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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

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Simplement honnête

The Weakerthans

samedi 1er mai 2004, par Alexis Charlebois-Laurin

La sortie de l’album Reconstruction Site de The Weakerthans un peu plus tôt cette année sur Epitaph a soulevé toutes sortes de réactions. Très populaire sur les radios universitaires mais considéré par certains fans comme plus commercial que leurs disques précédents, cet album marque définitivement le passage à une autre étape pour le groupe. Lors de son passage au Spectrum au début de novembre, j’ai eu l’occasion de parler avec John Sutton, le bassiste du groupe. L’entrevue avait plutôt mal commencé avec une question qui lui semblait très peu originale mais, plus les choses avançaient, plus les réponses devenaient intéressantes et plus la position du groupe sur différents sujets se confirmait. Croyez-moi, The Weakerthans sont probablement plus forts que jamais.

À quel moment vous êtes vous dit qu’il était temps pour vous de passer à une plus grosse étiquette ? Qu’est-ce qu’Epitaph peut vous amener que G-7 n’était plus capable de vous donner ?

Nous étions souvent en tournée et nous allions à plusieurs endroits et nous avons pensé que, peut-être, nous pourrions avoir quelqu’un qui pourrait mieux amener nos albums dans les magasins, nous donner une meilleure distribution. Nous voulions juste être plus présents, avoir de la meilleure publicité. Et le fait qu’Epitaph ait 40 personnes qui travaillent pour eux et que G-7 en ait 3… Ça semblait plus comme un accord mutuel entre nous et G-7 : ils nous ont dit que si on voulait trouver quelque chose de plus gros et bien, bonne chance. Nous nous sentons bien chez Epitaph jusqu’à maintenant, on s’amuse bien avec eux et je suis vraiment content d’être sur cette étiquette.

The Weakerthans existe depuis presque sept ans maintenant. Est-ce que vous avez déjà cru que les choses iraient aussi loin quand vous avez commencé ce groupe ?

Je ne sais pas si j’ai déjà pensé à ce genre de choses. Je n’ai jamais vraiment pensé en ce sens parce que je n’en vois vraiment pas le but. J’ai juste continué à le faire, continué à écrire, continué à avoir du fun. Si tu aimes ce que tu fais, tu sais… fais ce que tu aimes. Je n’avais aucune idée de ce à quoi m’attendre quand nous avons commencé ce groupe. À plusieurs de nos premiers shows il y avait des jeunes qui venaient avec leurs chandails de Propagandhi et qui nous disaient que notre musique était trop légère mais, avec les années, cela a diminué et les gens ont compris que nous n’étions pas ce genre de groupe. On fait juste continuer notre ascension qui s’est fait de façon graduelle et lente. Je n’ai jamais pensé à ce qui allait arriver après, jamais fait au début et je ne le fais pas aujourd’hui. Tant que nous aimons ça. C’est bien que plus de gens achètent nos disques et viennent à nos spectacles. Peut-être que ça n’arrivera pas avec le prochain album, je ne sais pas. Je ne veux pas penser que dans deux ans je vais ouvrir pour Tragicallly Hip dans un aréna. Je ne veux pas avoir de but stupide comme ça.

Vous avez été sur quelques compilations bénéfices pour AK Press et autres alors, j’imagine que les idées politiques sont assez importantes pour The Weakerthans. À quel point la mentalité anarchiste est importante pour le groupe ?

Nous ne sommes pas des die hard anarchistes mais nous sommes tous très certainement à gauche. Nous croyons que c’est la bonne façon de vivre. Nous sommes tous anti-Bush. Nous avons tous cette mentalité. Nous donnons de l’argent à des centres d’art, nous sommes sur des compilations qui supportent AK Press et ce genre de choses. C’est ce qui est naturel pour nous. C’est ce que John écrit dans les chansons, il expose ce qu’il ressent. Il peut écrire à propos d’une manifestation politique.


« Nous aimons les étiquettes indépendantes. C’est de là que nous venons, c’est toujours là que nous avons été. Nous ne sentions aucun besoin d’aller dans un monde où tu n’es qu’un numéro… »


Votre musique peut difficilement être catégorisée et vous utilisez plusieurs instruments différents. Est-ce que certains des membres du groupe ont déjà joué dans des groupes de styles différents ?

Non, nous avons tous été et nous avons tous grandi dans des groupes de punk rock. Surtout dans des groupes de punk rock mélodique. J’ai probablement joué dans le groupe le plus heavy. Ça s’appelait Elliot…mais pas le groupe américain. Il y avait pas mal de criage et de feedbacks. Nous venons tous du monde punk rock mais nous écoutons aussi plusieurs différents types de musique et nous apprécions tellement de styles différents alors, nous sentions que nous pouvions vraiment faire ce que nous voulions et nous le faisons.

Vous avez probablement été approchés par quelques majors pour sortir votre dernier album. Pourquoi avez-vous décidé de rester avec une étiquette indépendante ?

Je ne sais pas si nous avons déjà vraiment été approchés par un major label. Nous aimons les étiquettes indépendantes. C’est de là que nous venons, c’est toujours là que nous avons été. Nous ne sentions aucun besoin d’aller dans un monde où tu n’es qu’un numéro, où… tu dois vendre tant d’albums en tant de mois et nous allons vous donner plus d’argent, si tu ne vends pas on te met sur la touche et si il y a un autre groupe qui sonne comme toi qui sort… je déteste vraiment le système des majors labels alors, nous nous sentions tous très confortables sur une étiquette indépendante donc…C’est ce que nous voulons faire et c’est ce que nous faisons.

J’ai entendu dire que vous avez déjà joué avec His Hero Is Gone lors de votre premier show à Montréal au Underworld. Est-ce que vous jouez encore des petits shows comme ça avec des groupes de styles musicaux très différents du vôtre ?

Oui, c’est vrai… pas autant qu’avant, on essaie de choisir les groupes avec lesquels nous allons en tournée. Pendant toute cette tournée nous avons joué avec des groupes différents avec qui nous sommes amis et que nous aimons et à qui nous demandons simplement s’ils veulent venir en tournée avec nous. C’est plus ce que nous faisons. Nous essayons toujours d’amener avec nous des groupes que nous aimons, c’est la façon dont les choses se passent depuis quelques années.

Vous avez maintenant deux membres qui vivent à Toronto, dont toi, et John K. Samson vit toujours à Winnipeg. Est-ce une des raisons pourquoi vous avez pris trois ans à sortir un nouvel album et est-ce que cela a changé la dynamique dans le groupe ?

Non, je ne crois pas. Ça a pris pas mal de temps entre le premier et le deuxième album aussi. Surtout parce que notre style d’écriture est lent. John Samson dirait que c’est fait de façon délibérée mais, je dis que c’est simplement lent. John prend pas mal de temps et porte beaucoup d’attention à ses textes, c’est une chose. Nous travaillons très fort sur les chansons et nous faisons beaucoup de tournées alors, ce n’est pas comme si nous nous assoyons et écrivons un nouvel album. Nous avons pris un peu de temps pour nous et pour écrire. Nous n’essayons pas de nous dépêcher.

Est-ce que vous écrivez des chansons en tournée ?

Nous écrivons rarement des chansons en tournée. Des fois, des paroles ont été écrites sur la route ou ont été inspirées par des situations sur la route.

Parlons hockey. Qui gagnera la Coupe Stanley : Montréal ou Toronto ?

Aucun des deux… hahaha ! Désolé. Je pense que ce sera Atlanta cette année.

Sérieusement, ma question était plus à propos de Montréal et Toronto qui sont pas mal les deux plus grosse villes au Canada. En termes de scène musicale, quelle différence vois-tu entre les deux ?

Humm…C’est une question dure à répondre. Probablement qu’à Toronto on retrouve plus de l’industrie du rock ’n roll. Il y a plus de groupes qui veulent travailler avec des professionnels. Il y a plus de gens qui vont aller à Toronto pour devenir connus. On dirait que Montréal a plus de gens qui vont ouvrir des petits studios et les gens vont prendre plus de risques et essayer des choses différentes.

Est-ce que tu aimerais mieux continuer à jouer dans The Weakerthans ou plutôt te trouver un « vrai » job et avoir une vie plus stable ?

Un vrai job… Non. Je ne peux pas imaginer comment c’est d’avoir un vrai job. Je ne veux jamais en avoir un. Je veux jouer du rock ’n roll (sarcastique)… Je n’en ai aucune idée. C’est ce que je fais maintenant, je n’ai pas de job à part le groupe. Nous faisons beaucoup de chose à part le groupe mais se serait trop dur d’avoir un job en plus.

Jusqu’à quel point est-il important pour vous de vous sentir près de votre public ? Par exemple, à vos spectacles vous laissez quelqu’un monter sur scène pour jouer de la guitare et vous parlez beaucoup entre les chansons.

C’est bien, je pense. Après tout, nous sommes pas mal comme les gens dans la foule. Peut-être qu’il y a des gens ici qui ont eux-mêmes des groupes et certains pas. Mais peu importe ce qu’ils font ou non, en général, ils sont comme nous. Nous sommes juste des enfants qui ont grandi avec la musique.

C’est juste que vous êtes sur le stage.

Oui, nous sommes sur le stage mais, tu sais, ça pourrait être quelqu’un d’autre sur le stage… nous sommes des gens normaux. Nous essayons juste de faire en sorte que les gens s’amusent.

Est-ce que vous pensez que la scène indépendante a beaucoup changé depuis que le groupe existe ?

Les choses ont toujours changées dans la musique indépendante. Un des plus gros changement est simplement que plusieurs labels ont plus de ressources maintenant. Peut-être que l’internet a beaucoup aidé. Plusieurs étiquettes indépendantes peuvent vendre leurs albums dans tellement plus de magasins. La présence est très forte. Il y a tellement d’étiquettes, tellement de gens qui partent des étiquettes, tellement de groupes qui se font entendre, tellement de groupes en tournée. C’est une bonne époque pour la musique indépendante. En gros, ça grossit, ça devient mieux organisé, ça va mieux.

Est-ce que tu penses que c’est devenu trop gros ? Que les choses ont dérapées ?

Non ! Je ne pense pas que ça peut vraiment devenir trop gros. Quand ça va arriver, les gens vont prendre des décisions quant à la façon dont ils s’occupent de leurs affaires. On peut espérer qu’ils vont rester avec la même éthique qu’ils avaient quand ils étaient un petit label. Je pense qu’Epitaph, par exemple, est vraiment solide avec ce qu’elle fait, comment elle vend sa musique, comment elle approche les groupes. Je suis vraiment impressionné par la façon qu’elle fait ça. Et je suis sûr qu’elle le faisait de la même façon quand il n’y avait que quatre groupes sous son aile dans le milieu des années 80. C’est une belle période pour la musique indépendante.

L’entrevue aurait très bien pu se terminer ainsi avec cette phrase qui laissait place à une grande réflexion et à un long débat qui pourrait faire l’objet d’une autre entrevue. À vous de juger si John Sutton a raison. Ce soir-là, The Weakerthans ont vraiment offert une excellente prestation et ont certainement permis à la foule d’apprécier encore plus leur album Reconstruction Site. Mais, il y a une demande spéciale que j’ai toujours voulu faire au groupe. J’ai donc profité de l’occasion pour terminer l’entrevue avec cette petite question personnelle.

Est-ce que vous allez jouer la pièce Ringing of Revolution qui se retrouve sur la compilation Return of the Read Menace ce soir ?

Oh ! Tu sais quoi, nous n’avons jamais joué cette pièce en spectacle. Nous avons appris comment la jouer et quand nous avons enregistré Fallow, il nous restait du temps en studio et nous l’avons jouée rapidement. Nous n’avons jamais essayé de la rejouer ensuite. Je ne me rappelle même plus comment la jouer. En fait ce n’est pas notre chanson, nous l’avons juste changée pour la rendre un peu plus rock. Originalement, c’est une chanson folk de Phil Ochs.

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