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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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Heat

KUREK, PIOTR

Black Sweat

vendredi 29 mars 2013, par Frédérick Galbrun

(4/5) Comme si l’obscurité ne lui faisait pas déjà défaut, le polonais Piotr Kurek laisse entrer la lumière parcimonieusement avec la réédition de cette perle musicale via Black Sweat Records. Ce tirage limité de 200 s’ajoute à une version cassette de « Heat », parue en 2011 aussi en infime quantité sur le label Digitalis. Ce nouveau souffle en vinyle est une poussée hors de la noirceur visant à augmenter la portée de cette œuvre chaude et haute en couleur. Kurek est un tailleur de sons et au travers de multiples échantillons de disques d’archives, il parvient à rassembler des morceaux épars en un seul lieu d’apparition, faisant converger différentes lignes de forces vers un point de fuite se situant en dehors d’un cadre conventionnel. Cette approche donne aux chansons de « Heat » un aspect bigarré, une sorte de patchwork, où se superposent synthétiseurs, drones, échantillons acoustiques et petits sons bizarroïdes. Kurek se permet même à certain moments des incursions dans le free-jazz avec des cuivres hystériques (finale de la pièce « Heat ») et des introductions de clarinette feutrée. Ce travail d’artisan est complété par les différents synthétiseurs analogiques joués par Kurek ; un jeu parfois naïf, ludique, qui emprunte aux éléments esthétiques de la section française du mouvement Rock In Opposition, plus précisément à Hector Zazou et son duo ZNR, avec Joseph Racaille. Ce mélange d’instruments analogiques et de diverses sources sonores est amalgamé en une masse opaque, où lorsqu’on y pénètre, on ressent une forme d’humidité oppressante, une lourdeur amazonienne, que les percussions aux sonorités tropicales ne peuvent dissiper.

Par ailleurs, il semble que le coup d’œil rapide lancé vers l’iconographie de la pochette a servi d’amorce pour un processus de sémantisation qui, a l’écoute du disque, a permis de récupérer en mémoire des images de bande dessinées, plus particulièrement celles du film « Les Maitres du temps ». On peut dès lors questionner quels sont les référents communs que possèdent ces deux œuvres. Elles semblent toute deux emprunter à une fiction fantasque, se situant au-delà du simple futurisme, car elles intègrent dans leurs récits des signifiants propres à la légitimation d’un discours, soit une forme d’historicité et de cheminement initiatique. Nous sommes loin d’une hyper-modernité où la création n’a qu’une légitimité instantanée et éphémère. Ce nouage entre deux œuvres est le reflet des préoccupations d’une génération de créateurs qui ont baigné dans deux ères distinctes. Ainsi, quelqu’un qui se questionne sur son origine et sur les mécanismes de sa pensée, même à travers la musique, est inévitablement confronté à l’esthétique qui a formé son imaginaire infantile. C’est cet aspect « fantasque » qui ressort de la musique de Piotr Kurek, comme un discours se déployant sur les deux faces d’une bande, parcourue d’un seul trait. On dénote une plasticité, ou mollesse, dans la trame narrative de « Heat », s’apparentant à celle du film « Les Maîtres du Temps », qui lui permet ainsi de se retourner sur elle-même et de questionner les notions d’espace et de temps. En intégrant divers éléments empruntés à différents genres de musique, Kurek se retrouve dans un lieu atypique et parvient à recréer un sentier sur la planète Perdide à force de suivre sa propre trace.

- Desc : Musique concrète rétro-futuriste
- RSVA : ZNR, Hector Zazou, Sun Araw

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