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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Solar Motel

FORSYTH, CHRIS

Paradise of Bachelors

lundi 24 février 2014, par Frédérick Galbrun

(4/5) Le guitariste Chris Forsyth poursuit son chemin avec une suite musicale pour une Amérique mythique. « Solar Motel » retrace le périple américain ; celui de la route qui s’élance au cœur d’un vide solennel entre deux océans. Les routiers sont ceux qui y cherchent un abri procurant air climatisée, télévision avec câble et piscine : un havre de fraîcheur pour échapper au soleil. Dans ce déplacement continuel, peu d’attaches sont possibles et le vide entre les villes en vient à se substituer au vide intérieur. Au plus creux de cette absence, la guitare de Forsyth s’élance claire et croustillante et chaque note prend aux tripes. Il invoque avec lui les esprits du rock américain pour nous offrir un bel exemple de construction et déconstruction, à l’instar de chaque départ, quand la route est toujours à recommencer.

Ce musicien méconnu, membre des groupes expérimentaux tels Peessseye et Phantom Limb, est finalement en train de récolter le crédit qu’il mérite depuis longtemps. Cela fait seulement deux ans qu’on présente aux amateurs le travail en solo de Chris Forsyth, en commençant par la réédition de l’incroyable « Dreams » sur Family Vineyard, suivie de « Paranoid Cat ». Par la suite, « Kenzo Deluxe » est venu enrichir la perception qu’on avait de ce musicien, ainsi que « Astral Blessings », le très beau duo avec Koen Holtkamp de Mountains. Mais « Solar Motel » est probablement le disque le plus percutant à ce jour. En s’entourant de musiciens aux claviers, à la basse et à la batterie, Forsyth propose une palette sonore sublime et permet à ses acolytes de briller eux aussi, surtout Mike Pride aux drums et Shawn Edward Hansen à l’orgue farfisa.

« Solar Motel » se décline en quatre parties qui s’imbriquent l’une dans l’autre pour créer une tapisserie dominée par la guitare de Forsyth. À titre d’exemple, « Solar Motel Part I » débute calmement, dans une construction qui progresse d’un pas assuré et donne le ton à l’ensemble du disque. Une guitare débute, traverse une pédale de boucle et crée une base pour la suite. Les couches se superposent et quand la batterie entre en scène, tout change ; la guitare se tord sous les effets, pour nous offrir une bonne dose de rock qui se termine en une extase sonore de plus en plus déconstruite. Même cette cloche à vache insistante au milieu des « shreds » de guitare est totalement captivante.

Les changements d’ambiance proposés dans les différents mouvements, offrent des moments plus musclés de guitare, quand la distorsion est accentuée, couplée d’une batterie arythmique. Mais toujours, surgissant de nulle part, une mélodie de guitare épique se fait entendre pour ne laisser que peu de répit aux identifications émotives. Les crescendos ne portent pas une montée mélancolique mais plutôt un plaisir et une excitation dans des moments extatiques, s’inspirant d’un free-jazz proche de Sonny Sharrock à la guitare.

Dans l’ensemble, « Solar Motel » se veut à la fois lourd, mélodique et libre dans ses élans de déconstruction, sans toutefois perdre de vue le souci du groove entraînant. Une véritable réussite musicale, jouissive et savoureuse.

-  Desc : Post-rock déconstruit
-  R.S.V.A. : Sonic Youth, Azusa Plane, Tom Carter

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