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SALON DU DISQUE ET DES ARTS UNDERGROUND DE MONTRÉAL

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Thérapie en solo

Monsieur Mono

mercredi 17 août 2005, par Stéphane Martel

Suite à une peine d’amour particulièrement éprouvante, Éric Goulet, tête pensante et parlante des Chiens, cherchait un exutoire, une façon d’expurger sa peine. Il s’isole donc et se met à écrire une chanson à chaque jour. Il en résulte alors une collection de dix pièces intimes d’une infinie tristesse intitulée Pleurer la mer morte, premier album de Monsieur Mono paru plus tôt cette année. Œuvre dépouillée, presque lo-fi, oscillant entre une facture pop traditionnelle et des accents folks, cette trame sonore d’une douloureuse rupture est à placer aux côtés de La nuit dérobée, avant-dernier opus des Chiens. D’une inouïe tendresse, l’urgence et le vague à l’âme se croisent et les textes simples et épurés réussissent avec bio à éviter le misérabilisme, l’anecdotique et le frivole. On peut affirmer sans se tromper que ce recueil est son plus personnel et touchant à ce jour. Comme en apesanteur, défiant bravement les lois commerciales et radiophoniques. On s’est entretenu avec Goulet sur cette première escapade en solo ainsi que sur l’avenir des Chiens.

Pourquoi cet album n’aurait pas pu être un album des Chiens ?

Ça aurait pu en être un, mais j’ai proposé les chansons à Nicolas Jouannaut, bassiste du groupe, qui, me connaissant bien et étant au courant de l’histoire derrière la plupart des chansons, n’était pas trop à l’aise avec ça. Il y aussi le fait qu’il aurait fallu réenregistrer les chansons avec le « band », chose qui me tentait plus ou moins. J’aurais eu peur de perdre la fragilité et la spontanéité du démo.

D’où vient ce nom de Monsieur Mono ?

À partir du moment où ça été clair que ce ne serait pas un album des Chiens, j’ai commencé à chercher un pseudonyme qui me conviendrait (chose que j’aurais dû faire depuis longtemps d’ailleurs) et qui décrirait un peu la nature du projet. J’ai donc opté pour mono plutôt que solo. Ça fait aussi référence à notre petit budget de production.

Penses-tu avoir réussi ton pari d’enregister le disque le plus triste du monde avec Pleurer la mer morte ?

Je crois qu’il y aura toujours une compétition assez forte pour ce titre, mais j’ai quand même réussi à émouvoir des auditeurs et à partager mon expérience d’une façon positive. Ce qui est l’essentiel pour moi.

Quelques personnes ont étiqueté l’album de Monsieur Mono comme étant du « slowcore québécois ». Une description adéquate d’après toi ?

Bof... moi les étiquettes. Ça reste l’avis d’une personne et c’est tout. Est-ce que j’aurais inventé une nouvelle catégorie par hasard ?

Pourquoi avoir repris et francisé le classique de Nazareth, Love Hurts, et d’en avoir fait un duo tranquille avec Mara Tremblay ?

D’abord, ce n’est pas du tout une chanson de Nazareth même si c’est la version que tout le monde a connu en premier. Je fais partie de ceux-là. L’auteur s’appelle Boudleaux Bryant, un auteur-compositeur de Nashville. Il a écrit plein de classiques au cours des années 1950 pour les Everly Brothers, entre autres, mais je me suis surtout inspiré des versions de Gram Parsons avec Emmylou Harris et de Robert Pollard (GBV) avec Kim Deal. Le choix de Mara, qui est une bonne amie à moi, était LE choix naturel à faire.

Tu as réalisé plusieurs albums pour des artistes aussi différents que Vincent Vallières, WD40 et Yann Perreau. Quel aspect du métier te satisfait le plus : la composition ou la réalisation ?

J’ai tellement appris en faisant les deux ! La connaisssance de l’un nourrit celle de l’autre. C’est bon de pouvoir plonger dans la création pure tout autant que de pouvoir prendre du recul pour mieux foncer par la suite.

Quelle est la préférence d’Éric Goulet : le studio ou le spectacle ?

Pour moi, c’est comme se demander si on aime mieux boire ou manger !

Après ce disque calme et mélancolique, peux-tu me donner un petit aperçu du prochain album des Chiens. À quoi ça ressemblera ?

À partir de maintenant, Les Chiens ne joueront plus de ballades. Pour en entendre, il faudra aller voir Monsieur Mono. Le Chien nouveau sera donc très rock grâce, surtout, à Marc Chartrain, notre nouveau batteur, qui a une frappe incroyable. J’ai aussi envie de faire un disque qui se danse du début à la fin. Un genre de dance-rock-psychédélique.

Quand devrait-il voir le jour ?

Si tout va bien, la date de sortie est le 13 septembre prochain.

Éric Goulet s’est-il remis de sa peine d’amour qu’il exorcisait sur Pleurer la mer morte ?

Disons que ce sont des chansons qui ont été écrites fin 2003, début 2004, je suis donc assez loin de cette époque de ma vie. Heureusement d’ailleurs.

Finalement, Monsieur Mono, la musique est-elle thérapeutique ?

J’imagine que chacun a sa réponse là-dessus, mais pour moi, depuis trente ans que j’en fais, la musique a toujours été présente et elle sera toujours l’exutoire de mes doutes, de toutes mes peines autant que de mes joies. C’est peut-être le vocabulaire que je maîtrise le mieux, même si c’est aussi celui qui conserve le plus de mystère et de magie.

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