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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

Solitude solidaire

Montag

dimanche 27 février 2005, par François Legault

Montag est le nom du personnage principal du film Farenheit 451 de Truffaut. Dans ce film présentant le futur vu par l’Europe dans les années soixante-dix, il est responsable de brûler les livres que les gens lisent car ils procurent des émotions à ces derniers, ce qui est néfaste et nocif pour l’évolution de la race humaine. C’est ce qui a inspiré Antoine Bédard à adopter ce pseudonyme pour signer ses disques et offrir une façade supplémentaire à sa musique qui déjà évoque souvenirs et émotions, autant à l’auteur qu’à ses fidèles. Un deuxième album a vu le jour récemment en Europe et sera bientôt à notre portée. Antoine « Montag » Bédard nous présente en quelques questions Alone, not alone.

La musique électronique est en plein essor à Montréal. Grâce, entre autres, aux festivals Montréal Elec¬tronique Groove (MEG) qui nous a fait connaître M83 et, par le fait même, Gooom Disques ainsi que Mutek qui a plus récemment accueilli Montag. Comment en es-tu arrivé à signer avec Gooom Disques ?

J’ai choisi Gooom pour deux raisons, une plus éloignée et une plus directe. J’ai animé une émission pour CISM sous le pseudonyme Jetboy durant sept ans. Les cinq dernières années de mon émission étaient consacrées à la musique d’origine européenne, ce qui a fait en sorte que ma connaissance des étiquettes de là-bas était nettement supérieure à celles des États-Unis. Ce fut donc un réflexe pour moi d’envoyer mon démo à plusieurs étiquettes françaises quoique je me suis quand même adressé à quelques américaines. C’est mon amie Mathilde qui m’a fait connaître l’étiquette Gooom. J’ai reçu une réponse positive de la plupart des étiquettes européennes consultées, mais Gooom me paraissait plus enthousiaste. Sur les vingt morceaux que j’ai envoyés, ils ont retenu leurs favoris et compilé ce qui allait devenir mon premier album, Are You a Friend ? Les pièces déjà complétées, moins d’un an s’est écoulé entre le jour où j’ai commencé à composer la musique et la sortie du premier disque.

L’effervescence de la scène électronique a porté fruit en dehors du pays et permet à des étiquettes telles que Warp et Morrmusic de connaître une belle situation financière. Le son de Montréal est plus porté vers les rythmes répétitifs et le techno minimal comme on peut le constater en assistant aux Piknics Électroniks et à l’écoute des artistes de l’étiquette Epsilonlab. Crois-tu qu’il y ait un marché pour une musique électronique plus sensible et axée sur la mélodie au Québec ?

J’aimerais qu’il y en ait un. Je n’arrive pas à évaluer, mais j’ose espérer que oui. L’idée de concocter un « label » me trotte dans la tête depuis un moment. Montréal est une ville festive où productions et boîtes de nuit sont affiliées. Certains artistes réussissent toutefois dans le domaine, si on pense à Jérôme Minière qui attire son public autant par les côtés électronique, rock et chanson française. C’est une masse plutôt disparate qui s’intéresse à ce genre de musique et le bassin n’est peut-être pas assez grand pour y attribuer une scène, mais si une reconnaissance en provenance de l’extérieur encourageait le Québec dans cette voie, il y aurait moyen d’en tirer profit. Montréal préfère le hip-hop, tout ce qui comporte le terme « rock », qui utilise des guitares ou qui s’adresse au plancher de danse.

La plupart des prestations de Montag sont servies en guise d’ouverture pour des spectacles d’artistes en provenance d’outre-mer. Est-ce difficile pour un musicien qui a tant à voir avec eux de se tailler une place au Québec ? Est-ce que la réponse à tes prestations est meilleure lors de tes tournées hors Québec ?

C’est vrai qu’on me jumelle souvent à des artistes internationaux. Je ne perçois pas cette ressemblance évidente comme une compétition. Broadcast, Plone et Kraftwerk sont des influences que je n’ai pas peur de citer. Nous créons tous une musique différente et c’est le défi de trouver un son qui se distingue qui rend mon travail plus intime et étouffe les craintes. Il est facile de se dire que nos influences jouent quatre fois mieux que nous, mais ça ne doit pas nous empêcher de continuer. Je ne recherche pas à avoir une carrière fulgurante en musique, quoique j’aimerais ça. Au Québec, j’ai joué en présence de Hood, Broadcast et Lali Puna. La réaction du public est difficile à juger. Je ne suis pas un « performer » hors pair, ma musique s’apprécie plus sur disque qu’en spectacle. J’aime entendre un groupe québécois dont le son n’a pas de frontières. La musique se doit d’être universelle. Je reçois de bons commentaires partout où je vais que ce soit au Canada, aux États-Unis ou en France. C’est plus stressant de jouer au Québec en face de gens que je connais. J’aime me dire que je suis canadien-français et saluer le public en disant « bonjour » au lieu de « hi ». J’aime partager ma musique avec les gens et mon amour de la musique car le public québécois est un public généreux.

Le nouvel album Alone, not Alone est truffé de collaborations avec une myriade d’artistes choisis tels qu’Amy Millan de Broken Social Scene, James Cardiff de l’excellent groupe anglais Broadcast et le tout « masterisé » en présence de Sixtoo. Les quelques extraits disponibles sur le site Web Montag.ca laissent présager un très bon album. D’où est venue l’idée de travailler avec eux ?

J’ai composé mon premier album entièrement seul. Je me suis beaucoup replié sur moi-même et j’ai investi énormément d’heures dans mon ordinateur. Beaucoup de musiciens de nos jours possèdent leur mini-studio et enregistrent dans leur salon. C’est Simon Besré, autrefois du groupe Microcosm et maintenant de Dutchess Says, qui m’a donné la piqûre de jouer avec d’autres personnes. Mon idée première à ce moment était d’enregistrer un disque avec des musiciens classiques du conservatoire de Montréal. J’ai ensuite été présenté à Amy par Dan Seligman, responsable du festival Pop Montréal et gérant des Unicorns. Je les ai rencontrés à un concert des Stars dans un loft à la Saint-Valentin. Il m’a aussi présenté plus récemment Ariel Engle. J’ai interviewé Broadcast pour mon émission de radio lors de leur premier concert en Amérique du Nord. En conversant, nous sommes devenus amis et j’ai demandé à James s’il pouvait jouer de la basse pour mon disque, il a accepté et contribué un peu d’électronique, ce qui m’a fait très plaisir. Travailler avec un groupe fétiche est une expérience inoubliable. C’est un peu comme recevoir les Beatles chez moi. Sixtoo habite dans un studio tout près d’ici. Nous sommes devenus amis suite à notre participation au festival Mutek et il m’a aidé pour le « mastering » de l’album. Nous avons la même vision des choses. C’est une chance de travailler avec tous ces gens, on se sent beaucoup moins seul. Dix-sept musiciens classiques sont impliqués, ce qui donne au bas mot une vingtaine de collaborateurs à l’album. Au départ, je comptais l’enregistrer seul. C’est d’ailleurs de là que vient le titre Alone, not Alone.

Les concerts de Montag impressionnent par la quantité d’éléments et d’instruments qui y entrent en jeu. Contrairement à plusieurs artistes qui se contentent de triturer leur portable, Montag s’exerce à détendre l’atmosphère en sortant d’une valise un instrument quelconque présent le temps d’un souffle, laissant voguer quelques notes au passage ou même en glissant une blague ou une anecdote à propos d’une expérience vécue à l’origine d’une chanson. Est-ce que ces interventions sont prévues au moment de l’écriture et de la composition d’une pièce ? Utilises-tu ces instruments en studio ou est-ce des idées qui te traversent l’esprit au moment de préparer un spectacle ?

Mes interventions ne sont jamais prévues à l’avance. J’essaie d’éviter ce qui est préprogrammé. Je change la façon de présenter mes pièces à chaque représentation afin de varier la sauce, si bien que si une erreur se glisse dans une pièce ou l’autre, ce n’est pas la fin du monde. Souvent, lorsque j’enregistre une pièce, je me rends compte à la toute fin que je l’ai fait en pensant à quelqu’un ou à un souvenir qui a guidé mes pas. Les instruments dont je me sers en studio ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux utilisés en spectacle. Je compte éventuellement enregistrer des versions « live » de certaines pièces. Les jouets et percussions dont je me sers en spectacle emmènent le son ailleurs.

Comment comptes-tu présenter le nouvel album en spectacle ? On y retrouve plusieurs chansons. Est-ce que la présence des artistes impliqués est nécessaire aux performances ? Comptes-tu fonder un groupe pour les besoins d’une tournée ?

J’aimerais beaucoup fonder un groupe, mais ce sera techniquement impossible avant l’année prochaine pour des raisons de logistique et de finance. Ariel Engle assure la partie vocale pour le moment et je l’en remercie. Elle sera la seule personne à m’accompagner pour la prochaine série de spectacles. Je prévois présenter des versions sensiblement différentes des pièces. J’aimerais que les gens ne reconnaissent pas tout de suite les morceaux. Mon premier défi est de présenter cet album en concert, mais ça demande du temps, de la disponibilité et surtout de l’inspiration. Ce qui est difficile, c’est de retravailler les vieux trucs que j’ai moins envie de jouer.

On pourra assister à un de ces spectacles au début du mois de mars dans le cadre du festival Under the Snow. À quoi peut-on s’attendre pour cette soirée ? Quelles surprises nous réserves-tu ? Un solo d’accordéon ? Un retour sur scène de ton adjointe Carole ?

Hahaha ! En ce moment, Carole, mon super I-mac est mort. Je l’ai remplacé par un ordinateur impersonnel qui ne porte pas de nom. Possible qu’Under the Snow constituera son baptême, mais je l’utilise très peu. Ariel sera présente pour chanter et si je peux, j’essayerai d’accompagner le concert d’une projection d’images. Je vais sûrement aussi parler autant que d’habitude et raconter plusieurs anecdotes. C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’en empêcher.

P.-S.

EN SPECTACLE : Jeudi, 3 mars 2005 Sala Rossa

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