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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

La belle saison est à venir

Yellow6

samedi 16 juin 2007, par François Legault

Depuis l’aboutissement du dernier millénaire, Jon Attwood a fait paraître plus d’une cinquantaine de disques sous le pseudonyme Yellow6. Sa musique rêvasseuse et éthérée truffée de subtilités est constituée principalement de lents découpages de gui­tares sombres et enivrants. L’essentiel de son œuvre se retrouve sur ses albums, mais un nombre impressionnant de pièces disparues ou bien cachées viennent d’être regroupées dans un coffret triple intitulé The beautiful season has past. Afin de parapher la sortie de ce bijou, Emoragei a demandé à l’orfèvre de nous accorder un bref entretien.

- Quand, comment et pourquoi as-tu commencé à jouer de la guitare ?

J’ai débuté en grattant une guitare acoustique dans un magasin de prêteurs sur gages. Je m’intéressais à la musique depuis un bout de temps : j’écoutais T-Rex, Sparks et Bowie et regardais Top of the Pops, mais je ne m’étais pas intéressé à jouer d’un quelconque instrument (j’ai quitté le cours de musique à l’école aussitôt que j’ai pu).

Un jour, ma sœur a rapporté à la maison le « single » des Sex Pistols et ce fut une révélation. J’écoutais John Peel et je découvrais plein de nouvelles musiques et cette éthique punk qui affirmait que n’importe qui peut faire partie d’un groupe, alors je me suis dit : pourquoi pas ? Mon ami s’est procuré une guitare et nous avons formé notre groupe. Je n’ai jamais suivi de cours, j’ai appris par moi-même au fil du temps.

- Un de tes premiers disques s’intitule Catherine EP. On retrouve ce même nom, Catherine, imprimé à l’intérieur de la plupart des pochettes de tes disques. Qui est cette Catherine et comment influence-t-elle ton travail ?

Catherine est ma femme. Nous sommes mariés depuis dix ans, Yellow6 existe depuis un peu moins longtemps. Nous avons des goûts musicaux très différents, donc elle n’écoute pas Yellow6 (ni la plupart des trucs qui m’intéressent). Malgré tout, elle me supporte beaucoup et est très tolérante. Je crois qu’elle m’influence en m’aidant à composer, en finançant une partie de mes achats d’équipement et en acceptant que je consacre du temps à la musique.

- Tous tes albums sont uniquement constitués de musique instrumentale à l’exception du tout dernier, Melt inside. Pourquoi avoir décidé d’enregistrer un album avec une chanteuse invitée ? Comment tes fans ont-ils réagi à ce soudain changement ? Est-ce que tu prévois faire paraître à nouveau un disque similaire éventuellement ?

Il n’a jamais vraiment été question d’ajouter des voix à ma musique, c’est arrivé comme ça. Je connaissais Ally depuis près de dix ans et je lui ai demandé si elle était intéressée à ce qu’on travaille à quelques pièces ensemble. Elle a vu ça comme un défi qui différait de tout ce qu’elle avait eu l’occasion d’accomplir auparavant et elle m’a dit oui. Je lui ai refilé quelques pièces instrumentales auxquelles je travaillais et elle y a ajouté ses paroles et sa voix. Nous avions une facilité à composer ensemble et nous avons rassemblé suffisamment de pièces pour en faire un album.

En quelque sorte, c’était tout un risque de faire paraître un disque de chansons après avoir fait carrière avec de la musique instrumentale, mais j’avais confiance en ces morceaux. Il y a quelques personnes qui n’ont pas apprécié, leur commentaire le plus courant étant que les paroles imposaient des mots aux images auxquelles on pense en écoutant la musique. La majorité a cependant apprécié et la critique fut positive ; les commentaires des fans de longue date aussi, pour la plupart, m’ont encensé. Depuis la parution de l’album, beaucoup de choses ont changé nos vies respectives, et bien que je demeure persuadé que nous serions capables de faire beaucoup mieux encore, nous n’avons pas prévu, pour l’instant, travailler ensemble à nouveau. Je serais certainement enjoué à l’idée de travailler avec des voix à nouveau si l’occasion venait à se présenter.

- Une compilation de remix est parue il y a quelques années sur l’étiquette Enraptured. Est-ce que tu aimes entendre d’autres versions de tes propres pièces ? Serais-tu intéressé à faire paraître un album en collaboration avec divers musiciens, musiciennes, chanteurs et chanteuses ?

J’éprouve un certain malaise face au remix parce que je considère que si j’aime une pièce, a-t-elle vraiment besoin d’être remixée ? Mais ce peut être intéressant de voir ce que d’autres musiciens peuvent faire de mon matériel. Un bon remix est une chose rare. Il y avait une pièce en particulier sur Source:remix (l’album sur Enraptured) pour laquelle j’ai dû demander à l’artiste ce dont il s’était servi pour la faire puisque je n’y reconnaissais rien !

Quant à la façon de composer de Yellow6, il m’arrive de remixer mes propres pièces. Quand je commence à enregistrer, j’y mets d’abord toutes mes idées, ensuite je les retravaille et les combine afin de voir lesquelles s’emboîtent le mieux ensemble.
C’est intéressant que tu mentionnes l’idée d’enregistrer un album avec divers invités puisque j’avais déjà considéré le faire avec différentes personnes que j’ai rencontrées via myspace… peut-être dans le futur…

- Comment procèdes-tu quand tu remixes la musique d’autres artistes ? Te sers-tu uniquement du matériel original ou y ajoutes-tu des échantillons personnels ?

Je crois fermement qu’un bon remix doit être composé uniquement à partir du matériel original. J’ai fait une vingtaine de remix au cours des dernières années et j’ai rarement ajouté quoi que ce soit de mon cru mis à part quelques rythmes, et ce, en très petites quantités. Je préfère modifier ce qui est déjà présent plutôt que de me servir de la pièce pour véhiculer mon propre style de musique. Je fais habituellement ce qui semble juste à mon oreille, même si parfois l’artiste n’apprécie pas (les remix qui ne sont pas parus pour cette raison se sont retrouvés sur le CD-R Merry6mas 2005). Un des plus intéressants, malgré qu’il ne fasse pas partie des préférés du groupe, se trouve à être une version d’une pièce de la formation AMP où j’ai transformé la voix en rythme.

- Tu as travaillé à un album d’Epic45 intitulé Slides et, plus récemment, à Cities, un EP de Millimetrik. On peut clairement distinguer ta touche sur ces disques puisque tu ajoutes une autre dimension à leur musique. Pour quels artistes aimerais-tu faire la même chose ? Est-ce que Charles Atlas t’ont déjà demandé une chose semblable sachant à quel point tu les admires ?

Ma contribution au disque d’Epic45 est fort minime. Je n’ai qu’arrangé le son de leur album, donc je n’y suis pas du tout impliqué en tant qu’artiste. J’ai joué de la guitare sur une des pièces du disque de Millimetik, mais cette fois encore, mon implication est mineure.

Malheureusement, Charles Atlas ne m’ont jamais demandé de faire partie d’aucune de leurs pièces, mais je ne crois pas qu’ils aient besoin d’un second guitariste puisque Charles est génial. Par contre, le groupe entier a déjà joué sur des pièces de Yellow6 en spectacle et ce fut ahurissant. Je trouve difficile de dire avec qui j’aimerais jouer puisque je considère la plupart des musiciens que j’admire et respecte comme bien supérieurs à moi. Dans un monde de rêve, je citerais Low, Dead Texan, Labradford, Sophia, Nick Cave, Tom Waits et John Cale. D’un point de vue plus réaliste, Rothko serait une bonne idée. Je me suis habitué à composer en solitaire et je manque parfois l’opportunité de jouer en groupe, donc serais intéressé à quiconque compose une musique qui me plaît.

- Tu as fait paraître tes albums sur des étiquettes telles que Enraptured, Ochre et Rocket Racer pour ensuite joindre les rangs de Make Mine Music. Ce sont tous d’excellents labels qui jouissent d’une bonne réputation. Est-ce vrai que Roisin et Alice in Wonders ont fermé leurs portes sans jamais verser un sou aux artistes qu’ils avaient fait paraître ? La formation Portal, aussi sur Make Mine Music, a fait paraître ses albums sur les deux étiquettes, est-ce la raison pour laquelle Make Mine Music est née ? Qui, exactement, a fondé Make Mine Music et pourquoi ?

Je n’étais pas très près des événements reliés aux étiquettes Roisin et Alice in Wonders et ne peux donc pas me permettre de commenter, mais je sais que plusieurs petites étiquettes de disques n’ont pas bien traité leurs artistes et sont même montrés malhonnêtes et sans scrupules. Heureusement pour moi, j’ai toujours eu affaire à de bonnes étiquettes.

L’idée de Make Mine Music est venue de Scott Sinfield (Portal) et j’ai cru qu’une approche collective entre groupes qui se connaissent et se respectent déjà était une bonne idée (Epic45, Avrocar, July Skies, Schengen). C’était la façon d’avoir le contrôle sur ce que l’artiste fait paraître, plus d’implication dans le procédé et aussi une façon de s’entraider au niveau des contacts avec la presse, la manufacture, la distribution, etc. Par exemple, en tant que label, nous avons un contrat de distribution qu’il est beaucoup plus difficile à obtenir en tant qu’individu.

- La plupart des parutions sont limitées et certaines d’entre elles se vendent en très peu de temps. Il est assez difficile de se les procurer étant donné qu’elles paraissent sur différentes étiquettes et dans différents pays. Une de ces rares parutions se nomme Mining Talbot Soundcone. Il s’agit de deux CD-R emballés dans une pochette de DVD. Est-ce que tu comptes faire paraître un DVD d’une performance enregistrée en direct un de ces jours ?... et pourquoi imprimes-tu si peu de copies de tes parutions quand tu pourrais, de toute évidence, en vendre plus ?

Une des raisons pour laquelle il y a autant de parutions est que j’essaie d’être très productif et que j’aime que ma musique soit disponible là où les gens y sont intéressés. Certaines sont très limitées parce que, selon moi, il n’y a pas un marché suffisant pour en produire et en vendre plus (il me reste encore une des 98 copies de Mining Talbot Soundcone à la maison). C’est aussi que les gens montrent moins d’intérêt envers les parutions CD-R qu’envers les albums officiels.

J’aimerais travailler à un film et à une trame sonore ou faire paraître un DVD de ma musique avec des effets visuels, mais je crois qu’un film de moi qui joue en direct ne serait pas très intéressant puisque je ne suis pas le plus dynamique des musiciens.

- Lorsque tu te produis en spectacle, est-ce que tu joues seul ou partages-tu la scène avec d’autres artistes ? Est-ce que les voyages t’intéressent ou préfères-tu jouer près de chez toi ? Sur le disque Bootleg 1, enregistré à Leeds, on entend les gens parler en même temps que tu joues tandis qu’à l’écoute de Live @ Ochre 7 et de Live at the Talbot on jurerait qu’il s’agit d’albums studios si ce n’était des applaudissements de la foule à la toute fin. Est-ce que l’attitude des gens est réellement si différente d’un endroit à l’autre ?

À chaque occasion que j’ai eue de me donner en concert, d’autres artistes ont pris part au spectacle, dans la plupart des cas des artistes dont la musique ressemble de près ou de loin à la mienne. C’est parfois difficile pour moi de faire partie d’un concert étant donné que j’ai un emploi le jour, ce qui m’oblige à jouer dans les villes avoisinantes (je n’ai toutefois jamais joué à moins de 50 miles de chez moi). Ceci étant dit, j’aime beaucoup voyager et j’ai beaucoup apprécié la côte ouest des États-Unis que j’ai visitée en 2003 lorsque j’y ai joué en compagnie de Jessica Bailiff et Charles Atlas. J’aimerais sans doute voyager encore si l’occasion se présente.

Une partie de la différence entre les disques que tu as mentionnés est due à la façon dont ils ont été enregistrés (le micro était situé au fond de la salle pour Bootleg #1 à Leeds, j’ai donc enregistré l’auditoire). Le public crée tout de même une énorme différence. Le concert à Leeds a eu lieu dans un pub plein d’étudiants qui n’étaient pas intéressés aux groupes, les autres concerts furent donnés à des endroits plus convenables (un théâtre pour Ochre 7). Les auditoires se distinguent beaucoup d’un endroit à l’autre.

- Tu travailles actuellement à un projet en collaboration avec Pascal Asselin (Millimetrik, Below the Sea) intitulé Northern Lakes. Est-ce que le fruit de cette collaboration verra le jour cette année ? Quels autres plans as-tu pour l’avenir ? Y a-t-il un nouvel album à paraître ? Prévois-tu une tournée et, peut-être un jour, passer nous voir à Montréal ?

Je dois admettre que mes progrès quant à Northern Lakes se font très lentement, mais j’ai beaucoup d’idées et si ce disque ne paraît pas cette année, il sera sans doute prêt en début d’année prochaine. Il y aura un nouvel album de Yellow6 sur l’étiquette Resonant plus tard cette année ainsi que le traditionnel Merry6mas en décembre sur Make Mine Music, et j’espère me donner en concert lorsque l’album paraîtra. J’hésite à prévoir une longue tournée étant donné que les périodes où je m’absente de mon travail de jour sont très limitées, mais quelques courts voyages pourraient s’avérer intéressants. Je souhaite donner quelques concerts en Europe (peut-être avec Port-Royal) et jouer à New York et Boston, je me rendrai aussi au Canada si j’en ai la chance.

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