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Les Criquets Crinqués (CISM 89,3 FM)

Montag, ou, la semaine des quatre lundis

Montag

jeudi 1er mai 2008, par Maryse Boyce

Beaucoup d’éléments sont venus s’ajouter au CV d’Antoine Bédard, alias Montag, depuis la dernière fois qu’Emoragei s’est entretenu avec lui en 2005 : un déménagement à Vancouver, un nouvel album paru l’an dernier sur Carpack, sans compter quelques tournées. Un bilan s’imposait, surtout que le jeune homme viendra nous rendre visite à la fin du mois de mai pour assurer la première partie du groupe M83.

Ton plus récent album Going Places, paru l’an dernier, est celui qui comprend le plus de collaborations jusqu’à maintenant. Il est aussi beaucoup plus positif dans ses thèmes que ses précédents. Presque un an après, en es-tu toujours satisfait ? Qu’est-ce que tu vas faire autrement sur ton prochain album et qu’est-ce que tu souhaites conserver ?

Je suis plutôt satisfait de mon album maintenant que j’ai un peu de recul. C’est parfois très difficile de s’auto-évaluer - on a tendance à parfois lire les critiques avec un peu trop de sérieux... Mais j’ai appris - et je continue d’apprendre - à me fier à ma propre opinion par rapport à ce que je fais. Je n’avais aucun budget pour ce projet, j’ai enregistré tout moi-même (mis à part les pistes de voix ou d’instruments qui proviennent des collaborateurs) et j’ai été au coeur de tout le processus de la création, donc je ne peux pas dire que j’ai manqué mon coup ! Ça serait un suicide artistique... C’est sûr qu’on souhaite à un moment ou à un autre vendre plus de disques, jouer dans de plus grandes salles, mais mes ambitions s’arrêtent à l’album lui-même et à ce qu’il représente pour moi. Ça reflète bien une période de ma vie qui était très légère où la musique m’a servi de sortie de secours pour toutes les idées plus sombres qui m’habitaient précédemment. Ça a donné un album hyper ensoleillé, très dense et un peu naïf par endroits, mais je trouve ça bien d’aller vers des extrêmes puisque ça m’incite à créer autre chose pour le prochain disque. Je pense que je vais revenir à un Montag un peu plus sombre parce c’est ce que je fais de mieux... Un petit retour vers la nostalgie va me faire du bien, j’ai toujours été bien là-dedans.

Pour la pièce titre Going Places, tu as monté le projet We Have Sound. Peux-tu nous rappeler en quoi il consiste, et si tu as l’intention d’y refaire appel dans le futur ?

Lorsque j’étais en train de terminer l’album, j’ai eu l’idée de lancer un appel à tous via le Web. En gros, j’avais créé un segment de la chanson Going Places qui se voulait une sorte de voyage par le son (le voyage étant le thème du morceau) et j’ai eu l’idée de collecter des sons provenant d’un peu partout. L’Internet était évidemment l’outil idéal pour le faire et j’ai été très surpris du nombre de personnes qui ont embarqué. J’ai reçu des sons d’Europe, du Japon, du Mexique et d’un peu partout en Amérique du Nord. Ça m’a vraiment donné la motivation nécessaire pour terminer l’album qui m’apparaissait parfois comme une oeuvre sans fin. Je ne pense pas avoir recours à cette même idée plus tard (en tous cas pas de la même façon) parce que ça s’inscrivait vraiment dans le thème du morceau. Par contre, j’aime l’idée d’impliquer les gens dans ma musique, qu’ils soient musiciens ou non. La prochaine fois, peut-être que je vais faire appel à des enfants ou à des groupes de gens spécifiques, etc... On verra bien.

Dans la même veine de projets demandant la participation du public, tu as créé We Have Animation pour qu’il y ait des visuels pendant les prestations de ta dernière tournée. Comment cela s’est-il passé ? As-tu une bonne participation du public ? Le résultat était-il comme tu t’y attendais ?

Pour ce projet, c’était un peu différent parce que ça demandait beaucoup plus de travail pour les participants. Je n’ai donc pas reçu autant d’animations que de sons avec We Have Sound, mais assez pour faire une bande vidéo d’environ 12 minutes. Certaines des animations sont vraiment sublimes. J’étais super content du résultat même si certaines animations étaient plutôt bancales (c’était aussi le but ! je ne voulais pas du tout d’une série d’animations super léchées), mais j’avais l’impression que c’était un peu égoïste : j’aurais voulu donner quelque chose d’un peu plus excitant aux participants qu’une copie de l’album... Je vais certainement penser à une autre idée du même genre, mais avec un échange plus « équitable » la prochaine fois, il faut bien que les participants en retirent quelque chose... 

Tu te prépares pour une tournée européenne en avril et mai, après être allé au Mexique en janvier, en Angleterre en décembre et au Japon cet automne. Est-ce que c’est la philosophie Going Places que tu mets en pratique plus que jamais ? [NDLR : la tournée a entre-temps été annulée]

C’est un peu le hasard qui m’a fait voyagé autant. On est venu me chercher pour faire différentes tournées et puis j’ai répondu à l’appel... Ce qui est extraordinaire, c’est que j’ai fait un tas de rencontres sur la route et c’est vraiment ce que je considère comme la meilleure récompense en tant que musicien : la chance de voir le monde. C’est vrai que le titre de mon album incitait au voyage, mais je ne pensais jamais que j’allais me rendre deux fois en Asie la même année et que j’allais faire le tour des États-Unis, etc... Dix pays en tout. Ça m’encourage pour continuer, en fait. 

Est-ce que tu es accompagné chaque fois d’artistes locaux dans ces tournées ? Y a-t-il des endroits où c’était la première fois que tu mettais les pieds ?

En général, il y a toujours quelques artistes locaux qui jouent. Ça permet de voir un peu ce qui se passe dans les différentes villes du monde. J’ai vu un groupe génial à Manchester qui s’appelle Cats In Paris et un autre groupe, Goodnight Electric, à Singapour qui venait de Jakarta et que je n’aurais jamais découvert sans tous ces concerts. Mais j’ai aussi découvert des groupes locaux comme Electroluminescent quand j’ai joué à Hamilton en Ontario... J’ai joué dans plus de 35 villes pour la première fois de ma vie en un an... Ça commence à faire beaucoup !

Est-ce que tu penses que ta formation académique influence ta manière de composer ? De présenter ta musique ?

J’ai une formation en communications (multimédia). Ça m’aide à mettre à jour mon site Web... c’est tout ! Et puis, ma formation en droit m’aide à signer mes contrats en sachant ce que je fais.

Finalement, comment s’aligne la prochaine année pour toi ?

Ça s’annonce bien : je déménage à Montréal en septembre ! Je retourne « à la maison » après une expérience à Vancouver de trois ans. Je me suis beaucoup ennuyé de Montréal, alors ça va me faire du bien je pense. Autrement, je vais composer la musique pour un spectacle de la compagnie Montréal danse en juin... Comme je fais beaucoup de musique de théâtre depuis deux ans et que j’adore ça, je pense que je vais travailler en théâtre à Montréal aussi. Il y aura un autre album, mais pas avant 2009 parce que le déménagement risque d’interrompre un peu mon travail. J’ai aussi le projet de faire un album entièrement en français sous mon vrai nom. On verra bien.

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