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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Embrasser la ruche

WOLF PARADE

samedi 14 juin 2008, par Maryse Boyce

Il aura fallu attendre presque trois ans pour tenir entre nos mains At Mount Zoomer , le deuxième album de la formation montréalaise. Pourtant, depuis leurs débuts en 2003, Spencer Krug (voix et claviers), Dan Boeckner (voix et guitare), Hadji Bakara (sons et autres) et Arlen Thompson (batterie) sont loin d’avoir chômé. Deux EPs, un premier CD qui donnait envie de danser sur les murs, des tournées, des projets parallèles à la tonne ; il est presque étonnant que tous les membres aient pu se retrouver au même endroit assez longtemps pour enregistrer un nouvel opus. Emoragei s’est entretenu avec les loups eux-mêmes pour mieux décortiquer la nouvelle galette et en a profité pour discuter de coïcidences, de Jonathans, de collage... et de Fleetwood Mac.


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Pas facile de concocter une suite à un album qui s’appelle Apologies to The Queen Mary. Quand vient le temps de comparer At Mount Zoomer avec son prédécesseur, Spencer Krug explique : « On n’a pas vraiment réfléchi à la manière dont le deuxième album allait se rattacher au premier. On ne cherchait pas à créer une coupure ou à compléter quoi que ce soit. Le premier disque remonte à tellement longtemps, on voulait juste arriver à en faire un autre. Et c’est ce qu’on a à offrir. »

Préoccupés par l’idée de faire un disque, la meute n’a pas suivi de plan précis mais s’est ramenée à ce qu’ils aimaient : jouer de la musique ensemble. « On s’est mis à improviser dans notre studio qui se trouve ici à Montréal, en grande partie parce qu’on n’avait aucune idée de vers où on se dirigeait. » lance Arlen. Spencer ajoute : « On s’est dit qu’on allait travailler sur du nouveau matériel pour l’album plutôt que de sur du matériel pour jouer en show. On a toujours aimé faire des longs jams, mais on n’avait jamais utilisé cette façon de travailler pour composer des pièces. On a donc installé plusieurs micros et on s’est mis à enregistrer tout ce qu’on faisait. Pour capturer le moment en quelque sorte. Ça nous a permis de retrouver un esprit créatif, une bonne impulsion de travail. » « Avant ça, on était dans une impasse : il y avait quelques chansons qu’on faisait live qui n’étaient pas enregistrées, sauf que non seulement on ne se souvenait pas nécessairement comment les jouer, on n’avait pas de réelle envie de continuer à le faire non plus. » nous explique Arlen. « On voulait éviter de répéter ce qu’on avait fait avec Apologies : coucher sur disque des chansons qu’en tant que groupe, on n’est plus excités de jouer parce qu’elles ont été écrites il y a longtemps. On aurait pu procéder de la même façon, composer chacun de notre côté des chansons petit à petit, mais on a déjà beaucoup fonctionné comme ça par le passé et on voulait essayer autre chose. Que toutes les pièces soient écrites en même temps, et c’est un processus qui a été beaucoup plus amusant pour nous. »

À la suite de ces séances d’improvisation, la bande a fait le tri parmi tous les enregistrements et conservé les parties qui lui plaisait le plus, pour éventuellement assembler des chansons. Cette étape de composition par collage s’est principalement déroulée loin de la ville, à Farnham, dans la désormais célèbre église d’Arcade Fire. Les chansons ont alors pris forme.

Arlen résume bien l’état d’esprit qui régnait durant cette période : « Il n’y avait pas d’intentions derrière la composition des chansons. Certaines idées qui ont surgi en cours de route sont définitivement différentes de ce que nous avions fait auparavant, mais sur le coup, ce n’était pas des choix conscients. On ne s’est jamais dit entre nous : " Ok, faisons une chanson bizarre... " On a suivi ce qui arrivait à ce moment-là, et ce qu’on voulait faire en tant que musiciens »

Une meute, deux voix

Spencer et Dan composent les textes en plus de se partager l’aspect vocal du groupe. Le timbre rocailleux de Boeckner, tout comme les mélodies haut perché de Krug, sont indissociables du son de Wolf Parade. Alors que Apologies to The Queen Mary présentait une coupure nette entre les chansons de Dan et celles de Spencer, la démarcation entre les pièces de l’un et de l’autre est moins définie pour ce nouveau disque, même si les deux voix alternent d’une chanson à l’autre pour se retrouver sur la monumentale Kissing the Beehive. À ce sujet, Spencer nous confie : « On essaie de s’éloigner de ça, les chansons de Dan / mes chansons. Nous ne sommes pas deux dictateurs séparés, et jamais il n’a été question d’être l’un contre l’autre. Si l’un de nous amène une idée pour une pièce, par défaut, il va finir par la chanter, et c’est la même chose pour moi. Dan et moi composons chacun nos propres paroles, mais pour la musique, c’est un travail du groupe en entier, c’est toujours une collaboration. Étrangement, Wolf Parade a une dynamique qui comprend deux voix. Et je pense que si juste moi, ou juste Dan chantait sur cet album, cela donnerait une impression étrange à plusieurs personnes. »

At Mount Zoomer

Arlen a produit l’album, un choix logique puisque le studio lui appartient et qu’il avait déjà de l’expérience avec le son de son groupe : « J’avais déjà enregistré quelques chansons sur Apologies, puis tout l’album des Handsome Furs (un projet musical que Dan mène avec sa femme Alexei Perry). Pour At Mount Zoomer, je n’ai pas tout produit l’album dans son ensemble parce que chacun a contribué à sa partie des choses, et que je n’étais pas là tout le temps à surveiller tout le monde. Tous étaient libres de faire ce qu’ils voulaient. »

Par rapport à la contribution d’Isaac Brock, leader de la formation Modest Mouse, qui avait produit le premier album : « Cette fois-ci, on voulait faire les choses par nous-mêmes. Que je produise l’album nous apparaissait comme la façon la plus simple de procéder, parce que j’enregistre depuis un bon moment déjà. Concernant Isaac, jamais nous n’avons envisagé que ce serait une expérience qui se reproduirait, et je crois que c’est la même chose de son côté. »

Le studio d’Arlen porte le nom de Mount Zoomer, qui a fini par devenir également le nom du disque. Avant d’en arriver là, il a fallu passer par Kissing The Beehive, nom de la plus longue pièce qui frise les dix minutes... et également d’un livre écrit il y a dix ans par un certain Jonathan Carroll.

Le groupe a donc décidé de changer le nom de l’album pour éviter les complications légales. « On ne savait pas qu’un tel livre existait, ou même que Jonathan Carroll était un être humain », blague Spencer. « Il y a vraiment de nombreuses coïncidences entre ce livre et la chanson, et ce sont tous des accidents : il y a un personnage dans le livre qui s’appelle Arlen comme notre batteur, et je chante à propos d’un Jonathan dans la pièce qui n’est pas Jonathan Carroll. Ça rend le tout un peu étrange ! »

Retour vers le futur

Beaucoup de références explicites aux années 1980 sont présentes sur l’album, que ce soit Fine Young Cannibals, écrite par Dan, ou encore California Dreamer que Spencer a composé, un clin d’oeil à la chanson des Mamas and the Papas. Emoragei a d’abord demandé à Dan de nous en parler.

« C’est une habitude que nous avons de nommer nos chansons en fonction de comment on pense qu’elles vont sonner. Le plus souvent, on est pas mal à côté de la plaque, et c’est ce qui est arrivé avec la pièce Fine Young Cannibals ». Pour California Dreamer, la situation était différente : « C’est une chanson à propos de la chanson California Dreaming. Dans l’originale, le personnage fait référence à la fille qu’il laissera derrière, et j’ai voulu parler d’elle. De comment ça peut être poche se faire laisser en plein hiver, dans le froid, par quelqu’un qui s’en va trouver le soleil. Musicalement, par contre, ça n’a rien à voir avec The Mamas and The Papas. »

Et lorsqu’interrogés sur la musique écoutée pendant l’enregistrement, tous se tournent vers Hadji, qui était DJ la plupart des soirs. « Fleetwood Mac ! » lancent-ils tous en même temps, avant que le principal intéressé nuance avec un grand sourire : « Il y avait du Tom Petty aussi, mais c’est vrai qu’on a surtout écouté du Fleetwood Mac... »

Doubles vies

Il est impressionnant de constater les multiples projets musicaux menés de front par Spencer Krug (Sunset Rubdown, Swan Lake), sans compter ceux de Dan Boeckner (Handsome Furs) et de Hadji (Megasoid avec Sixtoo). Spencer s’exprime à ce sujet : « Les projets musicaux parallèles de chacun affectent Wolf Parade, c’est certain. À savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire, il n’y a pas moyen de le dire. On serait différent sans, mais je ne sais pas si ça voudrait dire qu’on aurait un autre son, ou juste qu’on ne serait plus un groupe à l’heure qu’il est. » En ce qui concerne l’écriture, Emoragei a voulu savoir s’il était difficile de départager quel matériel allait pour quel groupe.

« C’est plus naturel que ça pour moi, parce que le plus souvent, j’écris pour le groupe qui est actif à ce moment-là. Quand on faisait ce disque, je n’écrivais pas pour Sunset Rubdown. Et quand Sunset Rubdown fait un disque, je travaille pour eux. Personnellement, je n’écris pas beaucoup pour moi-même, en ce sens que faire une chanson de A à Z tout seul, pour décider à quel groupe elle ira ensuite, ne m’intéresse pas. Je travaille avec plusieurs personnes, et chacun apporte quelque chose au produit final. »

Et maintenant ?

Ce fameux disque sort en magasin le 17 juin, puis la meute amorcera une tournée américaine qui s’arrête au Métropolis le 3 août prochain. Ensuite, le monde ?

Texte par Maryse Boyce
Photos par Cindy Boyce | www.cindyboycephoto.com

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