatif qui demande de nombreuses écoutes pour s’y habituer. Mais c’est le seul accroc dans un disque presque parfait qui se marie parfaitement avec l’obscurité qui nourrit la solitude.

- Desc. : Folk noir psychédélique
- R.S.V.A. : Bert Jansch, Bonnie Prince Billy, Syd Barrett

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