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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Metafather

IMBOGODOM

Thrill Jockey

mercredi 19 février 2014, par Frédérick Galbrun

(3.5/5) Derrière cet étrange patronyme d’Imbogodom, se cache le musicien britannique Alexander Tucker et son acolyte Daniel Beban. Tucker exploite depuis ses débuts une niche où s’entremêlent les filaments esthétiques du folk pastoral anglais, du rock progressif et de la musique expérimentale. Ses plus récents disques ont affirmé sa renommée en tant que porte étendard du renouveau musical anglais, car ils englobent les différents styles ayant fait sa notoriété. Le fait le plus intéressant demeure qu’il incarne avec ses textes et sa musique une certaine forme d’ésotérisme païen préchrétien, comme exemplifié dans le film culte The Wicker Man du réalisateur Robin Hardy. Ce faisant, les deux musiciens d’Imbogodom créent un univers onirique, bourré d’archétypes jungiens, prenant sa force dans un inconscient collectif et un héritage musical typiquement britannique. D’ailleurs, le côté pastoral et la façon de chanter d’Alexandre Tucker, un peu médiévale, rappelle parfois l’Incredible String Band ou Jon Anderson de Yes.

Ainsi, ce troisième album d’Imbogodom poursuit dans la lignée de « And They Turned Not When They Went », paru en 2011, qui se voulait plus un collage d’échantillons d’enregistrements, à l’instar de ce renouveau du « library music » (qui se souvient de cette appellation d’ hauntology ?). Pour sa part, « Metafather » apparaît à l’écoute comme plus cohérent, dominé par le piano et la guitare. Ceux-ci sont toutefois traversés par des électroniques abstraits et enrobés d’effets sonores qui donnent naissance à une nouvelle musique progressive, quelque peu baroque, qui cherche à développer une nouvelle esthétique. Le chant de Tucker est lui-même légèrement altéré par des effets, qui donnent une impression d’éloignement, que les textes cryptiques accentuent. Cette voix quelque peu caverneuse rappelle aussi certains chanteurs New-wave, d’allégeance un plus gothique. On retrouve aussi des pistes instrumentales qui demeurent plus abstraites et cryptiques, permettant aux musiciens de libérer leur créativité de toute forme de contrainte que la chanson peut engendrer.

« Mirror Dust » avec sa batterie enjouée et ses deux voix en harmonies demeure un de moments les plus accessible et vient alléger l’écoute à mi-chemin. Mais cette accessibilité reste quand même brève ; le disque est dominé par une sorte de noirceur abstraite sans toutefois sombrer dans le cauchemardesque. Le duo derrière Imbogodom parvient à créer un univers particulièrement intéressant et complexe. Peut-être que « Metafather » est au final leur disque le plus accessible car comme le rêve, il permet la rencontre entre les désirs inconscients et les restes diurnes ; une rencontre entre l’histoire et la modernité.

- Desc : Prog-folk chtonien
- RSVA : BBC Radiophonic Workshop, Roy Harper, Pink Floyd

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