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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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The First Line

HALL, MARCELLUS

Glacial Pace

jeudi 7 juillet 2011, par Nicolas Pelletier

(4/5) Marcellus Hall est un adepte de folk qui se démarque par ses chansons intelligentes... et claires ! Pas de poésie mystérieuse ni de phrases retournées tant de fois pour ne plus en comprendre le sens. Que nenni ! Hall préfère dire les choses en toutes lettres, et il le fait bien. La toute première pièce, The First Line, parle de la difficulté d’écrire les premières lignes d’une chanson alors qu’on rêve déjà d’être interviewé et d’expliquer son processus créatif.

Sans tomber dans la facilité, on sent le désespoir amoureux dans l’excellente Don’t Go, sans jamais basculer dans le pathétique ni le sur-sentimental. Il écrit avec une sorte de détachement qui lui permet d’avoir une vue d’ensemble de la situation qu’il décrit. On peut facilement lui trouver des points communs avec Ron Sexsmith (le côté direct, clair), John Darnielle (la solidité du ton) et même Leonard Cohen (le punch de certaines phrases) et Dylan (plus évident sur l’intense Wishing My Heart Was Stone). Tout est fait pour qu’on apprécie au maximum ses vers : peu de distractions musicales sur ce premier album solo de l’ancien leader des Railroad Jerk et des White Hassle – deux groupes à l’époque signés sur Matador. On s’en tient à la guitare sèche, une batterie assez légère et une basse discrète. Un rare orgue, une mandoline ou un violoncelle (gracieuseté de Jane Scarpantoni, collaboratrice de grands noms comme Nirvana, REM, Kristin Hersh, Lou Reed, Patti Smith…) se pointent ici et là. Malheureusement, les titres ne sont pas tous exceptionnels, mais ils font tous preuve de qualité. Ainsi, quand l’inspiration divine frappe – et ce n’est parfois qu’un couplet dans une chanson – le tout s’élève à un niveau supérieur, comme dans les derniers vers de Laughing With You. Ce songwriter de Manhattan a aussi un réel talent mélodique qui lui permet d’accrocher l’oreille de l’auditeur dès les premières secondes d’une chanson (It’s My Life). Il y a de ces phrases qui frappent l’imaginaire comme celle-ci, dans Don’t Go : The ground hit the plane or The plane hit the ground / Either way you look at it, We were going down / When my inner self spoke to me, I didn’t listen...

Détail intéressant, Hall est également illustrateur. Ses dessins ont été publiés dans les pages de journaux importants et influents comme The New Yorker, The Wall Street Journal, The Atlantic et Time ! Rien de moins ! Il a également publié plusieurs livres, dont quelques-uns pour enfants, tout en menant de front sa carrière solo. Son premier album solo inclut un imposant livret dans lequel on peut apprécier à la fois son coup de crayon et quelques éclairs de génie au niveau de l’écriture. Vraiment bien fait.

Grâce à la façon dont Hall raconte ses histoires, on visualise très bien le décor, l’ambiance et les personnages en scène. Il a une touche de maître à ce niveau, qu’on sent encore plus au fil des écoutes puisqu’on en attrape de plus en plus. Marcellus Hall a le talent du raconteur. Il met l’auditeur dans une position d’écoute attentive : on cherche sans cesse la prochaine phrase béton, un peu comme le fait également Richard Desjardins, à la différence que ce dernier est souvent plus mystérieux dans ses vers. Quand Hall varie un peu sa musique et dévie du folk, comme dans le rétro rock de When You Can, on va même jusqu’à taper du pied, mais rien ne vole la vedette aux mots bien placés de Marcellus Hall.

- Desc. : Folk rock
- R.S.V.A. : Leonard Cohen, Mountain Goats, Robert Pollard

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