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L’étoile underground du rock s’amène à Montréal

STRINFELLOW, KEN

samedi 16 février 2013, par Sara Hébert

Ken Stringfellow, figure de proue du groupe The Posies et ex-membre, entre autres, de Lagwagon, R.E.M. et Big Star, sera de passage à Montréal, le 18 février prochain, à la Casa del Popolo. Dans le cadre de sa tournée nord-américaine, le prolifique musicien vient promouvoir son 4e album solo intitulé Danzig in the Moonlight. Afin d’en savoir plus sur son dernier album ainsi que sur ses multiples projets, nous nous sommes entretenus avec le chanteur. D’une générosité sans égal, Stringfellow analyse ici sa carrière et nous livre ses réflexions sur le Punk Rock, la célébrité et la vie de famille.

Sur votre dernier album, Danzig in the Moonlight, et sur vos albums solos en général, vous abordez des thèmes comme l’amour, la mort et la croissance personnelle de façon assez sérieuse. Est-ce que ce sont des thèmes que vous pourriez explorer aussi avec les Posies ?

C’est difficile à dire. En solo je peux développer un sujet au fil de quelques chansons. Je peux me permettre de développer une idée de façon plus approfondie que sur un album des Posies. Je ne suis pas prêt à dire que mon travail avec les Posies est restrictif, je peux parler de ce que je veux, mais en solo je me permets d’aborder des sujets métaphysiques, philosophiques ou spirituels. Ce serait bizarre avec les Posies ; j’imagine mal les gars en train de chanter mes paroles, c’est un peu trop personnel.

Est-ce que les fans des Posies suivent vos projets solos ?

Je pense que l’auditoire est assez différent. Certaines personnes trouvent le son des Posies trop traditionnel ou prévisible, alors que mon style d’écriture personnel et l’aspect acoustique de mes concerts solos peuvent les attirer. C’est difficile pour nos fans de penser qu’on va les surprendre après plus de 25 ans de carrière, alors qu’en solo j’ai une plus grande marge de manœuvre.

Préférez-vous jouer avec les Posies ou en solo ?

Pour être honnête, je préfère mon projet solo, avec ou sans groupe, simplement parce que je peux me dépasser d’avantage et approfondir les choses. Je peux aussi explorer différentes tangentes musicales et les gens semblent apprécier ces tangentes. En ce sens, je pense qu’autant pour moi que pour l’auditoire, le projet solo s’avère plus satisfaisant.

Est-ce que ça veut dire que les Posies tirent à leur fin ?

Oh non, je ne suis pas si drastique. On vient juste de donner un concert au Mexique, à Baja California et on s’est très bien amusés.

Êtes-vous souvent en tournée ?

Oui, souvent. Je fais aussi beaucoup de travail en studio, le truc c’est que je ne tweet pas beaucoup quand j’enregistre ou je produis alors ça ne se sait pas vraiment...Mais je travaille comme un américain, c’est-à-dire beaucoup trop. Par contre, je me repose à la française, de façon toute aussi intense.

Est-ce que la vie de tournée vous semble plus difficile à ce moment-ci de votre carrière ?

Je pense que je suis un meilleur musicien aujourd’hui. Je suis constamment en train d’apprendre et d’améliorer mon jeu, alors en ce sens, je dirais que tourner est plus agréable. À la fin des années 80 et au milieu des années 90, le rock était à son apogée et c’était très facile d’attirer d’énormes foules aux concerts des Posies. Aujourd’hui, mon auditoire est plus pointu, plus spécifique. Pour que mes concerts soient rentables, je dois gérer mon argent de façon intelligente. Mais bon, je crois qu’au fond, j’aime faire les choses de façon DIY. J’aime l’idée de foutre mes instruments et ma valise dans ma voiture et de partir sur la route.

Réussissez-vous à maintenir une vie de famille ?

Oui, ma famille est à Paris. C’est là que j’habite avec ma femme et ma fille de 8 ans. C’est beaucoup plus facile pour moi de tourner en Europe. Je peux revenir à la maison entre les concerts et passer quelques jours avec elles. Récemment j’ai joué en Scandinavie, au Benelux et en Espagne et j’ai pu rentrer à la maison entre chaque concert. En Amérique du Nord, je ne peux pas me permettre de rentrer à la maison entre les shows. Si je gagnais à la loterie, je le ferais, mais pour l’instant c’est impossible. Pour les mêmes raisons, je ne m’arrêterai pas en Floride, ni à Détroit ou à Minneapolis

Alors pourquoi vous arrêter à Montréal ?

Je n’ai jamais joué à Montréal en tant qu’artiste solo. J’ai joué avec les Posies en 2005 dans le cadre de Pop Montréal et au centre Bell avec R.E.M il y a quelques années. Je pense que la scène montréalaise est ouverte au style de musique que je fais et j’ai un ami à Montréal qui voulait me booker, je me suis dit que ce serait une belle occasion de me faire connaître.

Votre album rassemble des chansons qui ont été écrites au cours des huit dernières années et il est très éclectique en termes de styles et d’ambiances. Est-ce que vous pensez, un jour, créer un album solo autour d’un concept précis ?

En fait, mon dernier album est construit autour de plusieurs concepts. Les thèmes de la mortalité, et de la transformation y sont abordés. Certains de mes amis sont morts jeunes et mes parents vieillissent. La mort commence à devenir une réalité pour moi et non un concept. Cet album solo reflète ce que j’ai appris et ce que j’ai exploré au cours des huit dernières années. J’ai enregistré près de 50 ou 60 albums, j’ai donné près de mille concerts dans 50 pays et c’est difficile pour moi de rendre le tout sur un disque. Pour ce qui est de réaliser des albums concepts, j’en ai fait quelques-uns avec The Disciplines, un band formé de musiciens norvégiens. On peut dire que les albums des Disciplines sont assez « formatés » ; une guitare, une voix, peu d’harmonies. Les chansons sont très courtes, punks et crues. Les paroles sont plutôt insolentes. Ce sont des albums assez cools. Le dernier, Virgins of Menace, est sorti il y a quelques années. Nous n’avons pas pu le jouer en Amérique parce que mon guitariste est médecin, mais ces albums-là sont formatés à souhait ! D’ailleurs, je travaille en ce moment sur un album instrumental, électronique qui a été enregistré avec les gars des Disciplines. Je ne veux pas trop en parler parce que lorsqu’il sortira dans un an, je ne veux pas qu’il soit associé à aucun de nos visages ou de nos carrières. On veut que ce soit un projet anonyme.

Vous êtes heureux quand vous êtes occupé si je comprends bien ?

Oui, je suis un « learnaholic ». Je suis heureux quand je suis en train d’essayer du nouveau matériel technique ou quand on me lance des défis musicaux, en studio. J’aime travailler avec des musiciens qui sont meilleurs que moi. C’est comme ça que j’apprends, ça me rend heureux.

Vous avez joué dans des groupes très populaires, mais vous n’êtes pas une « célébrité ». Est-ce que votre niveau de notoriété vous convient ?

Je pense que j’ai atteint un niveau de célébrité parfait. Les gens connaissant mon travail et je suis respecté des meilleurs musiciens. Je peux entrer en contact avec n’importe quel artiste ou presque, si j’en ai besoin. J’ai, entre-autres, travaillé avec Radiohead et Neil Young et c’est extraordinaire. Je pense que la célébrité pourrait me rendre la vie plus facile, mais elle a aussi des côtés très sombres. Elle peut s’avérer un obstacle à plusieurs choses, dont l’intimité. C’est bien de signer des autographes et de se faire prendre en photo avec les gens, mais lorsque des voyous essayent d’entrer dans ta maison ou lorsque tu reçois des menaces de mort, c’est très inquiétant. Je pense à Peter d’R.E.M. qui a deux adolescentes et qui reçoit des menaces qui les visent tous les trois et je trouve ça effrayant. D’autre part, mon statut me permet de continuer à faire partie de la scène underground. Quand les gens deviennent très célèbres, ils tendent à s’éloigner de ce monde-là et moi je souhaite y rester. J’aime jouer et travailler comme ingénieur dans des salles intimes. Ça me permet de rencontrer des artistes plus jeunes et de rester à l’affut des nouvelles tendances musicales. Je ne m’imagine pas en train de travailler avec les Adèles de ce monde. Par contre, je serais intéressé à travailler avec les Adèles en devenir de ce monde. À bien y penser, j’ai travaillé avec des personnes connues et ça me plaît. J’ai le meilleur des deux mondes. Je me sens bien où je suis. Le jour où je ne travaillerai plus avec des gens de 20 ou 21 ans, ça voudra dire que j’aurai perdu contact avec la jeune génération de musiciens et que je passerai à côté de ce qui m’intéresse.

Vous avez joué avec Lag Wagon et R.E.M. Qu’avez-vous appris de ces deux expériences ?

Tellement de choses, d’une certaine façon, mes albums solos sont comme des comptes-rendus de tout ce que j’ai appris au cours de ma carrière. J’ai appris beaucoup de choses techniques en travaillant avec R.E.M. dans les plus grands studios. Là-bas, j’ai pu observer la façon de faire des ingénieurs et des producteurs. Avec Lag Wagon, j’ai dû travailler fort parce qu’ils étaient bien meilleurs que moi à la guitare, il a fallu que je me surpasse. Ça a été un grand défi technique pour moi. Mais, j’ai les qualités de Rainman ; rien de ce que je fais ne me semble naturel. J’ai l’impression d’être venu au monde différent. Je suis à l’aise quand je ne suis pas à l’aise quelque part. Quand j’étais jeune, mon père travaillait dans le monde de la télé et ma famille déménageait souvent. J’étais toujours le petit nouveau à l’école. J’ai habité à New York, Chicago, Detroit, Los Angeles et j’étais toujours plus jeune que les autres élèves de ma classe. J’ai appris à lire et à écrire à l’âge de trois ans et mes parents m’ont envoyé à l’école très tôt. Ça a été la même chose pour ma fille, sauf qu’elle a grandit dans un environnement beaucoup plus stable et équilibré socialement. Mes parents ne s’entendaient pas du tout, alors que ma femme et moi avons une belle complicité. Enfin, le fait de déménager autant m’a rendu très flexible et quand tu voyages, comme en tournée, c’est très utile de l’être. Tu t’habitues au fait de rater ton train, ton avion, de manger de la bouffe dégueulasse et de dormir dans des endroits sals. Avec la musique, c’est pareil. Je m’adapte à tout. Tu veux jouer du punk ? Je vais apprendre et on va jouer du punk.

Est-ce que le punk t’intéresse toujours ?

Absolument, j’adore ça. J’écoutais beaucoup de punk quand j’étais jeune, surtout des bands sur l’étiquette SST, comme Black Flag, SWA et Minutemen, ce genre de choses. C’était important pour moi à l’époque. J’ai gravité autour de ce mouvement-là. J’étais un grand fan d’Husker Du. C’est un groupe qui était trash et hardcore au départ et qui s’est transformé en un excellent groupe de compositions. Ça a été une inspiration pour moi. Je pense que, de façon générale, les disques m’ont sauvé la vie. À un certain point, nous sommes déménagés dans une petite ville, en banlieue et c’était très ennuyant. Je me réfugiais dans la musique, dans la littérature et les sciences. Je suis devenu très curieux et avide de savoir et c’est là que ma passion pour le voyage a commencé. Depuis, j’ai visité environ 80 pays.

Impressionnant ! Maintenant on espère te voir à Montréal le 18 février prochain ! Merci !

Merci !

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