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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Le monde animal

Ô PAON

samedi 22 janvier 2011, par Jeff Bugz

L’artiste québécoise Geneviève Castré, installée depuis peu aux États-Unis a fait paraître en fin d’année 2010 un album fascinant nommé Courses. La musicienne n’abandonne pas ses origines et sa langue pour autant. On retrouve en effet neuf pièces en français. Souci du détail, raffinée et minutieuse, Geneviève nous parle de ce nouveau projet nommé Ô Paon.

Quelle est la différence entre le projet Woelv et Ô Paon ? (Est-ce que Woelv va toujours exister ou Ô Paon le remplace à jamais) ?

"Woelv", c’est fini pour de bon. "Ô Paon", c’est la saveur du moment. J’aimerais penser que la différence entre les deux est qu’il y a eu un genre d’évolution d’un projet à l’autre. Avec Ô Paon, je suis plus confiante et je fais plus attention aux détails.

Tu vis depuis un bon bout de temps au USA, tu t’ennuies pas un peu du Québec ? As-tu un autre boulot que la musique et le dessin là-bas ?

Je m’ennuie du Québec souvent et quelques fois pas du tout. Ses quatre saisons bien représentées, ses hivers surtout, me manquent. J’aimerais aussi pouvoir communiquer en français plus régulièrement et pouvoir aller me chercher des bons livres usagés dans ma propre langue pas loin quand ça me tente…

Je ne suis pas très amoureuse des États-Unis. Je vis ici un peu par accident, dans une ville vraiment petite, mais c’est très beau où j’habite. J’oublie facilement où je suis. Et j’ai beaucoup de chance, je peux me permettre de ne pas avoir à travailler sur autre chose que mes dessins et ma musique pour gagner ma vie.

Penses-tu faire une tournée pour le nouvel album ou quelques concerts ? Aimes-tu jouer live (joues-tu avec un band ou seule ?)

Je trouve que les concerts font du bien au corps et à l’ego. Ça transforme et ça ajoute quelque chose de cathartique à mes chansons. Entre 2007 et 2010, j’ai voyagé beaucoup et joué plusieurs des morceaux parus sur Courses sur scène. Je joue toute seule 99% du temps. Très rarement, je suis accompagnée par des amis qui apprennent mes chansons une heure avant le show. J’ai des plans de tournée, mais rien au Québec pour l’instant.

Quels artistes et musiciens t’inspirent à créer ta musique ? (Quels sont les albums que tu as bien écouté en 2010 ?)

J’écoute surtout la musique faite par mes amis. J’aime écouter Nadja, qui sont de Toronto et qui vivent à Berlin. Ils ont dû sortir au moins trois ou quatre disques en 2010. Ils en sortent un par semaine on dirait. L’album sorti en 2010 qui m’a le plus saisie est probablement Belus de Burzum. Je n’aime pas trop lui faire de la publicité parce qu’il a souvent des opinions un peu douteuses, mais bon… À vrai dire, je n’écoute pas beaucoup de musique ces temps-ci. Je dessine et j’écoute les nouvelles, ou bien j’écoute des livres sur cassette.

J’aime beaucoup l’Australien Oren Ambarchi, c’est parfait pour dessiner quand il fait noir dehors, mais ses disques sont vieux de quelques années, en tout cas ceux que j’ai.

Caresses-tu un rêve ou as-tu une ambition secrète que tu aimerais nous dévoiler ?

Un secret c’est un secret.

Que nous réserves-tu pour l’année 2011 en musique ou en dessin (et autres) ?

Je n’aime pas vraiment parler de mes projets avant d’en avoir vu la fin. En 2011, il va y avoir de la musique. Les dessins, ça reste à voir.

Quand as-tu pour la première fois touché à une guitare ou à un instrument et que tu as réalisé que tu voudrais vraiment créer avec cet outil ?

J’avais quatorze ans quand j’ai commencé à vraiment vouloir faire de la musique. C’était une période étrange et difficile. J’ai acheté une guitare électrique avec l’aide de mon père, mais elle a été mise de côté et je me suis plutôt concentrée sur mes dessins. Chaque chose en son temps.

Ton album est autoproduit, on le retrouve que dans les boutiques indépendantes, est-ce par choix ou tu ne trouvais pas une compagnie tout simplement ?

Au début, j’avais envie de travailler avec un label québécois pour Courses, mais ils ont refusé l’album. J’aime travailler seule, faire à ma tête, je m’étais donc dit que ça ne serait pas une mauvaise chose de sortir mon disque moi-même et, bien que ça ait été difficile au début, ça va de mieux en mieux. L’industrie du disque, même quand elle est supposément indépendante, me fait penser à une grosse toilette où les gens viennent se vider sans tirer la chasse d’eau... Reste qu’il y a plein de gens incroyables et magiques à rencontrer et j’ai décidé de suivre leur exemple le plus possible.

La boutique Fichtre ! à Montréal (spécialisée en BD) a fermé ses portes dernièrement à Montréal, quelques disquaires aussi. Ces deux mondes vivent des difficultés, surtout ceux spécialisés dans les ventes de disques. Crois tu que tu pourrais te contenter de faire paraître de la musique digitalement ou l’objet (CD/vinyle) et sa pochette restent pour toi l’ultime média ? Achètes-tu beaucoup de musique ?

J’ai appris la fermeture de Fichtre ! bien en retard, personne ne me l’avait dit… Je trouve ça un peu traumatisant. Sans Fichtre !, je n’aurais probablement pas eu l’attention ou le genre de carrière que j’ai eues en bande dessinée. Ils ont été très importants.

J’achète des vinyles, jamais rien d’autre. Je ne sais pas si j’en achète beaucoup, mais j’en achète de plus en plus. J’aime le vinyle en tant qu’objet. Je déteste le CD. Je me débarrasserais du CD à jamais avec joie. Courses est disponible sur CD simplement parce que je sais qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas assez de place ou qui déménagent trop pour collectionner les vinyles. Aussi, en tournée en Europe, en Australie ou au Japon, c’est beaucoup plus commode à transporter avec soi et plus facile à vendre. Sauf que si j’ai l’intention de produire moi-même tous mes prochains disques, je ne pourrai pas me permettre d’avoir autant de formats différents disponibles à chaque coup. Je pense que tout va être sur vinyle (peut-être des cassettes à l’occasion), avec une version à télécharger pour celles et ceux qui la voudront ou qui en auront besoin.

C’est triste de penser que les gens sont en train de remplacer les disques et les livres (encore plus étrange) par des versions digitales. Je trouve nos technologies récentes tellement abstraites. J’aime ce qui se tient dans les mains. D’habitude, je suis très pessimiste, mais dans le cas de cette nouvelle ère digitale, je connais assez de gens qui sont des maniaques collectionneurs pour savoir que l’intérêt va toujours être là. C’est un petit monde qui risque de rétrécir, mais il est toujours présent. J’envoie mes vinyles par la poste partout dans le monde, c’est à petite échelle, mais ça se passe quand même. On existe.

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