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Clair-obscur

SIR RICHARD BISHOP, TASHI DORJI, HELLENICA

Vendredi 5 septembre 2014 à La Vitrola

lundi 8 septembre 2014, par Frédérick Galbrun

La venue d’un des membres des Sun City Girls est toujours une expérience en soi, même si les deux membres restants se sont assagis avec les années, on peut toujours s’attendre à un mélange de musique sérieuse et enivrante, de sarcasmes ainsi que d’une bonne dose de malaise. Toutefois, il ne s’agit pas du premier passage de Sir Richard Bishop à Montréal, celui-ci étant un habitué de la programmation du festival Suoni Per Il Popolo, ses performances ne révèlent que très peu de surprises. Ce qui rendait ce spectacle particulièrement intéressant était la présence de son compagnon de tournée, le guitariste Tashi Dorji.

À notre arrivé, nous constation que c’était le dernier morceau d’Hellenica, le projet du canadien Jim Demos. Les boucles de guitares et de synthétiseurs s’entrecroisaient et se désintégraient les unes dans les autres orchestrées par un laptop, au-dessus desquelles s’élançait une guitare électrique vaguement western avec des élans épiques. Musicalement intéressant mais ne se distançant que très peu de la multitude des autres projets du genre, peut être aurait-il fallu arriver plus tôt pour pouvoir apprécier pleinement l’univers d’Hellenica. J’imagine qu’il s’agit du genre de projet qui commande de se perdre dans la répétition, mais en l’espace d’une chanson et demie nous ne pouvons témoigner de l’originalité ni de l’intérêt du projet.

Tashi Dorji est ce guitariste originaire du Bouthan vivant aux États-Unis et qui est en train de s’immiscer comme une des voix les plus intéressantes de ce renouveau de la guitare acoustique, entrepris au début des années 2000. Il vient de faire paraître son premier album sur le label Hermit Hut, le nouveau label de Ben Chasny, l’homme derrière Six Organs Of Admittance, qui a lui-même amplement contribué à ce renouveau. En tant que première sortie sur un nouveau label, Chasny devait frapper fort avec un album surprenant et Dorji ne déçoit pas. Il s’est installé sur scène avec une guitare électrique pour nous permettre d’assister à une étude de causalité sur l’amplification d’un instrument à cordes. Avec une démarche purement expérimentale, au sens d’expérience, il s’est lancé dans une trituration de cordes et de sonorités, ponctuées d’accidents sonores, se rapprochant de grands tels Bill Orcutt et Derek Bailey, quoique son utilisation de la pédale d’effets et de volume nous a également fait penser à Éric Chenaux et à son souci d’intégrer la pédale comme un instrument à part entière. Dorji a construit des boucles abrasives fascinantes, travaillant sur l’aspect percussif de la guitare, la répétition faisant penser à une sorte de ballet mécanique ou un gamelan dissonant.

Par la suite, Tashi Dorji a troqué sa guitare électrique pour une guitare acoustique, pour nous démontrer comment il a construit sa renommée. Une toute autre atmosphère s’est développée, si la première partie semblait ponctuée par des hasards et des accidents, son maniement de la guitare acoustique reflétait plutôt une parfaite maîtrise de son jeu. Sa façon d’accorder les cordes lui donne une aura particulière, vaguement orientale dans ses dissonances mais hautement originale. Dans le registre de la guitare acoustique, Tashi Dorji parle une autre langue, sublime et fascinante qui demande à être entendue. Sa présence seule pour cette soirée valait grandement le déplacement.

Sir Richard Bishop foulait les planches de La Vitrola deux semaine après son frère, pour nous offrir du divertissement de qualité professionnelle. Il a enchaîné les différentes chansons instrumentales de son répertoire en passant dans des registres orientaux et andalous, jusqu’au moment où, l’irrévérence contenue a senti le besoin de se manifester en chansons, dans la plus grande tradition des Sun City Girls. C’est d’ailleurs, une chanson de Charles Gocher sur l’infanticide qui a débuté le bal, morceau devenu emblématique lors de la tournée d’adieu Brothers Unconnected, suite à la mort de Gocher. Dans ces moments, l’attitude de Bishop relève plus d’un théâtre grotesque, comme un personnage suranné, relique des belles années de provocation. Il a enchaîné par la suite avec un titre portant sur les magasins de pornographie en affirmant avoir déjà été propriétaire d’une boutique de ce genre, ce qui paraît totalement plausible comte tenu de sa fascination pour le lien entre la religion hindoue et la sexualité.

Rick Bishop a clôt cette parenthèse de chansons avec une demande spéciale du public, qui a demandé la fabuleuse ballade « Rookoobay » tirée de l’album « 330,003 Crossdressers From Beyond The Rig-Veda » des Sun City Girls. Il a ensuite poursuivi avec des titres emblématiques tels « Space Prophet Dogon » de l’album « Torch Of The Mystics », pour le plus grand bonheur de la foule. Sir Richard Bishop a encore une fois démontré sa grande maîtrise de son manche de guitare et demeure un héros méconnu du genre. Chose certaine, c’est que Richard Bishop vieillit, on espère juste qu’il ne devienne pas une caricature de lui-même.

Télécharger la musique de Sir Richard Bishop gratuitement sur son site ici !

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