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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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S/T

ETERNAL ZIO

Black Sweat/Boring Machines

mardi 15 janvier 2013, par Frédérick Galbrun

(4/5) Au départ, on sait peu de choses sur Eternal Zio, fruit d’une rencontre de musiciens à l’intérieur d’une nano-scène musicale. En fait, c’est par la grâce de l’internet qu’il est désormais possible d’avoir accès à ce type de musique. Vous savez surement de laquelle je parle ; celle expérimentale, sombre, puante car elle a trop trainé dans les ruelles mal famées de villes millénaires. Celle qui repousse aux premiers abords, sous différents prétextes ; trop agressante, trop facile, peu de virtuosité. Il y a 20-30 ans, cette musique était confinée à des cercles restreints d’amis et connaissances, s’exportant très peu si ce n’est qu’à l’intérieur de réseaux bien définis. Mais les temps ont changé ; les flux d’informations circulent vite et bien, donnant accès à une quantité incroyable de données. Qu’est-ce la musique si ce n’est qu’un série de données circulant librement sur internet, d’un ordinateur à l’autre ; vecteur parfait d’une culture populaire qui contribue à rendre célèbre des vedettes marquées d’une date de péremption de plus ou moins cinq ans.

Mais étrangement, il y a ces paradoxes, difficilement conciliables, résolus dans une lecture postmoderne de la société. Car cette libre circulation permet aussi de créer des communautés, de rassembler des gens épars et de les mettre en contacts les uns avec les autres. Certaines musiques prennent également cette route et agissent comme des coups portés à des jeux de langages surannés qui ont perdu leur pertinence. Ces nouveau coups semblent s‘inscrire dans une démarche transcendante, d’un récit narratif constituant, où la tradition est remise à jour et où on recherche l’infini dans l’extase et la transe. Comment expliquer que des gens continuent de créer une musique de transe moderne, qui se renouvelle, qui ne cherche pas à impressionner, ni à séduire, qui ne cherche pas non plus à invalider le discours ambiant d’efficience et de productivité ? Cette musique est tout sauf productive, elle incarne plutôt cette idée de souveraineté propre au philosophe Georges Bataille ; celle qui permet à l’être humain de jouir de son temps comme bon il lui semble. Car ce type d’enregistrement représente cet état de fait ; des musiciens qui se rencontrent, qui ne préparent rien, qui spontanément tentent de créer dans un idiome nouveau, dans l’espoir de s’offrir comme perte irrémédiable, comme perte offerte en sacrifice au soleil.

Il devient donc difficile de décrire cette musique ; on peut la qualifier de primitive, extatique, ritualisante. On peut aussi dire qu’il y a des synthétiseurs, du violon, des rythmes sommaires, de la guitare, des drones soutenus et des chants possédés. L’intensité varie tout au long de l’album, certaines pièces sont beaucoup plus calmes que d’autres. Toutes sont sans titre, comme pour préserver un anonymat homogène et nous mettre en présence d’un tout plutôt que face à des particularités. Mais les moments de repos et de calme s’apprécient à leur juste valeur, en particulier quand ce violon lancinant se fait plus mélodique. Eternal Zio est une construction collective de jouissance, faite par plusieurs musiciens issus de la scène expérimentale italienne. Le plus connu (!) est sans doute Maurizio Abate, guitariste qui a contribué à différentes incarnations du projet free-jazz psychédélique Jookloo soit ; Jookloo Stellar Tribe, Neokarma Jookloo Trio et Sextet (à découvrir, entre autre grâce au label italien Qbico). Pour Eternal Zio, Abate est accompagné par des compatriotes dont Rella The Woodcutter, Raubaus et The Mysterious Valla, des musiciens qui ont eux aussi écumé à maintes reprises les bas-fonds de la musique expérimentale. À l’instar de ces nouvelles croyances qui prennent racine dans une communauté, de nombreuses années sont nécessaires afin d’être reconnu à sa juste valeur. C’est dans les catacombes de Rome que se réunissaient les premiers chrétiens, afin de faire résonner leur foi à l’unisson. S’ils sont sortis à la lumière, ils ont dû auparavant passer par le cirque et les lions.

- Desc : Drone ethno-psychédélique
- R.S.V.A. : Drapeau Noir, Chora, Ashtray Navigations

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