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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Un Montréalais pour les fusions

Sixtoo

jeudi 2 septembre 2004, par Arnaud Cordier

Parti en solo depuis belle lurette pour planter bon nombre de productions hip hop des plus intéressantes, Sixtoo (aka Robert Squire) impressionne sur Chewing on Glass & Other Miracle Cures (Ninja Tune). Une sortie qui prend, par surprise, des tendances d’assemblage efficace de genres qui s’accordent merveilleusement bien, par association complémentaire. Sixtoo se bonifie en jouant franc jeu avec un passé pas toujours confortable à transporter dans ses bagages, surtout quand on désire prendre un chemin de traverse et décide de faire venir quelques petits amis pour participer à la fête (de gsybe ! à Damo Suzuki et autres activistes). Plus on est de fous…

Tout le monde semble s’accorder sur « le nouveau Sixtoo », moins reclus et plus lumineux qu’auparavant. Est-ce que tout était si sombre avant Chewing On Glass ?

Non pas du tout, enfin je ne pense pas. Les gens considèrent souvent ma musique comme sombre mais en fait ça vient peut-être de ma méthodologie (minor keys) ce qui donne l’impression d’écouter un côté plus sombre en partant. Une fois que tu tends l’oreille plus attentivement, tu perçois beaucoup plus de mouvements, d’espaces et d’éléments que la façade sonore de la première écoute. Un tout que je considère vital pour réaliser quelque chose de bon. Je ne crois pas faire de la musique sombre et ce nouvel album en est une preuve de plus. Il est plus léger que mes autres productions mais cette pseudo légèreté découle, paradoxalement, d’une multitude d’influences allant de la musique pop française, musique actuelle, concrète, jazz, rock et l’ensemble dans un contexte hip hop. Une ouverture qui m’a donné des ailes pour expérimenter à ma guise.

Une fois l’album complété, est-ce que tu prends le pouls auprès d’autres producteurs et amis, histoire de tester les nouvelles compositions ?

Non pas vraiment. Je travaillais sur le nouvel album de Sage Francis dans le même temps, j’ai également beaucoup discuté avec Buck (65) à propos d’un projet mais je ne me suis jamais étendu sur ma musique avec eux. Je ne veux pas de feedback de mes amis car je veux préserver mon indépendance à tous les niveaux et tâcher de garder un cap hors de tout rapprochement possible avec ce qui se fait ailleurs, en toute honnêteté. J’admire ce que produisent Sage et Buck, mais je tiens à être différent d’eux, posséder un son totalement personnel.

Toujours satisfait de ce nouvel album ?

Plus que jamais et j’ai voulu aussi continuer à produire beaucoup depuis la fin de la période Chewing, de profiter de l’élan pour poursuivre le travail. J’ai déjà presque un EP de terminé ainsi que d’autres pièces que nous testons en tournée actuellement. Tant que mes idées semblent tenir la distance, je me sens obligé de prendre tout ce qui me vient à l’esprit afin d’approfondir l’inspiration du moment. Je viens d’ailleurs de me procurer un batterie pour la suite et introduire de plus en plus de vrais instruments. Il y encore deux ans, je ne faisais que produire des sons artificiellement et j’ai finalement acheté un piano électrique avec lequel je n’ai cessé d’apprendre.

Le son global et l’énergie de l’album semble rejoindre des productions du début des années 70.

Oui bien sûr. Je pense que je suis avant tout un passionné de disques en tous genres et principalement de la fin des années 60, début 70, avec lesquels j’ai produit beaucoup de choses. J’aime avant tout leurs méthodes d’enregistrement peut-être encore plus que la musique elle-même. Lorsque j’ai débuté la production du dernier album, je voulais y retrouver ce son que j’adore, jalousant ces albums des années 70 dont je me suis toujours abreuvé. Pour ce faire, j’ai dû changer tout mon set up de studio parce que j’avais besoin de grandes pièces. J’ai aussi dû enregistrer toutes les lignes de batterie dans un studio différent et les ajouter par la suite.

Tu savais que tu allais dans la bonne direction ?

Le processus diffère pour ce genre de chantier car tu enregistres les instruments pendant trois ou quatre mois et, ensuite, tu passes à la phase où tu mixes, tu replaces le puzzle selon l’image que tu t’es faite au départ, en toute liberté et sans de pression car tu utilises ce que tu veux au moment où tu veux. J’ai sauvé beaucoup de temps et d’énergie alors que normalement il faut cinq mois pour échantillonner les sons et trois mois à leur donner vie. Je me suis octroyé du temps pour me concentrer sur la création pure au lieu de découper sans trop savoir si la direction est bonne ou non.

L’expérience du live te donne la sensation de relâcher quelque chose de vital ?

C’est un peu une thérapie en ce qui me concerne. Tu es là pour faire passer toute l’énergie que les gens sont venus chercher en toi à un moment donné. Lorsque le spectacle se passe bien, tu emmagasines tellement de sensations fertiles. Je suis conscient de l’importance de pouvoir se retrouver sur scène, spécialement quand tu viens du milieu hip hop qui se base sur une production forte mais un rendu postérieur parfois moins élaboré. Ma philosophie a toujours été de peaufiner ma préparation en vue des tournées, être prêt à donner du plaisir en quelque sorte.

As-tu parfois l’impression d’être en dehors d’un mouvement, un regroupement ou un collectif si tu veux, auquel tu es souvent rattaché ?

Oui, les gens me rattachent toujours à Anticon. Il est vrai que j’étais un de leurs producteurs tout comme pour d’autres gens, surtout parce qu’il est impossible pour un label de suivre mon rythme de productions, c’est pourquoi je me disperse en terme de label. Le fait de continuellement m’inclure obligatoirement dans un regroupement (Anticon, Sage Francis, Buck 65, etc.) devenait lourd à supporter, on y perd son identité rapidement. J’ai décidé de m’éloigner pour mieux se retrouver quand bon nous semble. Dans une certaine mesure, je ne pense être capable de me plier à certaines conditions qui viennent avec la popularité. Je me vois mal poser à longueur de temps pour la promo, voir ma face sur un nombre incalculable de magazines etc, etc… cela ne me ressemble pas.

Quel est la part de Montréal dans cet album et ton travail au jour le jour ?

La ville à une très grande influence sur moi et ce, dès que je m’y suis installé. Je ne connaissais rien à la musique francophone (sauf Gainsbourg), une culture musicale qui fait maintenant partie de mon travail. En plus de l’aspect musique, je dois dire que la politique et la culture bilingue jouent également leur rôle. En comparaison à la Californie, Toronto et Halifax, Montréal a une communauté artistique et culturelle hyperactive, son influence est marquante pour moi. Mon voisinage est composé de gens, de musiciens que j’admire, c’est aussi l’occasion d’établir des liens et des collaborations essentiels dans mon travail. J’adore cette ville et je me vois mal ailleurs.

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