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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

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Saint Bartlett

JURADO, DAMIEN

Secretly Canadian

vendredi 10 septembre 2010, par Nicolas Pelletier

(5/5) Jurado est de l’école des Evan Dando et Bonnie ‘Prince’ Billy (Will Oldham…) mais également de celles d’Iron & Wine et Bon Iver : ses chansons ont des mélodies fortes qui ont visiblement été composées guitare-voix à la base (Cloudy Shoes) mais dont on a travaillé les arrangements par la suite, pour rendre le tout beaucoup plus original. Il a aussi un sens de la mélodie pop qui lui vient très naturellement.

Dès le début de l’album, le magnifique spleen mélodique de Cloudy Shoes charme comme les meilleures chansons de Married Monk. Jurado chante avec un certain flegme, mais sa voix transcende tout de même beaucoup d’émotions (la sublime Rachel & Cali). À l’instar du leader des Lemonheads, et de JJ Cale (pour les plus vieux), il marmonne certains mots comme le faisaient les folkeux et bluesmen des années 60. On ne s’en fait pas. On comprend quand même. On sent bien sa fatigue (Arkansas, sur ton de valse rock très 50s), son désarroi ou sa tristesse, selon le sujet de l’une ou l’autre des douze chansons qui peuplent son disque. Profondément américain, Jurado sonne parfois comme les vétérans que sont John Fogerty (Throwing Your Voice) et Neil Young (particulièrement sur Wailingford – qui aurait pu paraître sur « Everybody Knows This is Nowhere » tellement elle est calquée sur le style rock disto flegmatique du Torontois !).

Originaire de Seattle, Jurado en est à son 10e album et son 3e label, ayant débuté sur Sub Pop puis viré chez Burnt Toast le temps d’un album. Il est reconnu pour utiliser souvent des enregistrements divers pour créer des fonds ou des intros à ses chansons. Un de ces albums, Postcards and Audio Letters, est un montage de sons pris un peu partout : sur des répondeurs, sur de vieilles cassettes achetées dans des brics-à-brac… Mais sur son plus récent album, il s’en tient à une formule assez classique qui lui permet de se livrer avec intensité.

« Saint Bartlett » est donc un excellent album – tout en chanson - qui se consomme avec une certaine mollesse, qui va bien aller avec un lendemain de veille ou un état mental peu énergique. Jurado y a insufflé beaucoup d’éléments différents qui font considérablement varier le produit fini d’une chanson à l’autre (le bruitage en arrière-plan sur Kansas City et la courte Pear). Mais ces artifices ne voilent jamais la vedette de l’air ni de l’émotion que l’auteur a voulu transmettre.

L’album ne dure que 36 minutes mais elles sont jouées si lentement qu’on a l’impression de passer une heure en sa compagnie. On a beau chercher, pas de défaut sur cette galette. Un chef d’œuvre d’émotion retenue et de variété d’angles sur le même ton.

- Desc. : folk original
- R.S.V.A. : Bon Iver, Herman Düne, Bonnie ‘Prince’ Billy

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