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Monogamies - Comment une chanteuse country a fucké ma vie sexuelle

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Let England Shake

HARVEY, PJ

Island / Universal

lundi 4 avril 2011, par Nicolas Pelletier

(4/5) La magnifique artiste qu’est Polly Jean Harvey se renouvelle, se distinguant à chaque album de sa propre discographie. Le punk "Uh huh her" n’a rien à voir avec le sombre "Bring You My Love" ni l’énergique alternatif accrocheur (et gagnant du prestigieux Mercury Prize en 2001) "Stories from the City, Stories from the Sea” ou l’éthéré et introspectif “White Chalk”. Cette fois, comme jamais auparavant, PJ s’élance dans la critique sociale et politique !

Pour celle qui a toujours été viscérale et intense, cette tournure est assez surprenante. En entrevue dans divers médias, l’auteure-compositrice-interprète avouait prendre plaisir à se mettre dans la peau de différentes personnes pour créer des chansons qui ne sont pas nécessairement autobiographiques. Ses nombreux changements de looks et de styles confirment probablement cette propension à aimer changer de personnage, à changer de vie. "Let England Shake" est donc un album sur le thème de la vie sociale et politique en Angleterre.

Sur "England", elle intègre des chants de prière musulmans. Sur "The Glorious Land", c’est la trompette de la cavalerie américaine qui débarque (assez maladroitement d’ailleurs, comme les Ricains ont l’habitude de le faire) à travers la guitare de PJ, plus soyeuse que jamais. Avec des pointures comme Flood (réalisateur de certains de ses meilleurs albums comme ceux de U2), Mick Harvey (ex Bad Seeds et fan de Gainsbourg qu’il a traduit) et son fidèle complice John Parish à bord de cette nouvelle aventure musicale, on ne peut qu’avoir un excellent résultat entre les mains. (Note... Une collabo avec Daniel Lanois ne donnerait-elle pas des chansons hallucinantes ?).

La question, comme à chaque nouvel opus de PJ, est de se demander si on aime celui-ci plus que les autres... La réponse, comme à chaque nouvel opus de PJ, est qu’il prend plusieurs écoutes attentives avant de bien cerner ces douze nouvelles chansons. Et comme pour chaque album de PJ, le plaisir croit avec l’usage. Je pourrais rédiger une critique différente du même album à chaque dizaine d’écoutes tellement ma perception changera. Voilà déjà une indication qu’on a un (autre) grand album entre les oreilles. Parmi les premières chansons qui frappent, on note “In the Dark Places”, à l’allure assez folk et qui a une belle montée d’intensité. “Hanging in the Wire” est plus douce, supportée par un rythme presque jazz. “The Last Living Rose” est un protest song, plus proche de Billy Bragg que de son matériel habituel. Quelques cuivres s’ajoutent à la déjà vaste palette d’instruments que maîtrise l’Anglaise.

On se rappelle que Harvey a connu le succès d’estime dès ses débuts. Rolling Stone l’élit en tant que meilleure nouvelle artiste et meilleure auteure-compositrice-interprète dès 1992, puis carrément artiste de l’année en 1995. Deux de ses trois premiers albums se classent dans la liste des 500 meilleurs albums de tous les temps (le grunge intense de “Rid of Me” et le gothique blues de “To Bring You My Love”). Pas mal pour cette jeune femme qui n’a alors que la mi-vingtaine. Les hommages se poursuivent dans Q magazine en 2002, alors que les lecteurs l’élisent artiste féminine la plus influente. Finalement, les NME Awards lui attribuent en 2011 le prestigieux Outstanding Contribution To Music. PJ Harvey a 41 ans.

PJ va-t-elle acquérir des légions de nouveaux fans avec cet album ? Probablement pas. Ses fans vont-ils avoir une raison de plus de la porter aux nues ? Définitivement.

- Desc. : Alt rock
- R.S.V.A. : Tanya Donnely, Patti Smith, Nick Cave

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