[]

Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Accueil du site > Entrevues > UNICORNS, THE

Bohème légendaire

UNICORNS, THE

mercredi 7 avril 2004, par Arnaud Cordier

La manipulation génétique n’aura pas toujours su trouver les arguments absolus afin de convaincre l’opinion publique. En péchant par omission, par excès ou tout simplement par manque de marketing, la génétique et ses lois opaques vont peut-être résoudre prochainement ce manque flagrant de sympathie avec un trio tout droit sorti d’une éprouvette perdue au fond d’un labo. Chaînon manquant entre Les Classels, Simon & Garfunkel, Beck et Pavement, The Unicorns c’est la quintessence de la pop bricolée à coup de jouet, de riffs accrochés aux parois de l’encéphale, d’harmonies vocales entêtantes ainsi qu’un humour omniprésent. Difficile d’imaginer plus essentiels en ce début d’année que ces équidés infatigables (3 traversées du pays et de multiples passages vers le Sud au compteur), une bouffée de bonne humeur tant sur scène (pas une soirée identique, pour le pire et le meilleur) que sur disque, trois très jeunes gens qui ont décidé de ne rien décider sauf de faire de la musique. Une espèce aux limites de l’extinction totale se livre à vous.

Des histoires un peu loufoques sont souvent attribuées aux groupes. Il y en a une qui traverse le temps en ce qui vous concerne et qui veut que vous viviez dans une camionnette. C’est une légende urbaine, non ?

Alden - (rires) Non, c’est vrai, ce n’est pas une légende, nous avons vécu un certain temps dans notre motor home et c’était franchement atroce (rires). On ne pouvait même pas parler entre nous tellement le moteur était bruyant, on ne s’entendait tout simplement pas. Nicholas - Tout ce qui peut possiblement tomber en pièces, casser, couler, éclater, rouiller, nous l’avons connu avec ce véhicule. Alden - En fait, l’engin était en putréfaction (rires). Depuis, on vit à gauche et à droite, mais on ne vit plus à temps plein sur la route même si nous nous arrêtons très peu.

À propos d’histoire, quand avez-vous vu le jour, transformés en Unicorns ?

Alden - On a débuté à deux à Victoria. À l’époque, nous ne faisions que chanter et jouer de la guitare, un vrai petit duo, un peu à la Simon & Garfunkel. On a commencé la guitare à 13 ans : ça aide de commencer tôt. Nicholas - On épurait au maximum nos compositions pour se concentrer sur notre jeu et les harmonies vocales. Par la suite, on s’est essayé à d’autres instruments, de la basse à la batterie ou encore, le synthétiseur analogique. Le résultat était bizarre mais, ça marchait quand même. Alden - Lorsque Nicholas a décidé d’aller étudier à Montréal en cinéma, le groupe est resté en suspens. D’autres personnes se greffaient parfois mais ce n’est que depuis 2000 que le groupe vit en tant que tel. Notre nouveau batteur, Jaimie Thompson, est arrivé il y a peu mais cela fonctionne à merveille. Nicholas - Je le connaissais depuis mes études et il s’est intégré rapidement, c’est un copain avant tout, ce qui rend la chose plus facile.

Je suppose que c’est vital, ce lien d’amitié au sein du groupe ?

Nicholas - La notion d’amitié est de toute façon essentielle quand on a une vie de groupe. C’est certain que nous avons nos disputes, tensions, divergences mais quand tu vis sur la route plusieurs mois par année, tu apprends à vivre en communauté avec tout le bon et le mauvais que cela comporte. On apprend également à ne pas s’oublier soi-même.

Lorsque j’écoute Who will cut our hair when we’re gone ? j’ai l’impression que l’expérience du studio n’est pas le moment le plus dur à surmonter ?

Alden - Effectivement, on aime beaucoup le travail de studio. C’est un peu comme une bulle, un espace où tout peut se passer, c’est passionnant. Pour cet album, on a eu de la chance d’avoir un métronome comme Mark Lawson. On doit reconnaître aussi qu’il fut d’une implication incroyable, d’un sérieux vital et d’une patience extrême. Parfois, il sortait prendre une cigarette le temps que l’on termine nos disputes, petites bagarres et chamailleries et ensuite il rentrait pour savoir si on pouvait reprendre le boulot ou non (rires). L’album a pris forme comme dans une sorte d’atelier. Des sifflets à gauche et à droite, un piano en forme de jouet, des petites flûtes... On s’est réellement amusé durant l’enregistrement aussi parce que nous avions la possibilité de faire bouger les compositions au fur et à mesure, un peu comme un work in progress. On prenait des directions souvent inattendues et la chanson évoluait sous nos yeux et oreilles alors que nous répétions des titres que l’on croyait plus ou moins finis.

Vous n’êtes pas seuls sur l’album.

Alden - On a eu pas mal de gens qui sont venus apporter leur touche et énergie durant l’enregistrement, un apport vraiment apprécié qui donne, au sortir de l’expérience, une vision multidimensionnelle. On a adoré les participations.

Lorsqu’on vous écoute, on a du mal à vous associer à la scène montréalaise au cérébral proéminent. Avez-vous l’impression d’arriver comme un chien dans un jeu de quilles ?

Alden - Sincèrement, je crois que l’on apporte quelque chose d’autre, une vision de la pop différente. Mais avant d’arriver à Montréal, et ça ne fait pas si longtemps, je n’écoutais pas vraiment ce qui s’y passait. On a un côté festif et ludique mais, bien sûr, on ne révolutionne rien non plus, ce n’est pas le but.

Ne craignez-vous que l’on ne vous prenne pas au sérieux du tout ?

Alden - Oui, tout à fait. Le risque est que les gens ne voient en nous que de vagues amateurs qui se foutent un peu de tout, des doux dingues sympas mais pas très sérieux. Or, c’est tout le contraire. Nous sommes totalement sérieux dans notre musique, on appréhende la création de façon concrète et exigeante. On aime ce que l’on fait et si la façade est clownesque, les propos et les moyens sont tout aussi valables que d’autres formations.

Lors de vos concerts, on doit s’attendre à rien et à tout. Ce soir, nous avons eu droit à Kylie Minogue et 50 Cents. Un besoin de rafraîchir vos chansons ou un défi personnel, la peur de l’ennui ?

Alden - C’est un peu tout ça en même temps. Je ne sais plus combien de fois nous avons joué nos chansons. Parfois on s’ennuie à jouer la même chose de soir en soir, nous avons des montées d’écœurement sporadiques et puis nos chansons changent sur la route, on les trafique. Dernièrement, j’ai un regain envers nos chansons, je les aime à nouveau, c’est cyclique. Ainsi, on évite de tomber dans une routine malfaisante, on essaie de ne jamais reproduire le même set. Nicholas - Et puis, comment ne pas être en contact avec ce qui se passe dans le business de la pop commerciale. On est entouré, nourri de standards pop qui font les couvertures et les charts un peu partout. On aime les insérer dans une de nos chansons, c’est amusant à faire. Ça serait faux de dire qu’elle ne valent rien. Il y a toujours quelque chose d’accrocheur. La musique pop c’est aussi ce genre de hits et on les utilise à notre façon. On les travesti à la Unicorns. On peut même y ajouter The Who selon l’humeur et plein d’autres choses.

Vous terminez votre tournée en première partie de Hot Hot Heat, est-ce que vous vous risqueriez sur une major ?

Alden - On ne peut pas répondre non dans l’absolu. Je crois surtout que les temps changent, on ne peut plus choisir simplement entre le noir ou le blanc. Il existe des compromis, des zones grises et il est possible de s’aménager des situations intéressantes pour toutes les parties. Je suis un fan dévoué à l’épopée Dischord et Fugazi. Je crois que, pour l’époque, c’était révolutionnaire dans tous les sens du terme. Cependant, le monde de la musique évolue et on peut suivre ces évolutions en gardant une pensée claire et juste. Nous écoutons plein de groupes sur des majors et leur musique n’en est pas moins intéressante. Ce serait imbécile de rejeter tout en bloc sous prétexte qu’il y a de l’argent en jeu, mais on en est pas encore là dans nos choix.

Un souhait particulier pour la suite de vos aventures ?

Alden - On aimerait aller en Europe en 2004 mais on attend de voir dans quelles conditions et comment organiser la tournée. On a hâte de passer le cap. Certainement pour l’automne 2004, si tout va bien. Nicholas - Et puis aussi que nous restions le plus longtemps possible soudés.

Si vous doutez du pouvoir grandissant de ces licornes en habits roses, sachez que Who will cut our hair… se vend comme des petits pains, que la presse spécialisée américaine s’est emparée du phénomène, l’album trônant au sein des incontournables 2003. Leurs prestations ayant impressionné d’autres groupes intéressés à les prendre sous leurs ailes, ils n’ont pas fini de transhumer en 2004. The Unicorns ont encore de beaux jours devant eux, mais on a déjà vu des légendes disparaître pour moins que ça... Un coiffeur dans l’assistance ?

Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0